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Val ...
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7 octobre 2007

Je n’ai pas ça à leur offrir

Il fut un temps, à l’adolescence, ou les liaisons amicales intenses se créaient en une fraction de seconde.

Tu veux bien devenir ma meilleure amie ? Oui !

C’était fait. Amies pour la vie, pour le meilleur, et pour le pire. Sœurs de cœur à jamais. Une fille de ma classe devenait ma confidente exclusive.

C’était facile. Il n’y avait nul besoin de se ressembler, ou d’éprouver l’une pour l’autre une tendresse débordante. C’était superficiel, c’était plat. C’est un contrat, parfois écrit, parfois tacite. On devenait meilleures amies parce que les autres filles formaient elles aussi des couples, et que c’était bien, d’avoir une fille avec qui échanger des fringues, avec qui on pouvait parler librement, et qui nous défendait au cas ou…

A treize ans, parfois, c’est ça l’amitié.

Au lycée, j’ai choisi mes amies. Non ! Mon cœur les a choisies. Mes lectures, mes passions, mes rêves, ma sensibilité ont choisi mes amies. Plus de contrat, plus de promesses. Juste aimer être ensemble et partager. C’était plus sain et plus tendre. C’était vrai de vrai. Au lycée, j’ai pas soutenu mes amies parce que c’était mon rôle. Je l’ai fait à chaque fois parce que je ressentais leur peine profondément.

Aujourd’hui, je fonctionne pareil. C’est mon petit cœur hypersensible qui dirige mes amitiés. Jamais mon esprit ne les a choisi volontairement. Souvent, elles me ressemblent… Mes meilleures amies, je les ai rencontrées seulement après être devenue maman. La maternité m’a métamorphosée. Mes amies les plus proches vivent loin, sauf une. Celle qui vit prés de chez moi à tous les honneurs. Les autres, celles qui vivent éparpillées, la toile me lie à elles chaque jour, selon mes disponibilité. Chaque jour, j’ai une pensée, un mot doux, une marque d’affection pour elles toutes. Mon cœur les a choisies, et il était dans le vrai.

On pourrait croire, à priori, que mon cœur est débordant d’amour amical. Vous vous dites peut-être qu’il est généreux, et qu’il est immense. Et bien non ! J’aimerai que ce soit le cas, mais mon cœur a ses limites, et elles sont insurmontables et terriblement tendues.

En clair, je suis ingrate. Vrai, je suis exclusive.

L’amour que je distribue à mes amies ne redouble pas à l’infini.

Parfois, je ne peux pas. Non, je ne veux pas.

Ça serait faire trop d’efforts, de contorsions. Je n’ai jamais eu la souplesse des danseuses. Moi, je suis une coureuse de fond. Je ne sais pas faire le grand écart.

Ma meilleure amie, celle à qui j’avais promis le nectar sacré il y a treize ans, elle est loin… J’ose à peine l’avouer. Mon cœur, si petit, ne lui offre pas la place qu’elle mérite sans doute. L’accouplement amical est a des années lumière de mon présent.

La voir me procure toujours une joie violente, mais il me semble que c’est en fait le souvenir de cette période ou tout était rose qui me monte à la tête. Quand elle n’est pas là, elle ne me manque pas. Nous étions les mêmes, mais nous avons changé. Aujourd’hui, nous n’avons que des souvenirs en commun. Nous n’avons plus les mêmes rêves, ni les mêmes opinions, et je me suis éloignée…

Demain, elle sera là. Demain, elle sera le témoin de mes noces, parce que j’ai été le sien, et parce que même après l’adolescence, un contrat est un contrat.

Aujourd’hui, elle est absente. On s’appelle, on se voit, on parle, mais elle est absente. Elle n’a pas connaissance de ce blog, elle qui partageait avant même mes plus grandes indiscrétions.

Elle n’a pas les clefs pour venir jusqu’ici, alors que mes fidèles amies sont invitées. Même plus, j’éprouve une grande joie quand une amie passe ici, et me laisse un mot !

