Chuuuuut !
Ce soir, c’est spécial. Soirée particulière pour journée singulière.
Ce soir, c’est un duo.
Vingt quatre novembre. Que fête-t-on ?
Rien, justement !
Absence d’anniversaire. Pas de commémoration.
On ne reçoit pas non plus.
Alors ?
Ben alors, j’ai mis une bouteille au frais. Une, mais pas plus. Juste de quoi trinquer.
Ce soir, je sortirai deux flûtes. Pas celles des soirées d’anniversaire ou arrosées ! Celles que nous ne possédons qu’en deux exemplaires. Elles sont spéciales. Elles sont réservées à cette complicité qui ne se vit qu’à deux.
Quelques douceurs, mais pas trop. Juste de quoi prendre des forces. Pas trop de forces non plus. Ce sera une soirée sous le signe de la fragilité.
Les enfants ? Quels enfants ?
Ah ! Ceux là…
Je vois…
Ils mangeront seuls. Pour une fois… Il se couchent tôt, de toute manière.
Il est gentil. Il les couchera.
Pendant ce temps, je préparerai la table. Il sera surpris. Agréablement.
Je me serai même changée et…
Comment ?
Comment ça, ça ne peut pas être gratuit, tout ça ?
Bien sûr que si !
Bon, bon !
J’avoue tout.
Ce matin, nous avions rendez-vous. Enfin, il avait rendez-vous. Je ne pouvais pas ne pas y aller. Trop important ! J’étais plus tendue que lui.
Il y est allé pour « en finir ». J’y suis allée pour que ça finisse bien !
J’aurai très bien pu lui faire confiance…
Non ! Je n’ai pas pu la lui accorder, ma confiance, cette fois…Trop risqué !
J’ai même participé. C’était plus fort que moi. De toute manière, il me demandait sans cesse mon avis, alors…
Je redoutais cette entrevue. C’est que je le connais…
Il paraît pas, comme ça, mais c’est un mauvais garçon ! Il se laisserait plus facilement travestir en gangster qu’en prince charmant. Si, si !
L’accoutrement de Prince pour lui, c’est féminin (mince, on a l’impression que c’est une tare !), et pis ça sert à quoi ?
A faire verser une larme à l’amoureuse béate et à la maman émue.
C’est déjà pas si mal, non ?
Vous comprenez maintenant mes craintes…
Et bien, finalement, il aime ça, faire pleurer chérie et Maman !
J’exagère !
Disons que… il l’a fait dans un accès de bonté, pour faire plaisir…
« Chéri, ça serait bien si tu mettais ça.. oh, et puis.. ça , aussi ! » Je lui rabâchais ça depuis des semaines !
Et, en guise de réponse : « JAMAIS ! ». Plutôt trépasser qu’apparaître dans un tel accoutrement.
- Pas de couleurs. Pas de toilette féminisée. Pas de ce nouveau truc, là, au col »
- Mais.. c’est à la mode..
- (Je préfère passer sa réponse sous silence)
- Mais… c’est très viril, aussi…
- J A M A I S !
Il ne faut jamais dire jamais.
Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.
…
Y E S !
Pour tant de renoncement à ses convictions les plus intimes, tu crois qu’une bouteille, même bue aux chandelles, dans les coupes symboliques, et accompagnée de quelques toasts suffira ?
Heu… non ! C’est léger, ça, tout de même … après tout, il n’a même pas protesté …
Alors ? Et après ?
Chuuuut !
C’est censuré !