Je compte
Je compte bien sûr beaucoup sur les gens, en ce moment, évidemment...
Mais aussi, je compte tout court. Il y a plein de choses à compter.
Le 28 aout dernier, là, je comptais sur la chance, et sur mon bébé. Il était dans mon ventre et je lui parlais. Pour qu'il naisse. Naturellement, tout seul, comme un grand.
Il n'est pas né ce jour. Alors j'ai dû attendre avec la crainte du déclenchement de l'accouchement... et je me demandais pourquoi il n'avait pas voulu naitre à cette date butoir du 28/08.
Et puis hier -seulement hier- j'ai réalisé (parce que j'ai voulu vérifier, car c'est une date que ma mémoire sélective ne veut pas retenir) que le 28 aout était la date de naissance de ma mère.
Coïncidence? Ou pas? Je ne saurais jamais. Toujours est-il que Charles est né après terme. Et que c'est peut-être mon inconscient qui l'a retenu dans mon ventre quelques jours supplémentaires...
Je ne saurai jamais.
Je compte. Dans un an tout rond, je deviendrai plus vieille que ma mère. J'ai toujours pensé que ce devait être une chose étrange d'avoir le même âge que sa maman, puis de le dépasser.
Je ne dis pas que ça me travaille, mais parfois j'y songe. Dans un an.
Ce qui me rassure, c'est que même malade, mon état n'a rien à voir avec ce qu'elle était un an avant de mourir. Et c'est tant mieux.
Je compte.
Nous sommes jeudi -début d'après-midi – et comme les semaines me sont pénibles -à cause des angoisses de la solitude- je compte. Plus que cet après-midi et puis demain. Et ce sera bon. Le week-end... je ne serai plus toute seule.
Je compte.
Je suis seule 4h le matin. Puis encore 4h l'après-midi. Alors, je compte. Les heures. Je me dis « un quart, déjà, de passé ». Puis la moitié, puis...
Je compte le temps.
J'aimerais mieux ne plus le compter. Mais pour l'instant ça m'aide.
Je compte sur les gens. Sur leur présence. Leurs appels.
J'aimerais aussi pouvoir faire autrement mais j'ai terriblement besoin de mes amis. Plus que jamais.
Je compte.