Elle est possessive. Ce n’est pas un défaut . Avant, je l’aimais comme ça. O combien fidèle et dévouée, et exclusive, et croyant ( en juste titre) avoir des droits sur moi, et le monopole de mon amitié.

Maintenant, ça me paraît vide et stérile, et léger, et puéril…

Je n’ai plus rien à lui apporter que des minutes d’attention quand elle ne va pas bien. Moi, je n’ai plus rien à lui confier de triste, de personnel, d’indiscret, de profond. Je ne lui dit que des banalités, et je lui donne des nouvelles, les mêmes que celles que je donne à mes voisins…

Une autre connaissance a fait un peu de forcing, récemment. Avant, j’aurai donné mon âme au premier diable pour qu’on m’aime. Avant, j’aimais attirer toutes les sympathies, j’aimais que tout le monde m’aime, j’aimais qu’on m’adore, qu’on m’écoute, qu’on  soit là pour moi. On, c’était tout le monde. On, c’était toutes celles que je croisais et que je trouvais sympathiques. Avant, mon cœur était grand, et mes amitiés étaient multiples et variées.

Elle me dit, l’autre jour, qu’elle a besoin d’une amie à qui se confier. Elle s’est longuement confiée. Elle me dit, l’autre fois, qu’elle aurait aimé avoir une relation féminine privilégiée. Elle avait besoin d’un commerce sans argent, d’une transaction d’écoute, d’amitié. Elle me dit, un jour, qu’elle avait besoin d’une intimité profonde avec une autre femme. Elle n’a que son mari, et de simple copines, à qui elle ne dit rien de son intérieur.

J’ai été inébranlable. Je ne lui ai même pas livré un semblant de confidence. Elle m’a trouvé un peu austère et rigide. Elle a pensé que j’étais de celles qui ne se livrent jamais.

Tu ne me dis jamais rien, toi !

L’une ou l’autre me le reprochent gentiment.

Je ne suis pas de celles-là. Je me livre à souhait. Les oreilles de mes amies ont été plus qu’arrosées de mes confessions les plus inavouables, de mes peines les plus profondes, de mes états les plus alarmants… et des grands bonheurs aussi, et d’indiscrétions cocasses .

Chéri est même affolé par ce qu’on peut se révéler entre filles. Il en tremble d’embarra, quand je laisse négligemment un message que je leur adresse.

Il est rassuré aussi, que je sois entourée d’une horde de bienfaitrices. Il n’a jamais exigé l’exclusivité de mes ressentis.

Je suis de celles dont le cœur se met à nu, quand il a choisi ses confidents.

Là, je ne peux pas. Impossible !

Mon cœur n’est pas assez grand. Mon cœur est capricieux.

Je peux lui offrir un café.

Je peux lui offrir une journée de ballade, au gré du vent.

Je peux essayer de m’imprégner un peu de ce qui la tourmente, voire la conseiller…

Je ne souhaite pas de retour et de réciprocité.

Je n’ai rien de mieux à lui donner. Une oreille, un café, un thé, un fou rire… et c’est tout !

Pourtant je ne suis pas de celles qui sont plus à l’aise avec les hommes. Moi, je préfère les femmes (heu... en espérant que cette phrase ne cause pas le trouble dans vos esprits, hein !). Disons alors, au cas ou certains y auraient vu un aveu, que je préfère la compagnie des femmes.

Pourtant, je ne suis pas de celles qui ne pensent pas à ses amies. Je crois très fort en l’amitié… l’amitié me colle à la peau. J’estime énormément mes amies.

Au début, je me suis dit que sûrement l’organe qui bat sous mes côtes  était déjà gavé d’amitiés passionnelles, et qu’il n’en pouvait plus…

Maintenant je sais.

Il a encore de la place. La preuve, il a attribué une place énorme récemment à celle qui s’appelle comme mon amoureux à moi…

Seulement, la place, il ne la gaspille pas. Plus il vieilli, plus il est sélectif. Plus il enfle et plus il est sélectif.

