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24 septembre 2019

Rétablir et tenir ses comptes

Partons d’un exemple simple, qui parle à tous et s’applique à peu près à tout le monde: l’argent. 

Imaginons une rentrée d’argent exceptionnelle, grosse ou modeste. Après un manque, peut-être. Après des années de manque. 

Tu reçois cet argent et tu as tant d’envies et de besoins inassouvis que tu le dépenses. Sans compter. Compulsivement. Enfin, tu vis! Enfin, tu te sens libre de répondre à tes désirs. Tu peux te le permettre. Qui t’envoie empêcherait? 

Tant que l’argent est là, tu le dépenses. Et tu es si heureuse de le dépenser! À bon escient. Ou non, d’ailleurs. Tu te fais plaisir. Fébrilement. Sans remords. Après tout, tu l’as, cet argent! 

Tant que l’argent est là, tu renonces même à tes activités gratuites et ordinaires, qui sont pourtant l’essence de toi. Tu n’as pas le temps: tu as des choses à acheter, des besoins à assouvir, de l’argent à dépenser. Partout. Tout le temps. Et tu te perds dans cette fougue d’achats. Tous tes besoins vitaux sont remplacés soudain par cette jouissance impérieuse: acheter. Répondre à tes envies sans attendre, à tes pulsions. Toujours. Et tout le temps. 

Tu as encore de l’argent. Tu continues. Seulement, tu éprouves à présent un grand vide à chaque achat. Qui doit très vite être compensé par un autre. Tu touches aux limites de ce plaisir: l’addiction malsaine. Le fait de ne jamais plus éprouver ni de contentement, ni de satiété. Chaque désir assouvi en appelle immédiatement un autre, qui lui-même devra vite faire place au suivant. Et ainsi de suite. 

Il n’y a plus d’euphorie. Toute ta vie tourne autour du prochain achat. Tu te surprends même à des impatiences, des colères, des brusqueries... quand tu ne peux acheter immédiatement ce que tu veux. 

Tu as l’argent! Alors pourquoi attendre? Et tu t’énerves. Tu débordes. De manque et d’aigreur. Tu ne te reconnais plus. 

Pourtant, ce n’est pas le pire de ce qui peut t’arriver. Le pire reste à venir. 

Les semaines filent à ce rythme, et la somme d’argent s’amenuise. Mais tu avais considéré, à tort, ce compte en banque provisoirement enflé comme une normalité, plutôt que comme une heureuse exception. Et c’est ton grand tort! 

Évidemment : tu n’as rien compté, rien épargné. Tu as voulu tout et tout de suite. Et tout le temps. 

Seulement, tu as pris l’habitude de ce train de vie irraisonnable. Tu ne sais plus t’arrêter à présent. Tu as perdu ton jugement. Tu ne vis plus que pour satisfaire provisoirement tes caprices. 

Ta situation financière se détériore nettement. Tu gaspilles l’argent que tu n’as pas. Tu sens bien une anomalie là-dedans, mais tu ne veux te résoudre. Il te semble avoir mérité ce nouveau train de vie. Plus confortable. Apaisant, d’une certaine manière, comme le sont les drogues sur le moment. 

Pourquoi pas? Tu le vaux bien, après tout. 

Et tu entres peu à peu dans un engrenage. Qui te fait dépenser plus que ce que tu ne possèdes. Qui te fait exiger la possession d’objets que tu ne peux pas te permettre d’acquérir pourtant, et dont tu n’aurais jamais osé prétendre auparavant. 

Tu es si prisonnière de ta nouvelle manière de consommer, si esclave à présent de besoins qui ne te comblent même plus, ou si provisoirement, que tu t’acharnes à continuer. Et tu exiges maintenant ce que tu n’aurais pas osé convoiter avant la grosse rentrée d’argent. C’est ton dû ! Du moins tu le considère, à tort, comme tel. 

Seulement, l’inévitable se produit inexorablement. Tu n’as plus rien. Tu as tout dépensé. C’est la faillite. La banquier ne te fait plus confiance, te coupe les vivres, même pour tes besoins primaires. Pour ton bien. Et le sien. 

Tu perds tout. Tu es dans la merde. Et tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. 

Comment tenir un mois entier avec ... rien? 

Eh bien...

Serrer les dents, analyser la situation, reprendre tous tes comptes des mois précédents et pointer tes erreurs de jugement. Vivre frugalement. Renouer avec la sobriété après des mois d’ivresse. 

Et surtout accepter cet état de fait comme étant de ta propre faute. Et surtout comme étant... salutaire! Ô combien ! 

Ne pas accuser autrui de ne plus prêter, ne pas attaquer la banque d’avoir coupé les vivres. Ne t’en prendre qu’à toi-même. 

