Ma solitude
Le rythme a repris. En semaine, je dispose de quelques heures libres de contraintes. Et, le soir, nous couchons les enfants tôt. Je m’accorde ensuite plusieurs heures. Pour lire et écrire.
Les vacances et des hasards m’avaient fait perdre ce goût de la solitude, que je retrouve à nouveau. Et j’ai comme l’impression de reprendre possession de moi. De mon « moi » profond et intérieur. De ma personnalité vitale.
C’est profondément égoïste, certes. Mais, tous les gens qui lisent et écrivent, ou qui vivent d’autres passions, d’ailleurs, sont quelque part égoïstes dans leur insatiabilité.
Je me suis surprise à refuser des invitations. Je me croyais un peu déprimée. Ce n’était pas le cas. Henry Miller a écrit que parfois, on a besoin de se croire malade, de se créer une maladie quelconque, afin de pouvoir se retrouver, de goûter la solitude et de l’apprécier à nouveau. Comme une façon de se recentrer sur son essentiel, de ne pas, pendant un temps, laisser les autres créer des interférences entre les constituants de « soi ».
Une manière de revenir à ses fondamentaux, au nécessaire, aux fondements de nous-mêmes.
J’apprécie la solitude et le silence. J’y plonge avec enthousiasme. Je lis durant des heures. J’écris tout autant. Et je me sens privilégiée de pouvoir bénéficier d’autant de temps pour pouvoir le faire. Mais aussi, je saisis chaque occasion. Je lis et écris aux terrasses des cafés, lorsque j’attends un enfant quelque part. Je n’invite plus personne à m’accompagner. Toute compagnie m’éreinte et m’exaspère. Et lorsque je me prête au jeu des amitiés, je songe à ce que j’aurais pu faire à la place -lire ou écrire- et cela m’afflige. Ce n’est pas de la faute des gens, c’est en moi je pense. Eux n’ont pas changé. Et, d’habitude, je supporte assez bien - j’apprécie, même- ces frivolités.
Oui, c’est en moi. J’ai eu besoin de me croire souffrante -déprimée - pour mieux me retrouver. Comme pour me donner bonne conscience de congédier soudainement tout le monde.
Cela ne durera pas. Je vais me vautrer dans ma solitude jusqu’à l’excès, pour mieux revenir au monde ensuite. Tout améliorée et consolidée.