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Val ...
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8 janvier 2021

Restons groupés !

En tant que parent d’élèves, j’avais déjà remarqué durant les conseils de classe ou d’administration du collège que les enseignants ne se mélangeaient pas aux autres participants. Ils occupent tout un coté de table, en groupe, et cela m’a toujours non seulement amusée mais aussi fort interrogée. J’ai longtemps songé que c’était une sorte de dédain pour les parents et élèves, une marque de supériorité affichée, d’envie de ne pas « se confondre » avec d’autres qu’ils auraient jugé indignes de leur compagnie, une façon de se démarquer en tant qu’autorité, de prendre une pose professionnelle, de se démarquer par rapport à ceux qui sont là en dilettante ou dans le cadre de leur vie privée. Cela me paraissait assez plausible au début. 

De plus, ils y sont en large majorité, ce qui fait que statistiquement, les chances de se retrouver assis à côté d’un pair resteraient hautement élevées même s’ils avaient été placés au hasard. Enfin, il est certes plus agréable, dans une grande assemblée, d’être placé à côté de quelqu’un avec qui l’on peut ricaner à l’occasion ou simplement converser dans un moment d’ennui. Je le conçois aisément.  

Seulement, dans le cadre de ma profession, il m’arrive régulièrement d’être conviée, en tant que professionnelle, à des réunions à l’école primaire appelées équipes éducatives. Et là, le contexte y est tout à fait différent. Non seulement parce que la salle ne contient qu’un nombre restreint de personnes, mais aussi parce que tous autour de la table sont des professionnels. Enfin,  parce que les enseignants n’y sont pas majoritaires - au nombre de deux ou trois, guère plus, dans une assemblée d’une petite dizaine de personnes. 

C’est là que j’ai réalisé que mes hypothèses ne tenaient pas la route. Car ce grégarisme des enseignants y est comme exacerbé. Et bien plus flagrant encore que lorsqu’ils sont plus nombreux. Au nombre de trois ou quatre, dans une assemblée composée d’un psychologue, d’une éducatrice spécialisée, d’une psychomotricienne libérale, de travailleur sociaux de l’aide sociale à l’enfance dont je suis, d’une enseignante referente, d’un médecin, d’une avs et j’en passe, ils entrent ensemble tous les quatre, tels un troupeau, tout en se cherchant du regard d’abord, d’un air convenu, comme une promesse tacite de ne point se séparer.  Les voici ensuite scrutant la salle d’un œil anxieux, à la recherche de quatre places libres les une à côté des autres. Plutôt pas loin des autres professionnels « Éducation Nationale », si possible. Une fois la quadruple chaise trouvée, la troupe s’assoit de concert, en siamois. 

Et ce qui est le plus frappant, c’est que de tous les corps de métiers représentés dans l’assemblée, ils sont les seuls à se comporter ainsi. Les autres professionnels auraient même tendance à se mélanger joyeusement, ou du moins au gré de leur ordre d’arrivée. La place qu’ils occuperont ainsi que l’identité de leur voisin de réunion leur semble plus que secondaire et même tout à fait négligeable. Le contraste en est, je le jure, saisissant. 

Adoptant le même comportement grégaire bien qu’entourés de professionnels à diplômes équivalents, voire plus élevés, mon hypothèse n’était plus plausible du tout. Alors quoi ? Pourquoi une psychomotricienne ne rechigne pas à s’installer aux côtés d’un psychologue ou d’une assistante familiale tandis qu’un enseignant reste bien collé à ses pairs ? Étrange ! 

Fait d’autant plus étonnant qu’ils passent déjà une partie de leur temps ensemble, et quand ils ne le sont pas, ils n’ont que des enfants comme interlocuteurs. 

Moi qui suis à peu près dans une situation professionnelle comparable, je profite de ces temps justement pour entendre des avis différents. Je les prends comme des ouvertures, des explorations, qui peuvent m’instruire de nouveautés sur une situation que je connais pourtant bien, mais justement : peut-être sans le recul que ces autres professionnels ont. C’est aussi une façon de « faire autre chose », de casser une certaine routine dans sa profession. Que l’on me montre que j’ai négligé un aspect du problème, et j’y réfléchis sans me braquer. Ces réunions sont faites pour ça ! Et, puisqu’elle sont obligées, autant les « exploiter », c’est à dire avoir une certaine ouverture d’esprit ou ne serait-ce qu’une curiosité. 

J’ai d’abord cherché à savoir ce qui différenciaient tous les autres intervenants des enseignants. Pas le niveau d’étude, je l’ai déjà dit. Quoi donc, alors ? J’en suis arrivée à une première différence toute bête mais qui peut-être est un début d’explication : ces derniers sont les seuls à n’avoir jamais quitté l’école. Observation que j’ai trouvée intéressante sur bien des points. Ayant toujours évolué à l’école, ne connaissant que l’école, ils se raccrochent à l’école par tous les moyens, se refusant à quitter physiquement leurs semblables. Les autres gens appartenant à un monde professionnel qu’ils ignorent, à la vie en dehors de l’école, à l’extérieur, à l’inconnu et leur infranchissable, ils s’en tiennent à distance comme s’ils constituaient un danger. Qui ne se méfie pas de ce qu’il ignore ? Comment appréhender, dans le cadre de son travail, des individus qui ne font pas partie de l’institution, qui sont donc des « différents » ? Car si l’enseignant est fort habitué aux réunions, il ne semble pourtant pas bien à l’aise généralement quand il y participe aux côtés d’autres professionnels venus d’ailleurs. Cela semble lui paraître incongru, peut-être même déplacé. Il n’est plus à son aise. Il reste en groupe. Comme s’il avait peur. 