Et ne pas t’en sentir extrêmement malheureuse ni dépitée, pourtant. Avoir la philosophie de te dire qu’il aura fallu en arriver là pour réaliser que tu as deconné et déraillé tout à fait. 

Revenir à ton essentiel. Reprendre ta vie telle qu’elle était avant la rentrée d’argent. Et en être heureuse et satisfaite. Sortir grandie de cette mésaventure. Élevée par l’expérience. Et être certaine de ne plus jamais retomber dans cet engrenage nocif. 

Il n’est pourtant pas question de renoncer aux plaisirs d’assouvir tes désirs. Il n’est pourtant pas question de devenir pingre et  angoissée par le fait de se faire du bien, par la moindre dépense superflue. Ne pas tomber dans l’excès inverse, et profiter de la vie et de ses joies, mais avec plus d’équilibre et de discernement. Avec toute mesure gardée. 

Il faut avoir compris qu’il est nécessaire d’épargner avant de dépenser et d’obtenir. Qu’il faut également convoiter longtemps un objet pour éprouver d’abord le manque, et puis la satisfaction de sa possession ensuite. Qu’il ne faut pas courir à sa perte, en brûlant d’obtenir tout et tout de suite, et tout le temps.

Tenir ses comptes, quoi. Les garder en équilibre. 

Et quand ce travail de redressement de soi est fait, quand tu as su tirer profit de tes erreurs et remettre tes finances en ordre, il reste encore une dernière chose à faire pour pouvoir à nouveau te délecter de la vie et te procurer les plus grandes joies: 

Parvenir à convaincre ton banquier de cette évolution. Être contentée déjà du fait qu’il ait rendu les cartes bancaires et le chéquier. Mais aussi et surtout lui prouver qu’il pourra à nouveau t’accorder un prêt, s’il le peut et s’il le veut, sans crainte, et sans risque pour personne.

L’amener à reconnaître que tu as changé, grandi, que tu t’es élevée. Que, même à nouveau en possession d’une somme importante, tu ne tomberas plus jamais dans l’engrenage du « toujours plus ». 

Que tu as compris la leçon, et de manière définitive. Et surtout, surtout, que tu ne le fais pas pour lui faire plaisir, ni pour éviter qu’il t’admoneste, te menace, puis te coupe à nouveau les vivres. Que tu ne prends pas cela cela comme une punition ou un pis-aller, mais que tu sais que c’est bien pour toi. Pour ne plus jamais tomber dans cette addiction bête et nuisible. Pour avoir un rapport à l’argent bien plus posé et sain. Pour t’aimer et vivre sereinement sans avoir besoin sans cesse de ces dépenses folles. Pour te suffire à toi-même. Pour t’affranchir de toute addiction. Pour ton épanouissement personnel et ta grande liberté. 

Cela ne signifie pas adopter un mode de vie avare et morne. Mais seulement jouir de l’argent uniquement quand il y en a. Et de manière raisonnable et avec une certaine distance. 

Cela ne signifie pas de ne plus faire folie, ne plus craquer pour un achat même superflu, même irraisonnable : simplement, ne plus le faire tout le temps. Et comprendre surtout qu’on ne peut pas faire de telles dépenses quotidiennement. 

D’ailleurs, le banquier, tu le remercies. Il aura été ton garde-fou. 

Je vous rassure: je n’ai eu aucun problème d’argent ces derniers temps. Il me fallait seulement une image concrète et pratique, palpable et universelle comme l’argent, pour rendre tout à fait claire ma pensée.  

 

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Commentaires
H
Je ne craque que pour des livres, je m'aperçois que je n'ai que des envies simples.
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B
Question flouze, c'est au feeling comme pour le reste. Jamais rien préparé, On a eu un peu de pognon et on l'a dépensé, on a moins on dépense moins. <br /> <br /> Question parabole idem.<br /> <br /> <br /> <br /> Bleck
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P
Donc c'est une parabole. Et à la fin, tu « t'épanouis et tu redeviens libre »
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A
Une belle démonstration des « consumerent hominibus »<br /> <br /> (Les êtres humains consommateurs)<br /> <br /> cela pourrait aussi s'intituler « de l'art de faire son malheur »<br /> <br /> <br /> <br /> Pour ma part, question argent, je n'ai jamais manqué pour ce qui est de satisfaire mes besoins nécessaires à m'accomplir.<br /> <br /> <br /> <br /> Lorsque j'ai disposé d'un pactole par héritage, d'une part je me suis comporté en petit-bourgeois (préparer ma retraite et ma fin de vie), et d'autre part je me suis comporté en entreprenant : financer un projet qui me tenait à cœur.<br /> <br /> Et par la suite aider mes enfants à financer leurs propres projets.<br /> <br /> Aucun mérite, puisque cela contribue à mon bonheur.
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