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13 mars 2021

Les Contemplations (Victor Hugo)

J’ai eu la prétention de croire que je pouvais lire des poèmes de Victor Hugo sans préparation ni études préalables. Ah, la présomptueuse ! La sotte ! L’inculte ! Je me suis donc retrouvée nue, en terre quasi hostile, à me débattre contre des forces que j’avais sous-estimées. Voilà à quoi mène un excès de confiance en soi et surtout un excès de légèreté. J’ai donc lu toute l’œuvre, et même décrété l’avoir à peu près comprise. Et, dans mon insuffisance bête, c’est à peine si je me suis rendue compte que j’étais passée à côté d’au moins la moitié de ce qui compose un recueil de poésie. 

Alors ? J’ai tout repris, depuis le début. Tout ce que j’ai jugé utile, ce qui a représenté une masse phénoménale. J’ai repris les règles de la poésie classique pour pouvoir bien distinguer les évolutions du romantisme. Je n’ai pas négligé non plus la vie d’Hugo. Ce recueil -tombeau n’est-il pas aussi l’expression d’un « moi » qu’il faut connaître un minimum pour bien le lire ? La plus rude étape fut celle des normes, nombreuses et arbitraires, de la versification. Laborieux travail quand on l’a toujours négligé. Il restait encore une chose : pratiquer moi-même. Comment être certaine d’avoir compris et assimilé toutes les règles sans les appliquer ? J’ai fait des vers. De médiocres sans doute, mais de réguliers. Tout cela m’a pris un bon mois. Et, à la fin, armée de ces nouveaux savoirs indispensables, j’ai relu toute l’œuvre. Voici comment je me suis débattue/entretenue avec Hugo presque depuis Noël ! J’ai perdu du temps par négligence. N’importe, cela en valait la peine. J’ai pris ainsi la mesure de mes manquements et de mes lacunes. Comment aurais-je pu rédiger une note sans passer pas toutes ces étapes ? C’eut été ridicule, digne d’un vil amateurisme, de celui qui prétend parler de ce qu’il ignore. Voilà donc une preuve flagrante, s’il en fallait, que je n’ai pas repris des études en vain. Étudier seul, c’est aller toujours vers ce nous attire, et souvent il s’agit de ce qui nous est facile. Penchant naturel bien fâcheux, certes, mais dont je parviens mal à me détacher. C’est qu’il faut un grand tempérament et une superbe détermination pour s’atteler, sans y être un peu contraint, à l’étude de ce qui nous rebute. C’est, je crois, pourtant nécessaire. Ne sachant pas assez me contraindre en toute autonomie, ces études me sont une manière détournée de le faire. Un second degré dans la contrainte individuelle, puisque, évidemment, c’est moi qui ai pris la résolution de suivre un cursus universitaire. Liée, assujétie à un programme, c’est tout naturellement - comme si c’était un devoir non négociable - que je m’impose un travail que j’aurais sans cesse reporté autrement. 

Victor Hugo est, lorsqu’il publie les Contemplations, si ce n’est mort, du moins meurtri. Le père a perdu sa fille, l’homme public est exilé. Que reste-t-il à un homme affligé de chagrin et empêché de vie publique ? À beaucoup, il ne resterait rien. Mais c’est Hugo : il lui reste l’art, l’écriture, la poésie. Si le père et l’homme politique et social ont été étouffés, l’artiste vit encore, et peut-être même d’autant plus que son art est la seule chose qui ne lui ait pas été retirée. Hugo reste droit, grand, Homme. Un individu, même à terre, en est encore un tant qu’il peut toujours faire son œuvre. 

Évidemment, l’œuvre est imprégnée d’affliction, de déchéance, de colère. N’importe, elle existe et à travers elle, Hugo existe malgré l’adversité. L’art est une force, en ce sens. Celui qui fait son œuvre peut tout perdre, il restera quelqu’un s’il continue de produire. N’importe s’il n’est pas reconnu, il se saura de la valeur pour lui-même et se vêtira toujours d’une belle dignité s’il poursuit son travail. Même mort pour tous, il continuera de se sentir vivant. L’artiste, travailleur acharné, n’a pas à remettre en question le sens qu’il donne à sa vie. Si demain il n’est plus époux, si même on  le prive de ses enfants, de reconnaissance sociale, de sa liberté, de ses droits fondamentaux, de son emploi, il restera Individu s’il peut toujours écrire, travailler, s’élever. Là sera son intégrité et sa grandeur. 

