Trompée
(Devoir du Goût)
Ma rage a éclaté, à tel point que j’ai cassé un carreau. Pas à main nue, non. J’ai balancé un truc dedans. Il ne mérite même pas que je me fasse mal pour lui!
Brice m’a trompée. Cet après-midi. Je ne sais si c’était la première fois.
Je l’attends. Dans une rage folle.
Il m’a envoyé un sms en début d’après-midi, que je n’ai découvert qu’il y a quelques minutes. J’ai été trop occupée toute la journée pour ouvrir mon téléphone.
Le message dit qu’il ne rentrera pas à la maison avant ce soir, alors qu’il termine à midi. Je le sais, je connais son emploi du temps par cœur. Son excuse est débile, vraiment. C’est pitoyable de ne même pas être capable de mentir sans se faire démasquer. Il aura été déplorable jusqu’au bout, décidément !
Il partait soi-disant jouer à la pétanque avec Antoine tout l’après-midi. Quel mauvais stratège, c’est pitoyable !
Je lui en veux de ça aussi: de n’avoir même plus assez d’égards pour inventer un bon alibis et m’épargner ce chagrin. Je lui en veux de tout. C’est si difficile de se savoir trahie.
Tout se bouscule en moi. Je sanglote et je rage en même temps. Je m’écroule de chagrin et l’instant d’après, je suis prise d’une colère froide et redoutable, qui me fais imaginer des plans de vengeance. Et puis je l’imagine avec cette autre qu’il a dû désirer, caresser tout l’après-midi, et je m’effondre à nouveau.
Je dois songer à la manière de l’accueillir, à présent. J’ai hésité à répondre au message, dans une sorte de pulsion haineuse, mais je m’en suis empêchée. Il ne faut pas lui donner l’occasion de se préparer à la confrontation. Je dois le prendre par surprise et garder cette longueur d’avance.
Je ne sais si je vais faire une scène terrible ou bien paraître digne pour mieux l’humilier. J’hésite encore. Il faut que j’y réfléchisse et que je devine ce qui lui sera le plus pénible. Peut-être les paroles assassines et cruelles? C’est assez humiliant de se faire ainsi persifler à la manière cinglante que je maîtrise. Et puis, ça me donne une posture de supériorité. Il suffirait que je l’insulte un peu et que je tourne en ridicule son incapacité à seulement mentir par message.
Cependant, cette attitude entamera ses remords, c’est sûr. C’est pourquoi j’hésite avec une pose d’épouse outragée, infiniment meurtrie. Je pourrais même, peut-être, évoquer les enfants et pourquoi pas, si ça prend, glisser deux mots sur d’éventuelles pensées suicidaires. Il paniquera et se repentira penaud, logiquement.
J’ai encore une petite heure pour y songer. Je vais, d’ici là, me figurer les scènes mentalement, et décider de la meilleure.
Seulement, il me reste encore un dernier problème à régler. Dès que je lancerai les premières accusations, il jurera logiquement qu’il n’a pas menti. Il me faudra aussitôt ruser et feindre une ferme intention d’appeler Antoine sur le champs pour lui demander s’il a bien joué à la pétanque avec Brice tout l’après-midi.
Ce qui est assez risqué. C’est à ce moment précis que je dois le faire avouer. Par tous les moyens. S’il pense que son ami va le couvrir et me laisse appeler, tout se complique.
Car enfin, s’il n’a pas pu passer l’après-midi avec Antoine, c’est parce que c’est moi qui l’ai passée dans son lit.
