Suite française
Par ou commencer ? Il y a tellement à dire !
J’ai acheté ce livre par hasard, sans en avoir entendu parler. Je l’ai acheté sur une aire d’autoroute ! J’ai lu « Prix Renaudot 2004 ». Les livres autour n’étaient que des confessions de candidats déchus et autres biographies de candidats élus. Choix limité ! Et pourtant…
Je ne sais vraiment pas par ou commencer mon apologie. L’envie de tout dire en même temps me fera probablement partir dans tous les sens.
Je vais quand même tenter de me discipliner.
Alors, ce livre est étourdissant !
C’est un roman en deux parties. D’ailleurs, il ne serait pas gênant de lire l’une ou l’autre seule, comme un roman à part entière. Le première partie « tempête en juin » raconte l’exode des français de juin 1940. La seconde, « Dolce », raconte l’occupation allemande d’un petit village, Bussy, de l’armistice jusqu’au départ des soldats allemands pour le front russe.
Un roman historique ? Non ! Plus que ça !
La première partie est consacrée à l’exode des parisiens vers la province par peur des allemands qui s’approchent de Paris. Elle raconte ces français de toutes classes errant sur les routes de France, leurs bassesses, leurs peurs et leurs faiblesses. Elle met en avant non pas l’Histoire, mais des histoires singulières de familles, de couples, de célibataires, de maîtresses abandonnées . Elle décrit le vol, l’abandon d’un vieillard, la répugnance qu’éprouvent les bourgeois pour les paysans, les chrétiens pour qui l’heure n’est plus au partage. Elle raconte, au travers de ces personnages en pleine panique, toutes les faiblesse de l’être humain, son instinct de survie, sa lâcheté potentielle, mais aussi, pour certains de ces personnages, sa cruauté gratuite. Malgré tout, parfois, au milieu de toutes cette animalité qu’on ne saurait juger, une bribe de solidarité, un élan de charité gratuite et risquée sort de l’ombre. Et ça fait du bien…
La seconde partie raconte l’occupation d’un petit village par les troupes allemandes. Là aussi, plus que l’Histoire, ce sont les histoires isolées de ces villageois et de leurs manières différentes de vivre l’occupation qui est décrite. Elle raconte leur manière disparate de se comporter et de penser selon qu’ils soient paysans, bourgeois, nobles, selon qu’ils aient ou non un mari, un enfant tombé au front ou retenu prisonnier. Elle décrit avec justesse et précision les agissements et sentiments de ceux qui ont pour obligation de loger un soldat chez eux, de la belle-mère qui voit l’allemand courtiser sa belle-fille pendant que son fils est prisonnier, de la jeune fille qui tombe amoureuse de ce grand et beau soldat qui, au fond, n’est pas responsables de tout ce désastre et qui a de bonnes manières, de ces gens plein de haine qui la maudissent, de ceux qui sont passés de l’autre coté, et qui acclament Pétain, tout en dénonçant leur voisin qui n’a pas livré son arme à l’occupant.
Ce livre m’a remuée entièrement. Evidement, il conduit à cette question redondante à laquelle on ne peut pas répondre tant que tout va bien… et moi ?
J’en suis sortie éblouie par tant de réalisme dans ces constats accablants, mais aussi dérangée, mais pas révoltée.
Dérangée parce que ce livre nous ramène à ce que nous sommes, pauvre êtres humains pas à l’abris du tout d’être mauvais, faibles, lâches, haineux, fourbes…. Et que ce serait peut-être même notre nature profonde quand un danger survole nos têtes.
Pas révoltée par tant d’inhumanité. Il faudrait être bien naïf pour ignorer ce dont nous sommes capables dans des situations extrêmes.
Juste un mot sur l’auteur et son histoire à elle :
Irène Némirovsky a écrit ce roman au moment même des faits ou presque, sur le vif. D’ailleurs, ce livre est inachevé. Elle voulait réaliser une grande fresque en cinq partie. Elle en a écrit deux, puis étant juive, elle a été déportée et n’est jamais revenue.
Ses filles, enfants à ce moment là et cachées pour ne pas subir le même sort que leur mère, ont gardé ce manuscrit illisible (écrit en caractères minuscules pour économiser le papier). Ce n’est qu’en 2003 que l’une d’elles se décide enfin à le faire publier…
Enfin, à la fin du livre nous sont offerts quelques bonus en annexe.
La première annexe nous livre des réflexions personnelles de l’auteur sur la guerre (retrouvées avec le manuscrit) ainsi que des pensées et remarques sur l’écriture de son roman. La deuxième partie, plus intimiste encore, nous offre des lettres : les correspondances entre l’auteur et ses proches, mais aussi avec son éditeur. J’ai notamment été touchée par les lettres écrites par son mari, alarmé, qui tentait de sauver son épouse qu’il sentait en danger.
Une comparaison ?
Je ne trouve rien d’assez délectable pour le comparer à ce bouquin. Je l’ai savouré, dégusté, je m’en suis délectée. Je l’aime sans aucune retenue.
D’ailleurs, je le prête !
Si quelqu’un est tenté par ce bouquin, je le prête !
Je l’ai tellement apprécié que je voudrais le partager !