Envole-moi
Hier, j’ai dû conduire mon petit brun longuement. Visiter ses grands-parents. Il faisait bon. J’avais mes lunettes de soleil. Le petit brun s’est endormi à l’arrière. J’ai mis un album de Goldman. Le live 2002, avec ce fameux « Envole-moi », quand la scène se lève...
« Envole-moi », qu’ai-je plus écouté que cette chanson, durant ces deux années, de première et de terminale, que j’ai longtemps considérées comme les deux plus belles années de ma vie? J’étais jeune et amoureuse. J’aimais le lycée. Je goûtai pour la première fois aux frissons et tempêtes de mon corps. Je m’étais envolée.
Il m’a fallu attendre la petite enfance de mes deux aînés pour détrôner ces deux magnifiques années. J’étais mère. J’étais bien. Je voyais la mer tous les jours alors. Mes petits m’enchantaient. Je redécouvrais, simultanément, l’admiration. J’avais trouvé un maître. Cette personne étonnante avec qui je me baladais entre des sentiments amicaux et un profond amour filial. « Envole-moi ». Je ne lui ai jamais dit cela, et pourtant, toutes mes demandes tournaient probablement autour de ces deux mots. Mes plus belles années, sans doute, jusqu’à lors.
Hier, j’écoutai « envole-moi » à nouveau. Dans ma voiture. Berçant mon petit brun.
Et je songeais à ma vie. Actuelle. À cette sérénité nouvelle à la maison depuis que j’accueille trois enfants raisonnables. Au rapport calme que j’entretiens avec mon travail depuis eux. A ce petit brun derrière, qui va avoir sept ans, que j’ai et aime depuis qu’il est bébé. À ses « Je t’aime, Tata ! ». À ce soleil. À Goldman qui est en vie. Aux notes de piano de Gabriel, qui bercent mes lectures du soir. Aux livres. Aux baisers de Charles. Au plaisir que j’éprouve à lire cinq heures d’affilée parfois. À mon corps qui agrée.
J’ai tiré un trait sur la nostalgie à présent. Les meilleures années sont maintenant. « Envole-moi ». Mes ailes sont encore intactes. Plus tard, elles brûleront. Inévitablement. D’une manière ou d’une autre. Et je devrai me reconstruire et me réinventer sur leurs cendres. Elles auront été consumées par le départ des enfants, du petit brun, par mon corps qui déclinera, sans doute, par la maladie, une rupture, que sais-je?
« Envole-moi », ici et maintenant. N’importe la passion de mon adolescence, n’importe ma vie de jeune maman.
Écrabouiller la vie de mes dents. Ici et maintenant.