Au fil des ans, il remplace peu à peu des amas d’attachements vacillant, disséminés au hasard par une poignée de liaisons sacrées qu’il sert très fort dans le creux de ses mains brûlantes.

Je dis mon cœur pour ne pas dire moi.

Je parle de mon cœur pour déguiser la réalité.

Je me voile la face un peu.

C’est difficile de s’avouer qu’on a pas tout à donner…

C’est plus facile de creuser un petit fossé entre ce qu’on aimerait pouvoir être –quelqu’un qui a un cœur qui accueille tout le monde les bras ouverts- et ce qu’on est vraiment –quelqu’un d’un peu rude, qui n’octroie des faveurs particulières qu’à une certaine catégorie de gens-.

Déception.

Léger dégoût.

Un soupçon d’amertume.

Je ne serai jamais celle de mes utopies.

Je ne serais jamais la sainte aux bras ouverts pour tous.

Je ne serai jamais la mère aimante, les bras grands ouverts, qui accueille tous les enfants du monde.

Je ne serais jamais l’épaule large qui porte sur son dos toutes les amies de la terre.

Et ici, c’est pareil.

Je crois m’attacher et me fidéliser à certains blog au gré du vent, mais quand j’examine de prés la liste de mes liens favoris, il se trouve qu’elle colle à la réalité à la perfection.

Juste quelques hommes pour un meute de femmes.

Juste des internautes, qui sont des gens que j’aurai considérés si je les avait rencontrés ailleurs.

Internet permet de voir plus loin, de connaître d’autres univers ? De faire la rencontre de gens différents ?

Ça dépend comment on l’utilise, et ce qu’on y recherche.

Moi, j’ai parfois l’impression que non !

Ma blogosphere n’est composée que de gens avec qui j’aimerai m’asseoir autour d’un café.

J’ouvre un blog pour la première fois. Il me parle. Je m’y sens comme chez moi. J’y resterai.

J’ouvre un blog pour la première fois. L’ambiance, le climat, l’environnement ne me parle pas. Je suis à cent lieues de  ce qui m’est familier… je ne m’attacherai probablement pas.

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Commentaires
V
Merci de ton passage Samy.
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S
Bonjour,<br /> J'ai aimé lire ton texte.<br /> Je trouve qu'il est plus difficile de créer des amitiés étant adulte parce qu'on est occupé par les enfants, la vie de famille, et le travail. On a moins le temps pour de créer de nouvelles amitiés. Dommage!<br /> Bonne semaine
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V
Lam, moi non plus je ne couperai pas les ponts. D'ailleurs je ne voit pas pourquoi je ferai une chose pareille... mais les choses sont différentes entre nous, par contre...<br /> <br /> Gilles, évidement qu'il n'y a pas de loi absolue. J'éxagère ;) !<br /> En effet, c'est difficile d'assumer ce que l'on est ne réalité. surtout quand on aimerait déborder d'amour et qu'on tombe à pic sur un flagrant déli d'egoïsme ...
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G
Pas simple d'évoquer l'amitié...Je ne crois pas à la notion d'amitié de mecs ou de filles, qu'il y ait des stéréotypes, d'accord, des lois absolues, non.<br /> j'aime bien ce constat que tu fais de ne pas être celle de tes utopies, on se rêve souvent différemment de ce qu'on est, arriver à s'assumer est difficile et important. Dans notre relation aux autres, si on joue un personnage (on en joue toujours un, le jeu social l'impose) trop éloigné de soi mêmeon sonne vite faux.
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L
Bonjour Val,<br /> ton texte sur l'amitié est en effet très émouvant, me touche énormément.<br /> Mon témoin de mariage(il y a 9ans) et la marraine de ma fille est une amitié vieille de 24ans, et comme tu le disais, les chemins s'écartent un peu, mais je ne pourrai pas rompre vraiment je crois. <br /> Mes amitiés d'hommes c'était il y a longtemps...trop compliqué.
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