Le recueil comprend six livres bien distincts, correspondant à six périodes de la vie d’Hugo. Les poèmes sont généralement antidatés pour apporter une cohérence chronologique à l’œuvre, ce que je déplore. C’est là une feinte assez grossière, une pose surfaite. Faut-il être heureux pour écrire un poème sur l’amour ? Doit-on avoir honte de vanter la joie tandis que l’on porte le deuil ? Hugo le pensait visiblement. Il a triché, trop soucieux de sa cohérence pour être honnête. 

Le premier livre décrit l’enfance, la jeunesse, l’innocence au sens propre, comme au sens : la naissance de l’artiste, de l’écrivain. Le poète se vautre dans une nostalgie, une mélancolie un peu mièvres. Il vante la naïveté, les premiers émois et la belle et pure nature. Le tout est sublimé, évidemment, par des vers magnifiques. C’est le temps du bel enthousiasme, de la jeunesse emplie de vitalité, de l’homme fort de son jeune âge et de ses premières gloires, qui part à la conquête du monde en s’émerveillant de tout ce qu’il y découvre. Le poète règne en maître absolu sur tout l’univers. Rien ne l’arrête. Il avance sans peur, n’ayant jamais connu l’adversité. Le monde s’offre à lui et le salut bien bas à son passage. Tout l’univers reconnaît son génie et lui en est reconnaissant. Ce livre, plutôt enrobé d’une fausse naïveté, est pourtant assez fidèle à la jeunesse de Victor Hugo. N’a-t-il pas connu que des succès ou presque ? N’ont-ils pas été, dès le début, lui et son romantisme, encensés ? Comment ne pas n’être qu’ardeur et émerveillement alors, quand on a été aimé et reconnu si tôt dans l’existence ? Le jeune Hugo est fort, invincible, orgueilleux, immortel, sûr de son art, et tout à la fois reconnaissant et humaniste, mais on aurait tort de croire qu’il s’agit de penchants naturels. Comment pourrait-il en être autrement d’un artiste reconnu, adulé ? Comment ne pas aimer son prochain, puisqu’il nous aime et nous considère comme un être supérieur ? 

Logiquement, l’amour des femmes vient parfaire ce tableau idyllique. C’est l’objet du deuxième livre. Les femmes sont belles, sensibles, aimables... puisqu’elles l’aiment ! Un autre qui aurait essuyé refus et déconvenues aurait maudit la gente féminine, mais pourquoi Victor Hugo n’aimerait pas ces douces personnes qui  l’adulent et le flattent, et dont il est l’amant admiré ? Ce qui caractérise la jeunesse de Victor Hugo peut se résumer en un mot : la facilité. Il est pour ainsi dire l’exact opposé du poète maudit, dédaigné. Victor Hugo est un homme bon, parce que la société l’a rendu tel. Il loue l’amour, la nature, la femme et Dieu parce que tous lui ont offert tout ce qu’il a désiré et peut-être au-delà. 

Est-ce qu’un individu rejeté par la société s’inquiète de celle-ci ? Est-ce que le sort de ceux qui le méprisent lui importe ? Je n’en crois rien. Hugo défend le faible, s’émeut du sort de miséreux, s’indigne d’injustices dont il ne souffre guère parce qu’il n’a rien à déplorer quant à son propre sort. Pour penser aux autres et à leurs misères, il faut avoir bien peu à pleurer pour soi-même. Ainsi, le troisième livre dénonce vaillamment, et brandit la justice comme un étendard. Quand on a tout obtenu de la vie, on peut à présent se préoccuper de celle des autres. Solennel, Monsieur Hugo se donne pour mission d’éclairer l’humanité de ses bassesses, de ses cruautés, de ses manquements moraux. Convaincu, résolu, il s’impose en chef révolutionnaire et se donne pour mission d’ouvrir la voie, de montrer le chemin de la justice. Il décrit Fantine et la montre aux vils aveugles, de son index menaçant et autoritaire. Il la plaint et accuse la société de l’avoir faite telle qu’elle est, misérable et prostituee. Il incrimine la justice d’avoir condamné Valjean pour un morceau de pain. Hugo se fait Dieu et juge. Depuis ses hauteurs quasi inaccessibles, il  regarde d’un œil ému et tendre le peuple qui souffre et en accuse avec force conviction ceux qui le maltraitent. Hugo est bon et juste. Parce que tout lui dit donné. Quel combat mener, sinon celui-ci, quand on a tout obtenu pour soi-même ? 