A-t-il peur ? Ce n’est pas exclu. Sinon, pourquoi se sentir le besoin d’être plusieurs, comme pour se trouver de la force par le nombre ? On dirait que la vie active d’en dehors de l’école s’immisce, hostile et dangereuse, l’obligeant à un pacte de protection mutuelle avec ses collègues. 

Voilà que d’autres qu’eux, issus d’autres milieux, avec d’autres compétences et une autre vision des choses, ont réfléchi au même sujet qu’eux, et viennent l’exposer effrontément, sous leur yeux craintifs et réticents. 

C’est que chaque exposé, chaque idée neuve, risque de mettre un peu en péril leur pratique rarement remise en cause. Peut-être aussi qu’un point de vue énoncé d’une manière un peu trop clairvoyante, qu’une piste à laquelle ils n’ont jamais songé eux-mêmes, pourrait percer à jour leur insuffisance. 

D’ailleurs, leur discours à eux est convenu, et toujours prévisible. Jamais d’idée tranchante, de répartie étonnante, jamais de piste non exploitée à proposer, jamais de vision sous un angle neuf, mais un éternel recommencement de ce qu’ils ont toujours fait, des solutions qui n’ont jamais prouvé leur efficacité. Ils ignorent même pourquoi il faudrait seulement réfléchir à un changement ou à un nouveauté. 

 Et ils sont toujours plus ou moins d’accord entre eux. Sans doute, on ne contredit pas un collègue. Cela doit faire partie de « l’esprit d’équipe », c’est à dire de la somme de non-individus qui font illusion parce qu’ils sont plusieurs et diplômés, et spécialistes. En dissimulation surtout : bien cachés sous un discours lisse, conventionnel, maintes fois répété à l’identique et porté par plusieurs. 

Comment imaginer se présenter seul alors, loin de ses collègues ? Quelqu’un pourrait pointer du doigt une faute de jugement, un manque de professionnalisme, une approximation regrettable. Et alors, seul, démuni, sans renfort, c’est à dire à nu, comment s’en défendre ? Ils n’ont pas confiance en leur individualité, en leur capacité propre. Ils ne se sentent professionnels qu’en troupeau. Parce qu’inconsciemment, ils se sentent insuffisants individuellement. Ils en imposeraient bien moins, s’ils n’étaient qu’une somme de un. Le groupe, la multitude, dissimule leurs faiblesses et leur donne des forces qu’ils n’ont pas seuls. 

Ils s’agglutinent en salle de réunion comme en salle des maîtres, par habitude. Ou plus : parce qu’ils ne savent faire autrement que d’être un petit rouage, un membre parmi d’autre d’un ensemble. Sans individualité ni réflexion personnelle. 

Et ils voudraient que les parents et la société leur fassent confiance.

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Commentaires
A
Val, j'ai trouvé que les aimables amateurs de ton blog n'avaient point encore fini de citer l'étonnante variété des attributs de M. War, et j'ai donc jugé bon de les aiguiller.<br /> <br /> <br /> <br /> Je suis navrée, M. Michelino, d'avoir manqué de "taper" sur votre propre profession : si vous vous donniez la peine de la préciser, j'exercerai volontiers sur elle ma "Morale", à part équitable, soyez-en assuré.
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A
Les professeurs sont des spécimens de la pire espèce, lâches et inconséquents, étriqués et pédants - comment peux-tu encore t'étonner de la bêtise qui affleure dans tous leurs comportements ? (Sourire)<br /> <br /> <br /> <br /> De ma propre expérience, ce sont souvent les professions cultivant un sentiment d'infériorité hiérarchique vis-à-vis des autres qui préfèrent se regrouper dans un coin de la salle de réunion, où ils prennent alors plus aisément la parole et aiment à surenchérir leurs propres interventions.
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U
Ersatz d’article infondé et basé sur des hypothèses à l’emporte-pièce rédigés sous l’emprise d’une haine probable pour un corps de métier souvent critiqué, parfois à raison, bien souvent à tort. Le but semble avant tout l’assouvissement de votre bon plaisir d’écrire, pour la forme davantage que pour le fond. <br /> <br /> Que faites-vous lorsque vous, parent, entrez dans une pièce dans laquelle se trouvent d’un côté des enseignants, de l’autre des parents d’élèves que vous connaissez ? Allez-vous vous asseoir naturellement parmi les profs ? <br /> <br /> Quel formidable métier exercez-vous pour vous permettre de conjecturer quant à la pensée des autres, pour vider votre bile, dans un tel pamphlet qui ne vaut pas mieux que le racisme primitif que vous exécrez probablement ?<br /> <br /> Sévissez donc dans votre champ de compétences mais laissez, de grâce, aux véritables écrivains l’élégance de la pensée !
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V
Oui, j’y ai songé. <br /> <br /> Seulement, ce genre de réunion professionnelle ne laisse guère la moindre occasion de quelques échanges privés.
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Q
Une hypothèse :<br /> <br /> <br /> <br /> Ils ont peut-être simplement le plaisir de se retrouver après une journée passée seul⋅e face à une classe ?
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