Rupture
Je me suis trop divertie à tort et à travers. J’ai recherché le monde d’une façon inconsidérée.
Et je croyais évoluer, pourtant. Je me voyais comme un poisson à l’aise, nageant au gré de mes envies, furetant à droite, à gauche. Me promenant dans la vie, comme en une mer calme et chaude, et prenant, en tout et en tout le monde, tout ce qu’il y avait à prendre. Tout ce qu’il me semblait bon de prendre. Me sentant grandie de chaque échange, du moindre petit rien.
J’avais une telle indulgence que l’insignifiant détail, la caractéristique la plus anodine chez qui je fréquentais me paressait une vertu.
Une telle indulgence... envers moi-même, je précise. Je me trouvais, au fond, mille excuses pour aller célébrer n’importe quoi avec à peu près n’importe qui. Je me mentais à moi-même en arrivant à me persuader que je sélectionnais selon mes critères.
Au fond, je perdais du temps. Je perdais mon temps. Je tournais en rond et je brassais du vent. Je m’éparpillais. Jusqu’à ne plus être en mesure de retrouver des morceaux de moi.
J’ai eu besoin d’un grand vide. Salutaire. De faire place nette. Et de m’interroger sur le bien fondé de chacune de mes relations. Une à une. Cela paraît froid et mathématique, sans doute. J’en suis bien désolée. Cela a paru cruel et aigre aux personnes concernées, c’est vrai. Ce n’était pas le but recherché. Moi, je voulais juste me retrouver, revenir à mes fondamentaux, être cohérente et fidèle à moi-même. D’ailleurs, si je dois demander pardon, ce n’est pas d’avoir fait ce tri aujourd’hui, si je dois me repentir, c’est d’avoir trop ouvert les vannes à un moment, d’avoir laissé n’importe qui entrer, au risque de m’oublier et de me perdre.
J’ai expérimenté ma solitude, je l’ai désirée, éprouvée, je me suis recroquevillée dedans. Il me semble qu’elle touche bientôt à sa fin, que j’y ai puisé tout ce dont j’avais besoin pour revenir à la vie. Plus armée, ragaillardie de mes introspections et réflexions.
Je prends encore quelques forces. Encore un peu. Dans ma prison si noir et paradoxalement confortable. J’en ai besoin.
Certaines ruptures ne se font pas de gaité de cœur. Elles sont peut-être utiles et nécessaires, mais non moins douloureuses. De surcroît, je déteste faire de la peine aux gens. Chose que je ne fais jamais que par obligation. Là, c’en était une, je le crains.
J’ai besoin encore de toucher le fond de ma solitude et de mon chagrin. Encore un peu. Un tout petit peu. D’aller au bout des choses. De souffrir un peu plus encore. De m’épuiser de mélancolie.
Et, lorsque je serai blasée de cet épais brouillard, je le dissiperai, et irai conquérir le monde.