Et puis soudain, survient la chute, la déchéance imprévisible et intolérable, le sort brutal. Sa chère enfant meurt. Victor Hugo n’est ni invincible ni surhomme. La mort de sa fille marque surtout la fin de son immortalité supposée. S’il peut revendiquer la paternité éternelle et superbe de son art, le père de chair s’effondre. Sa tendre Léopoldine est morte. Hugo se tait, se terre, et se meurt. L’enfant mort devient une obsession, peut-être au détriment des vivants. Il suffit de lire la biographie de sa fille cadette pour savoir comme celle-ci fut négligée jusqu’à ce que la folie la ronge. L’enfant morte, éternellement pure, jeune et douce, est sublimée et idéalisée par les vers. Elle devient une obsession, plongeant le père dans un désespoir inextirpable, mais non moins littéraire. Dieu n’est soudain plus loué, il est injuste et cruel. La nature n’est plus accueillante : la terre recouvre insupportablement le petit corps froid de sa fille chérie. La révolte sous forme de lutte des classes est oubliée, elle se change en révolte intime. L’indigné ne pleure plus que sur son sort. Mais il le fait avec fierté et brio, pour ne pas dire : avec génie. Ce qui confirme ma théorie : il ne faut  être affligé par rien pour pleurer sur le sort des autres. À présent Hugo n’est plus qu’un père qui hurle son désespoir. L’affliction universelle ne lui est plus rien, ou alors il la porte à lui seul. Le poète justicier ne défend plus la prostituée ou le pauvre. Il est devenu père endeuillé, s’est autoproclamé représentant de tous les pères et mères à qui Dieu a volé un cher enfant. Ce pathos interroge à plusieurs niveaux, et me rappelle soudain ce poète que sa femme venait interrompre et à qui il ordonnait de ne point le déranger... parce qu’il était en train d’écrire des vers à son intention ! Ainsi, est-ce bien sur le souvenir de sa fille aimée et disparue que Hugo pleure et enrage, en de splendides vers ? Ou bien se contemple-t-il par l’écrit dans son affliction, la sublimant pour en faire une œuvre magnifique ? Pour que l’enfant aimée devienne un prétexte à la beauté artistique, une nouvelle muse, éternelle, pure et inépuisable, il n’y a qu’un pas. 

Enfin, le deuil laisse place à une autre mort, celle de sa vie publique, de sa légitimité de citoyen. Hugo est exilé, et l’haleine de sa tendre fille n’exhale plus qu’un léger soupire de chagrin. Le premier deuil laisse place au suivant. Hugo goute à la solitude physique, morale et sociale. Et c’est avec un grand élan de vie qu’il s’accroche encore au passé et à l’avenir. Il est partagé entre les souvenirs de temps heureux et l’espoir d’un avenir meilleur. Il apprend cette terre d’exil, pas si hostile finalement, et même belle, tout comme l’est sa solitude. Son exil encore sert son œuvre, lui donne matière intarissable à une esthétique poétique. Hugo flatte encore son orgueil par cette grandeur dans le tourment. L’homme brisé se relève et brille par son art. Il se tient debout, en individu. Il brave l’adversité par l’intelligence et la beauté de ses vers. Exilé certes, mais artiste toujours, et donc Homme. Ni la solitude, ni l’affliction ne le détournent de son œuvre. Ces dernières deviennent même supports, objets de plaintes lyriques, prétextes aux épanchements esthétiques. Et même outils pour atteindre le sublime. L’exil devient un paysage à décrire, la terrible solitude qui aurait tué le commun est propice à la fureur créatrice, les souvenirs heureux se muent sous la plume du poète en éclats nostalgiques. 

