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8 février 2020

Un jour, j’ai eu une mère

Il faisait beau, ce matin de juillet, quand ma mère décida d’une promenade en tête à tête. Juste elle et moi. J’avais alors dix ans, et j’étais sans doute bien trop naïve pour toute forme d’anticipation. 

Une ballade! J’ai accueilli la perspective avec une joie innocente. Et c’est ainsi que nous avons marché plusieurs heures, l’une à côté de l’autre, arpentant la campagne, tout en bavardant et plaisantant gaiement. 

La journée était belle. J’étais en vacances pour longtemps. Le soleil brillait. L’air était doux. La nature était jolie, accueillante, odorante, colorée. Tout l’univers semblait en parfaite adéquation avec mon état d’âme. L’air tiède caressait tendrement mes bras nus tandis que ses paroles aimables me berçaient comme des étreintes chaudes. 

Dorlotée de tous côtés, heureuse, légère, je ne prêtais pas attention à la direction que nous prenions. J’étais confiante, me laissant conduire et étourdir comme dans un rêve agréable. 

La vue du lac, au loin, m’a à la fois réjouie et étonnée. Elle avait donc prévu? 

Elle avait.

 Dans son sac, que j’avais à peine remarqué, deux piques-niques et des affaires de plage. 

Les sandwiches étaient divins. L’eau était bonne. Le sable collait aux pieds nus sur la plage. Le soleil nous brûlait le visage. 

C’était donc ça, le bonheur ? Avoir une mère enfin, détendue, disponible et attentive.

J’ai jouis de cette journée en dehors du temps sans grand étonnement, étrangement. J’étais trop jeune, sans doute, pour interpréter quoi que ce soit. Trop insuffisante d’expérience pour comprendre. 

Quelques jours plus tard, elle se suicidait. Qu’a pu motiver cette mère , qui n’a jamais été capable d’égards pour sa fille , à lui offrir une vraie journée d’enfant ? 

Avait-elle la volonté de me laisser un bon souvenir d’elle? 

À moins que cette décontraction inattendue fut le fruit d’un soulagement récent, de la perspective de ne bientôt plus devoir supporter le poids de la vie?

Je ne le saurai jamais. Je ne peux que supposer. 

Je sais simplement qu’un jour, en juillet, j’ai eu une mère.

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Commentaires
A
Émouvant et tragique.Le suicide reste toujours un mystère impossible à élucider.
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H
Superbement écrit, que dire a part bravo, c'est touchant, poignant, sublime
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A
Ce sont des confidences si intimes et douloureuses qu'il est délicat de "commenter" quoi que ce soit.<br /> <br /> Se projeter dans les pensées d'une mère souffrant au point de programmer son suicide? Impossible.<br /> <br /> Dans celles de cette petite fille qui un jour, eut une mère? <br /> <br /> Pas plus.<br /> <br /> Je souhaite simplement qu'un jour, tu trouves la sérénité, et, comme moi, ce que j'appelle "la réconciliation"....
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X
Chacun suit son propre chemin, sa propre destinée, son propre karma on peut dire et les liens de familles sont inférieurs à ça. <br /> <br /> Chacun doit donc devenir lui même et couper le cordon ombilical, savoir traverser la rue sans la main de papa maman même si une certaine tristesse temporaire est tout a fait normale. <br /> <br /> Par exemple, je ne suis pas mon père et mon père n'est pas moi, ses programmes, ses erreurs, ses choix je ne dois pas les porter, c'est à lui de les porter, ce sont ses problèmes mais moi je dois aller vers la lumière car c'est la ou j'appartiens, c'est la ou je me sentirais bien, il n'y a pas d'autres chez soi que la sagesse, la paix intérieure, le pardon.
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A
Il ne peut y avoir de réponse à tes questions qui viendrait de l'extérieur.<br /> <br /> Comment se pense une personne qui a programmé son suicide ? Il n'existe pas de « réponses types ». Poursuivre dans cette direction, (chercher à l'extérieur) avec ou sans affect, me semble une impasse.<br /> <br /> <br /> <br /> Un homme de mon entourage proche , marié, deux enfants, s'est pendu dans son garage. Sur la table de la cuisine il a laissé une feuille sur laquelle était écrit : « je ne peux plus vivre ». Il me semble que dans cette phrase, tout est dit …<br /> <br /> Les jours précédents il était d'une sérénité peu habituelle chez lui. Certains ont pensé : bon, il va mieux...<br /> <br /> Il avait seulement trouvé comment « sortir de la vie » sans plus attendre.<br /> <br /> <br /> <br /> Tu n'as pas oublié cette journée. Et pour cause : « un jour, en juillet, j'ai eu une mère ». Elle t'a offert cela. Son ultime cadeau. Le seul peut-être.<br /> <br /> Ce fut plus que de laisser un bon souvenir, mais probablement un acte d'amour, peut-être le seul et unique, avant de s'en aller. Un acte unique et singulier peut contenir toute une vie Toi seule connais la réponse inscrite en toi…<br /> <br /> <br /> <br /> Toi seule peux décider d'aller la visiter intérieurement. À savoir qui elle est pour toi, hier comme aujourd'hui. Et aussi qui elle ne fut pas. Ce qu'il en était de cette relation mère-fille. Mais bien entendu cela supposerait de t'approcher de l'événement autrement qu'avec une curiosité froide.<br /> <br /> Ce n'est peut-être pas possible de réduire la distance. Pas encore.
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