Mon carnet secret
Je ne vous l’ai jamais dit. Je tiens un carnet secret. Je rédige un journal de bord. Jusqu’à aujourd’hui c’était un misérable secret. J’ai un cahier à spirales que j’ouvre chaque jour. Non, je l’ouvrais chaque jour. Depuis peu, je l’ai remplacé par un dossier word. C’était plus pratique.
Je l’ouvre plusieurs fois par jour, même ! Sauf les jours de flemme, ou si je n’ai pas la possibilité de l’ouvrir. Ce carnet, il me suit depuis des années. Ça fait au moins dix ans que je m’en sert (bon, ok, c’est pas le même qu’il y a dix ans, mais j’en ai toujours un en cours).
J’y note des choses très intimes et personnelles (enfin, c’est très subjectifs, ça) ! J’y note une des choses les plus banales et naturelles qu’il soit !
Dix ans qu’un professionnel m’a conseillé d’en tenir un pendant un temps, et ce temps, selon moi, n’est pas encore révolu. J’en ai encore besoin.
Ce n’est pas un journal intime, ou je mettrai à plat tous mes ressentis sur tous les sujets et autres bobos.
Ce n’est pas un recueil de poèmes.
Ce n’est pas un catalogue de listes de taches à effectuer.
C’est autre chose.
Mon carnet secret, il est très spécial et tout le monde n’en tient pas un. Moi je m’y accroche. Il me tient à la surface. Enfin, je crois…
Des carnets de bord comme le mien, j’en ai croisé sur la blogosphère. Certains (certaines) le tiennent en ligne, à la vue de tous. Moi je ne saurais pas. Autant je peux vous raconter toutes mes indiscrétions ici, autant je ne pourrai pas vous faire part du contenu d’une ligne de ce cahier. C’est plus qu’intime. C’est presque honteux. Je n’en parle jamais à personne, de ce cahier.
Il fait pourtant partie de moi. Il appartient au patrimoine de ma personnalité. Il me colle à la peau, et me va comme un gant. La preuve, il m’est déjà arrivé (en général une ou deux fois par an) de vouloir l’abandonner, et même de le jeter.
Je me dit que c’est plus que stupide de continuer à le remplir, que je suis au dessus de ça…
Je l’abandonne, ou je le jette carrément.
La vie suit son cours un peu, et au bout d’un temps (parfois très court) tout s’affole.
Je n’ai plus de repères. Je suis paumée, désorientée. Je ne sais plus quoi faire, ni ou aller. Je ne sais plus si je fais bien ou pas. Je me sens mal. J’ai comme un vide. Je perds une partie de moi. Je n’ai plus de béquille, et je vacille. J’ai parfois l’étrange impression que ma santé mentale dépend de ce fichu cahier. J’exagère un peu, mais juste à peine…
N’y tenant plus, je le réouvre. Si je l’ai jeté, j’en commence un autre. Je reprend mes marques sur le nouveau. Je reprend le rituel de l’ouvrir quotidiennement et de le renseigner. Et, après quelques jours de rigueur dans la tenue du cahier, je me sens mieux. Il me régule. J’en ai besoin. C’est comme ça…
C’est une accoutumance comme une autre. C’est comme la caféine. C’est comme la nicotine. Droguée à la rédaction d’un journal de bord. Si je n’ai pas ma dose quotidienne d’annotations je vais au plus mal.
Evidement, j’en ai parlé à un professionnel. Peut-être que je dois me sevrer ? Peut-être que ça va trop loin ? Que ça a trop duré ?
Réponse : si je ne sais pas m’en passer, c’est que le moment n’est pas venu. Ça ne me fait pas de mal, et même plus de bien que de mal, alors je dois le continuer… aussi longtemps que l’arrêter me provoquera une sorte de malaise…
C’est une béquille autorisée.
Enfin, quand on est orgueilleuse, c’est quand même blessant de se dire que notre équilibre tient à un cahier qui répertorie des sottises, et souvent le même contenu ou presque de page en page. C’est certainement pour ça que je n’en parle jamais.
Il m’embarrasse. Il me rabaisse. Il m’humilie un peu, aussi..
J’ai une fierté (peut-être mal placée) et ce maudit cahier me rappelle mes lacunes rudimentaires.
Je suis peut-être vaniteuse…et ce besoin (que les autres n’ont pas) d’écrire ces choses futiles et si naturelles pour la majeure partie des gens m’apprend peut-être aussi un peu l’humilité (les jours de soleil).
Les jours de pluie, il me rappelle à quel point je suis une pauvre cruche qui ne maîtrise pas des choses aussi primitives et accessibles !
Bon, et … à votre avis, il y a quoi dans ce cahier ?