Tout sert à Hugo. Rien n’est à jeter. Le malheur transcende et se métamorphose en poésie de haute voltige. L’affliction devient questionnement métaphysique. Et l’on sait comme il s’est adonné, éperdu, à des séances de spiritisme, folie accomplie comme un acte désespéré d’un homme qui n’était plus lui-même. Le poète terrassé de toutes parts devient visionnaire, spectre, Sage, et peut-être Dieu lui-même, dans un bel orgueil. Et j’en ai eu une étrange vision : Le visage dur de Victor Hugo, plus large que le soleil de midi, écartant les nuages, revenant de l’au-delà,  et grondant sur l’humain plus fort que le tonnerre, d’un air supérieur, avec des yeux de sage, mais brandissant un index menaçant sur ce monde qui n’a pas su s’élever malgré son exemple. 

Il clôt le recueil par une série de poèmes aussi ténébreux qu’énigmatiques, et dans une démesure incroyable. N’est-il pas Victor Hugo, après tout ? Le mage n’est-il pas autorisé à frôler les limites de la clarté, de l’intelligible pour le commun des mortels ? Il se comprend, en prophète. Qui est aussi sage que lui le comprendra, voilà tout. Quant aux autres ... 

Je ne saurais cependant reprocher à Hugo tout ce bel orgueil, qui frôle allègrement parfois l’antipathie et l’égocentrisme. Le monde est scindé en deux parts distinctes : Monsieur Hugo et le reste, le vil, le commun. Rien de blâmable là dedans. Si Victor Hugo ne peut être orgueilleux, qui le pourrait ? Qui a droit à l’orgueil plus que Lui ? Même l’univers n’est pas assez vaste pour l’exploration poétique d’un Grand. Victor Hugo est incontestablement supérieur. D’ailleurs, n’est-il pas l’une des figures principales d’un orgueil national ? Nous, héritiers de la langue dite de Molière, ne nous complaisons pas à être les dignes descendants et Victor Hugo ? Mais à quel titre, je vous prie ? Que représente aujourd’hui cet illustre nom, sinon un vague souvenir d’école, d’ailleurs bien souvent désagréable, synonyme d’ennui, de passivité résignée et de commentaires laborieux ? Voilà comment l’on traite ce que l’on brandit pourtant comme l’une des fiertés dont peut s’enorgueillir la France ! On ne le lit à peu près pas, à moins d’y avoir été contraint au lycée. Non, le français d’aujourd’hui ne peut sans honte s’assimiler même en loin à Hugo. Son tempérament est plus proche de celui du moindre quidam de n’importe quel pays au monde que du plus médiocre contemporain de Victor Hugo, ne serait-ce que sa servante, je regrette. Et s’il suffit d’avoir appris par coeur, un jour à l’école et parce qu’on en fut bien forcé, « Demain, dès l’aube, à l’heure où ... » pour revendiquer quelque droit sur un prestige quelconque, en retombée légitime, alors il est fort à souhaiter que le spectre d’Hugo revienne gronder comme un tonnerre et abattre sa rage orgueilleuse et menaçante sur cette appropriation scandaleuse. Que l’orgueilleux vienne nous apprendre à tous l’humilité de l’admiration plutôt que l’orgueil de ce que l’on n’a pas accompli soi-même, et que l’on dérobe à un autre, plus grand, au prétexte qu’il fut français. J’ai lu l’œuvre par deux fois. J’ai étudié longuement entre deux. Je me suis essayée piètrement aux vers. Et je puis affirmer que même après tout ce travail, je ne puis me satisfaire d’être plus ou moins héritière du poète. Je ne suis rien, je n’ai aucun droit sur cette œuvre, si ce n’est celui de l’admirer et d’y faire honneur non seulement en la lisant entière, mais surtout en ce qu’elle me donne du mal.

