L’expérience
(Texte 2 de mon marathon d'écriture. et désolée pour l'impossibilité temporaire de commenter. Cela m'agace mais on n'y peut rien visiblement).
Voici plus d’une décennie que je lis Alain, et à l’époque, j’y lisais cette expression sans bien la comprendre. Je m’en faisais une représentation mentale erronée, logiquement. C’est qu’il faut faire l’expérience d’une idée pour mieux l’entendre, pour s’imprégner des mots qui la désignent. L’imagination ne suffit pas toujours à s’approprier chaque terme.
En loin, je me figurais un gourou. Et, à ses pieds, Alain, en disciple obéissant, buvant ses paroles et les répétant comme autant de récitations d’école. Quelque chose sonnait faux: c’était si éloigné de l’image que je me faisais de Alain.
C’est que je ne pouvais pas concevoir cette chose qui ne m’était qu’une abstraction.
J’en ai fait l’expérience, à présent. Cela n’a rien de commun avec un messie dont on ne remet jamais la parole en doute. D’ailleurs, lui-même ne convoite aucun partisan. Seul le disciple peut l’élire et lui donner cet épithète.
L’admirer sans fanatisme, s’imprégner de sa manière de penser tout en gardant son propre jugement, et même : développer sa capacité à l’objecter, en lui objectant des arguments ainsi qu’il nous l’a appris.
Loin de conneries mystiques et du lavage de cerveau, c’est au contraire une expérience extraordinaire.
Je souhaite à chacun de pouvoir croiser la route de ce genre de guide.
Il s’impose à notre esprit comme légitimement et superbement supérieur, sans avoir le moindrement cherché à endoctriner, ne faisant nullement de nous un adepte docile et malléable, mais au contraire un individu. Doté de pleine lucidité et de pleine intelligence.
Voilà, Alain, comment, plus dix ans plus tard, j’ai su trouver, par mon expérience, ce qu’était un « maître à penser ».