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6 septembre 2019

Audace

Elle était venue le voir pour avoir une ultime conversation avec lui. Elle voulait lui donner des éclaircissements. Elle en attendait, peut-être, elle aussi. De sa part à lui. Elle avait préparé mentalement une avalanche de mots, de phrases qu’elle avait répétés intérieurement afin de tout dire, de ne rien oublier. Elle avait même écrit quelques mots-clés sur un morceau de papier. Cela lui permettait de purifier sa pensée, et surtout de la rendre intelligible de lui, chose toujours assez ardue. 

Elle était fin prête quand elle frappa à la porte. Elle savait ce qu’elle aurait à dire. Bien sûr, elle tremblait. Comme une comédienne avant de monter sur scène. Ses muscles se contractaient de trac. N’importe, elle lui dirait tout. 

Elle entra, lui tendit sa joue, et refusa de s’asseoir. Les conversations importantes doivent se tenir debout. Aussi, il n’osa prendre une chaise et resta face à elle. 

Elle le regarda longuement avant de prendre la parole. Et soudain, elle hésita. Les mots ne lui venaient plus. Le texte était oublié. Le discours préparé était devenu futile et vain. 

Elle avait encore cette volonté d’expliquer, de justifier, d’éclairer par les mots, mais ils se refusaient à elle. Sa voix s’était éteinte, et elle se retrouvait là, plantée devant lui, comme paralysée d’émotion. 

Il fallait pourtant bien qu’il se produise quelque chose. Elle n’allait pas repartir sans avoir parlé, c’était ridicule, après le mal qu’elle s’était donnée pour obtenir de lui cette entrevue. 

Alors, presque instinctivement, elle s’approcha de lui. Afin d’éviter son regard,  gardait ses yeux fixés sur son bras droit à lui, qu’il gardait bien vertical et parallèle à son corps. 

Et, dans un instant d’égarement, elle lui prit doucement ce bras, de ses deux mains. Il ne réagit pas, laissant son bras sans aucune volonté, tout à fait amorphe et manipulable. 

Tandis qu’elle laissa une main maintenir son coude, elle fit glisser l’autre lentement jusqu’à la paume de la sienne. 

Il se laissa faire, immobile et impassible. Cela lui donna confiance. Elle caressa doucement la moiteur délicate de cette paume, et puis serra tout à fait cette main, avec une si grande ardeur qu’elle la maintint sans doute avec un peu trop de vigueur. 

Elle le regarda enfin bien en face, comme pour s’excuser de ce geste. Il la fixait, calme et imperturbable. Néanmoins, elle ne sentit aucune réprobation dans ce regard. Alors, elle saisit sa chance. 

Elle s’approcha encore plus près de lui, si près qu’il devait entendre son souffle irrégulier d’appréhension. Elle avait gardé sa main dans la sienne, et, le regardant droit dans les yeux, elle la posa tranquillement sur un de ses seins. Il devait sentir son cœur battre si fort, au travers. Elle attendit une réaction de sa part, qui ne venait pas. Il était resté calme et froid, et n’avait prononcé aucune parole. 

Face à ce mur de sang-froid, elle se sentit soudain sotte et empotée. Elle lui lâcha la main, rouge de confusion, se préparant à bafouiller quelques excuses embarrassantes. Quand elle réalisa que cette main, qu’elle avait pourtant libérée, ne se détachait pas de son sein. Et même, il lui semblait ressentir la sensation de légers mouvements des doigts et de la paume, à peine perceptibles au départ, et de puis en plus amples, presque comme une ébauche de caresse. 

Elle n’hésita plus. Dans un accès d’audace, dans une résolution de courage, de ceux qui n’ont plus rien à perdre, elle s’agrippa à ses cheveux, et lui pris les lèvres dans un emportement fou. Il répondît à ce baisser ardent, lui entoura les hanches de ses bras, et elle en profita pour coller sa poitrine à son torse, de manière si exagérée qu’elle s’y écrasait les seins.

Le feu prit. Crépita, rougeoya, flamba, les brûla. Ils furent dévorés par la lave bouillante. Ils s’épuisèrent dans la chaleur humide de la combustion des corps, se consumèrent dans les odeurs de feu, de sueur, de rage d’amour. Jusqu’au trouble ultime. 

Harassés, moites, refroidis, ils se sourirent enfin, pour la première fois depuis qu’elle était entrée. 

Plus aucun éclaircissement n’était nécessaire, à présent. L’avalanche de mots était dérisoire. 

Il était parfois nécessaire et salvateur de savoir se taire. Aucune profusion de mots, même choisis, même pesés, n’aurait pu rivaliser avec le langage des corps. 

 

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Commentaires
P
Oups, pardon je ne voulais pas être abscons. Je voulais juste faire un lien avec un texte un peu ancien du mois dernier. Une sorte de smiley. Autour de cette image de feu. Pardon d'avoir été si peu clair.
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H
Eh bien ! "tout public" : pourquoi ça m'exclurait, moi ?<br /> <br /> <br /> <br /> (Oui, pour être bien sûr de tout comprendre. Et des vidéos peut-être aussi.)
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H
Joliment écrit, ça ! Profond et détaillé, une belle focalisation ! Évidemment, l'obsédé en moi réclame une explicitation détaillée de "s'épuiser dans la chaleur humide de la combustion des corps", avec schémas et développements synesthésiques, mais je suis sûr que je vais encore devoir me passer de ça, pas vrai ?
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P
Feu de bois, feu qui chante. Joli feu de bois.
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A
Le titre est-il le bon ?<br /> <br /> J'aurais plutôt vu : servitude — soumission — dépendance — et même peut-être esclavage…<br /> <br /> <br /> <br /> Question de point de vue…<br /> <br /> il faut dire que la description me rappelle une scène de film ou le téléfilm dont je ne saurais pas dire le titre.
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