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Commentaires
V
Bonjour Jean-Claude,<br /> <br /> Quel verbe proposes-tu, si lire n’est pas exactement approprié ? Je n’y ai jamais réfléchi, à vrai dire. Mais je crois être d’accord que le principe. Je trouve même que lire un magazine ou une œuvre littéraire ne devrait pas être considéré, lexicologiquement, comme étant la même chose. Il faudrait deux verbes bien distincts. <br /> <br /> <br /> <br /> Je lis actuellement le spleen de Paris, petits poèmes en prose. J’en écrirai une note dans quelques temps. Il me renvoie évidemment à certains poèmes des Fleurs du Mal. <br /> <br /> (J’aime bien Coluche aussi. Et son splendide : les oiseaux fleurissent au printemps. Entre autres). <br /> <br /> <br /> <br /> Je vais aller lire tes préférés, tiens.
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J
Bonjour Val,<br /> <br /> Heureux que tu élargisses ton champ de lecture - et d'écriture dis-tu - jusqu'à la poésie. Poésie qui ne se « lit » pas d’ailleurs, le mot exact reste à trouver, voire à inventer. Tu trouveras sans doute.<br /> <br /> <br /> <br /> Je crois qu'Hugo est un excellent choix de départ : on le comprend, ce qu’il dit est puissant, et certains passages sont sublimes. Célèbres aussi, mais c’est secondaire.<br /> <br /> Il y a de grandes envolées lyriques dans la Légende des siècles aussi, près de mille pages de vers, son oeuvre poétique est immense - il devait être capable de parler directement en alexandrins !<br /> <br /> <br /> <br /> L'exact opposé de Baudelaire, Hugo à qui tout réussit (malgré de dures épreuves) n’a rien, en effet, du poète maudit.<br /> <br /> Tiens, peut-être lire "Les fleurs du mal" en suivant (si c'est pas déjà fait), histoire d’aller d’un extrême à l’autre. Étant entendu que, comme dirait le mec Coluche, t’en as qui sont vachement plus extrêmes que les autres.<br /> <br /> <br /> <br /> Mes préférés de Baudelaire (sans prétention à quoi que ce soit) sont là :<br /> <br /> http://chansongrise.canalblog.com/archives/2020/04/02/38159071.html<br /> <br /> <br /> <br /> Amicalement,<br /> <br /> Jean-Claude
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H
Exact, synthétique, audacieux, personnel : c'est tout à fait agréable et intéressant, comme un cheminement individuel qu'on suit et dont on peut apprendre. Un goût de la distance de plus en plus littéraire, un questionnement qui me parait plus subtil, plus essentiel... Le lecteur est tenté d'apporter des compléments plutôt que des objections, des interrogations plutôt que des commentaires ; par exemple :<br /> <br /> <br /> <br /> - Hugo, je crois, ne défend pas seulement la société par justice ; mais on défend toujours qui nous admire, ou bien c'est dénier à son laudateur la qualité du bon goût. Ainsi, Hugo se leurre parce qu'il a du succès : il ignore le peuple français, il le sublime pour se savoir mieux flatté, aimé par des sensibilités et des intelligences, il ignore ou feint d'ignorer qu'il n'est adulé que pour l'image valorisante qu'il dispense à la France qui se croit soudain, en le lisant, grande poète et responsable.<br /> <br /> <br /> <br /> - Hugo, quand il vit la mort de Léopoldine, soupçonne, dans son immense orgueil, non pas que Dieu est généralement cruel, mais qu'Il lui tend une épreuve personnelle. Par conséquent, même s'il endure le coup, il se sent naturellement porté à relever le défi, intérieurement flatté que Dieu ait pour lui aussi un tel égard. Il ne vit pas cette mort comme un homme ordinaire, mais comme un héros tragique, et il poursuit logiquement son œuvre "triomphante". <br /> <br /> <br /> <br /> - "Tout sert à Hugo" : c'est bien vrai ! On sent le fort-en-thème, celui qui veut montrer sa capacité à faire son profit de tout. Il y a toujours, chez lui, une disposition à la pavane qui signale une carrière, une volonté plutôt de se valoriser que d'être sincère. Bien entendu, c'est réussi techniquement et avec audace... mais on ignore toujours un peu s'il n'écrit pas davantage pour plaire et se montrer que pour exprimer ce qu'il sent. C'est à s'interroger même s'il ne "sent" pas uniquement comme il s'en impose le devoir, plutôt qu'avec véracité.
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