Sans visage
Coumarine, l'autre jour, parlait de « maladie sans visage ».
C'est le cas.
Tu es malade et ça ne se voit pas, parce qu'en dehors des moments d'angoisse tu sembles aller bien. Et tu te bats pour ça.
Tu entends les gens dire « Oh, il fait beau, tu pourrais aller te promener, aujourd'hui? Avec Charles... ».
Les gens ne savent pas.
Ou ils croient que si tu ne le fais pas, c'est que tu ne te bouges pas assez les fesses pour cela.
Seulement toi...
Toi tu te bats déjà pour aller quatre fois par jour à l'école.
Tu te forces à aller avec Charles à la boulangerie chaque matin. Au marché. A la boucherie.
Tu te fais violence pour accompagner toi-même tes enfants au médecin.
Tu luttes pour aller à la pharmacie et à La Poste (il y a les files d'attente...).
Tu prends sur toi pour remplir un caddie pour cinq au supermarché. Chaque semaine.
Et tu ne délègues pas.
Tu le fais pour aller mieux, pour guérir, pour ne pas te laisser aller à la facilité.
Ce que tu as du mal à faire, tu le fais quand même -accompagnée- pour ne pas végéter et t'en sortir, et te prouver que tu peux lutter contre ce qui te ronge.
Mais tout ça c'est un combat. Quotidien.
On ne s'imagine pas.
Le soir tu es épuisée. Normal, avec trois enfants...
Mais ce n'est pas ça. Toi, tu sais que c'est cette lutte quotidienne contre l'angoisse qui te fatigue tant. Tu serres les dents. Et tu continues. Et tu progresses.
Quand on te dit -comme si tu ne faisais pas l'effort- : « Tu pourrais aller te balader, il fait beau... ».
Toi, t'as déjà lutté contre tout un tas de trucs... et tu sais que tu lutteras encore demain et les autres jours.
On te le dit une, deux, trois fois.
Tu réponds gentiment que non, tu te sens pas capable, pas aujourd'hui, pas comme ça, pas sans obligation...
Car t'as déjà beaucoup lutté pour assurer le quotidien.
Et puis un jour on te le redit.
Et tu craques.
Tu pleures deux heures. Tu comprends que tu n'es pas comprise.
Toi tu te bats déjà fort … alors que le « tu pourrais peut-être promener Charles » tu le prends comme : « Mais bouge-toi un peu, sors, il a besoin de prendre l'air ce petit ».
Bouge-toi un peu...
Je fais que ça. Je me fais beaucoup violence.
Et ça non plus, ça ne se voit pas...
C'est dur à entendre.