Petits mensonges entre époux
Une fois Manu m’a menti. Un vrai mensonge, un authentique. Un mensonge intentionnel et réfléchi, et même prémédité. J’en avais été toute surprise.
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C’était la semaine d’avant les vacances d’été. Chaque jour, depuis le lundi, il m’avait prévenue qu’il rentrerait tard le vendredi, parce qu’il aurait du travail par-dessus la tête avant de partir en congé. Moi je l’avais cru naïvement. Rien de surprenant que d’avoir des choses à régler avant de s’absenter plusieurs semaines…
Et puis, le jeudi soir, dans un accès de culpabilité, il m’avait tout avoué. Il s’était rétracté. Non, le lendemain il était prévu qu’il termine de bonne heure, mais ses collègues l’avait invité à un apéro de veille de vacances.
-Pourquoi tu ne me l’as pas dit directement ?
En fait, il m’avait expliqué qu’il avait craint que je lui interdise d’y aller…
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J’ai été un peu vexée au début. Tout de même il avait menti. Mais, en même temps, j’étais touchée qu’il n’aille pas jusqu’au bout et qu’il m’avoue tout si prés du but. Au risque effectivement que je refuse qu’il s’y rende.
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Je n’ai pas refusé qu’il y aille, touchée qu’il n’ait pas tenu le coup, avec son histoire de travail, et que sa conscience lui ait soufflé l’idée de tout avouer avant qu’il ne soit trop tard.
Il y est allé, et finalement, il est rentré relativement tôt.
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- Déjà ?
- Ben oui. C’était déjà gentil de ta part de me
laisser y aller, et puis d’avoir passé l’éponge sur le mensonge, alors j’ai pas voulu abuser.
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En fait ce week end là, je m’étais sentie plutôt mal. J’avais l’impression soudaine d’être un vilain tyran, à qui il faut presque mentir pour pouvoir sortir…
Je ne suis pas un tyran. Je n’aime pas ce genre de « sortie », c’est vrai. Mais, ce n’est ni un abus de pouvoir, ni de la possessivité.
C’est juste que ça me fout la frousse. C’est le souvenir qui revient, en force, des gens que j’aimais et que j’ai perdu brutalement. Alors, non, je ne veux pas qu’il aille à un apéro, et qu’il fasse trente kilomètres pour rentrer si je n’ai pas vu, de mes yeux vu, ce qu’il a bien pu boire. C’est une torture. C’est au dessus de mes forces.
Mais, j’ai bien conscience que c’est un défaut de confiance. Ma peur pèse plus lourd…
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Je m’étais tout de même remis en question. Manu n’est pas un menteur. Il n’avait jamais menti avant, ou quasi. Pour en arriver là, c’est qu’il tenait beaucoup à cette soirée, et qu’il redoutait que je refuse. Car Manu est facile à vive. Si je dis non, il renonce, en général. Il n’aime pas me faire de peine, il n’aime pas les conflits. Mais, c’est peut-être malsain, en réalité. Sa « flexibilité » m’encourage peut-être à être autoritaire, jusqu’à l’abus de pouvoir ?
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C’est que, à une époque, ça s’était imposé… Maintenant non ! J’exagère ! Mais se défaire d’une manie, c’est pas évident. J’essaye. Je me contiens. Je progresse. Moi-même, je ne pourrais pas supporter qu’on exerce un tel contrôle sur ma personne. Je l’ai déjà dit, je ne pourrais pas vivre avec moi-même…
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Tout s’était tassé. Même mieux. Un jour, alors qu’il n’avait pas très envie de boire un verre avec les mêmes collègues qui l’avaient invité, il avait dit « Valérie m’attend. Elle n’aime pas quand je rentre tard. ». ça l’avait même plutôt arrangé. Je ne lui en veux pas. Comme j’ai des défauts, autant qu’il en tire un minimum de profit, parfois.
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Et puis, cette semaine, il a menti à nouveau.
Un soir de cette semaine, alors qu’il faisait sa dalle en béton, pour le chalet, je l’ai vu faire quelque chose que je n’aime pas qu’il fasse. Non, que je ne supporte pas qu’il fasse. Sûr qu’il en profitait d’être seul à travailler dehors… Sûr qu’il ne savait pas que je le regardais.
Je n’ai rien dit. J’ai pas voulu faire le tyran. J’ai fait semblant de n’avoir rien vu.
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Et, le lendemain soir, il a recommencé, mais sous mes yeux cette fois. Il m’a dit que c’était exceptionnel… que c’était pas arrivé depuis un bon moment.
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- Tu mens, là.
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Il a pas cherché à nier ni à s’entêter dans son mensonge. Il a avoué direct. « Oui, j’ai menti. Hier soir aussi, dehors… ». Faut dire qu’il déteste mentir. Alors insister, là non !
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Mais tout de même, si je ne l’avais pas vu faire la veille, il ne se serait pas rétracté, cette fois, je pense.
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Alors, c’est sans trop d’importance. Ses petits mensonges ne changent pas le cours du dollar (même pas le cours de notre vie, en fait) . Mais comme c’est blessant, de savoir qu’il a menti ! J’ai l’impression de le persécuter, un peu. Comme si j’étais un tyran redoutable, une mère despotique à laquelle un enfant doit cacher des choses, de peur d’être puni ou grondé.
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Je ne sais d’ailleurs pas si je suis plus affectée par le fait qu’il ait tenté de mentir que par l’image que j’imagine qu’il a de moi : un terrible oppresseur.
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On n’est pas fâchés. On n’est pas revenus sur le sujet. J’ai
pas voulu en rajouter une couche, en lui expliquant bien que je suis plus
fâchée encore quand je sais qu’il ment que lorsqu’il me fait un aveu que je
n’aime pas entendre. Je pense qu’il le sait bien…
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