Je n'ai pas su trouver de titre...
Ce matin là, il s’était levé tôt pour aller travailler. Il avait mal dormi, et était un peu sonné. Les pleurs du petit l’avaient réveillé avant la sonnerie de son réveil, et il s’en était occupé tout en se préparant.
Ce matin là, elle dormait profondément et n’avait pas entendu son fils pleurer, puis jouer, avant que ses petites mains froides viennent lui caresser le cou.
Ce matin là, aspirant à un peu de calme avant la tempête professionnelle, il avait envoyé son fils la réveiller pour qu’elle prenne la relève.
Ce matin là, elle s’était pourtant levée de bonne humeur, s’amusant des encouragement de son petit garçon.
Las et inexpérimenté en la matière, il lui avait adressé une critique maladroite qu’il pensait anodine et sans conséquence.
N’ayant pas l’habitude d’en recevoir, et surtout si tôt, elle avait répliqué sèchement.
Le ton était monté.
Après quelques mots qu’il n’avait pas pour habitude de lui dire, il commençait à se retrancher pour ne pas aller au delà de l’acceptable. Il était sage.
Après quelques mots qu’elle n’avait pas pour habitude d’entendre de sa bouche à lui, elle avait renchéri par arrogance. Elle était sotte.
Froissé, irrité, attaqué, mais calme à son habitude, il avait opté pour le sarcasme. Court, fluide, impassible, mais piquant !
Fébrile, furieuse, attaquée, et déchaînée comme rarement, elle s’était oubliée, et avait transgressé les règles tacites qui régissent les couples qui se respectent.
Une suite de mots lâchés malencontreusement. Une phrase blessante qui déroge aux lois des gens qui s’aiment.
Déconcerté et attristé, il avait choisi la fuite. La journée de travail commencerait tôt, ce matin.
Pleine de remords mais fière, elle l’avait laissé partir. La journée commençait mal, ce matin…
Toute la journée il avait travaillé un peu plus dur que de coutume pour essayer de chasser tout ça de son esprit tourmenté.
Toute la journée elle avait regretté ses propos amèrement.
Par deux fois elle avait tenté de l’appeler, en vain.
Par deux fois son téléphone avait sonné. Il l’avait éteint.
Le soir venu, il avait repris le chemin de la maison, en tremblant.
Le soir venu, elle l’attendait patiemment, en espérant.
Il était rentré, n’avait pas parlé, avait pris une douche, puis avait diverti les enfants.
Elle avait fait à manger, sans un mot, avait baigné et avait fait dîner les enfants.
Sans se concerter, ils savaient. Chacun d’eux, à l’unisson avait attrapé un enfant pour le coucher. La connivence même dans l’hostilité.
Quand la maison était devenue vide et silencieuse, sans un mot, sans un regard de peur qu’il soit mal interprété, ils s’étaient entrelacés affectueusement, comme dans les moments de peine, pour se consoler.
L’amour bohème avait repris tous ses droits. L’étreinte câline marquait chaque fois la fin de la tempête. On en reparlerait plus. Tout était oublié.
Ce soir là, à la lueur d’une lumière tamisée, c’est au chaud, tout contre son torse, qu’elle avait ouvert et lu son éternel bouquin.
Ce soir là, au sein de son rassurant foyer, c’est en la serrant fort contre lui qu’il avait regardé son éternelle télé.
Ils ne savaient pas faire autrement. Ils n’ont jamais su faire plus sage dans la dispute ni moins silencieux dans la réconciliation.
Ces matins cruels là, aussi rares soient-ils, ils ne savent pas les écarter.
C’est comme ça !
Le brasier est si ardent et rouge vif que parfois il brûle et consume douloureusement.
Il est si fougueux qu’il revit de ces cendres et réchauffe à chaque fois les âmes gelées.
Ces matins là, vécus ( ils ne comptabilisent pas) en moyenne une fois l’année, leur font apprécier les trois cent soixante quatre autres matins tendres, ou câlins, ou légers, ou farceurs, ou érotiques, ou affectueux, ou passionnés, ou poétiques, ou moqueurs, ou sensuels… mais toujours agréables et de mèche.