Val ...

17 janvier 2019

Ça m’enerve!

Je sais pourquoi je ne regarde presque pas la télévision : ça m’énerve. 

Mais, parfois, histoire de vérifier que je ne me trompe pas à son sujet, je l’allume. Pour une raison bien précise, jamais au hasard. 

Et, hier, j’ai voulu visionner un documentaire concernant directement... ma profession. 

Oh, sans illusions, je n’en n’attendais rien de spectaculaire. Mais, tout de même, je n’avais pas pensé que ça m’énerverait tout à fait. 

« L’enfer des enfants placés », le titre racoleur donne le ton. Évidemment. 

On pourrait simplement débattre de ce titre. Bien entendu que ce n’est pas une colonie de vacances, un placement. Mais qui sont les premiers à accuser? Sont-ce vraiment, en premier lieu, les services sociaux ou les intervenants ? Omerta là-dessus. 

Des gens inaptes ont fait des enfants, et la société a laissé faire. Je sais, c’est cru, mais à un moment donné, il faut le dire. C’est fait. 

Suite du titre: « Les sacrifiés de la République ». Un titre qui émeut. Encore racoleur. De qui sont-ils les sacrifiés au juste? 

Ainsi, on aura droit à tous les dysfonctionnements d’une institution qui va mal, comme tous les services publics d’ailleurs. Ça a au moins cet intérêt: pointer du doigt les faiblesses d’une énorme machine qui ne sait se remettre en question. Parce que évidemment, si elle le faisait, elle se désintègrerait en toute logique. Il faudrait tout raser. Et reconstruite... autre chose. Elle devrait se supprimer elle-même pour mieux renaître. Impossible. Chacun croit faire son travail juste et bien. Bref. 

J’apprends que même la ministre de la santé et des solidarités a refusé de participer au débat qui suit le documentaire. C’est si courageux. Mais... elle savait qu’elle allait au casse pipe bien sûr. Peut-on lui en vouloir? Comment défendre une machine infernale, l’indéfendable ? 

Le documentaire (sans surprise, il faut du sensationnel) : agressions sexuelles dans les foyers, violences physiques et psychologiques, etc.

Ensuite viennent les parcours d’enfants sortis de l’ASE: cassés, détruits, à la rue. Les témoignages d’éducateurs: pas de moyens, pas de solutions, en souffrance. On le sait ça. C’est la même chose à l’école ou dans les hôpitaux, et pour ainsi dire dans tous les services de l’Etat. 

Mais quelles solutions ? Aucune! Sauf...

Le devenu célèbre Lyes Louffok raconte à nouveau son histoire: les aberrations, les changements de familles d’accueil, la maltraitante ... 

Seul moment intéressant dans l’émission : ses propositions. Radicales.

Retrait de l’autorité parentale, création d’une ministère de l’enfance, facilitation de l’adoption de ces enfants. 

Oui mais ça choque, non? Ces pauvres parents... ce serait leur enlever une deuxième fois un enfant déjà perdu par eux. 

Mais... et l’intérêt suprême de l’enfant? N’est-ce pas cela, sa protection? 

(Je modère un peu mon propos. Tous les parents d’enfants placés ne sont pas des parents à qui il faut retirer les droits parentaux. Mais dans ce cas, cessons les placements et proposons un accompagnement. Un vrai. Dans leur parentalité. )

 

Bref. Je m’emporte. Je vais bientôt cesser. Je m’énerve à nouveau. 

Ah, si dernière chose: 

Messieurs, Mesdames les journalistes,

S’il est probablement très important de montrer comme des familles d’accueil sont maltraitantes (bientôt plus que les parents), je n’entends pas bien en quoi il serait mal (imprudent, risqué, peu vendeur, mettez ce que vous voulez) de parler de toutes les autres, mince! Toutes ces familles qui donnent sans compter, qui intègrent les enfants et adolescents tout à fait, se plient en quatre pour qu’ils aient la vie la moins dure possible et leur ouvrent le champ des possibles en ayant un peu d’ambition pour eux. Et, je vous l’assure, il y en a même qui les aiment, ces enfants.

Dommage, ce fâcheux « oubli ». 

 

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11 janvier 2019

Soir apaisant

Un des enfants accueillis est parti chez son père jusqu’à dimanche. Gaby vole de ses propres ailes chez des copains ce week-end. Élisa passe la nuit chez son amie. Trois enfants en moins. Que faire de tout ce temps? C’est presque une opportunité.
Ce soir, je vais prendre un bain. Je mettrai de la musique. Douce. Une lumière légère. Des sels odorants. De l’eau très chaude. Pour rester longtemps.
Je pourrai bien verser trois larmes, qui s’anéantiront dans toute cette eau parfumée, enveloppante. Elles la réchaufferont même peut-être. Quoi de mieux que de verser des larmes qui chauffent et enrobent?
Ce soir, dans ce bain, je me ficherai de ce qu’il s’est passé hier, je me ficherai de ce qu’il se passera demain. Je serai en vie. Dans l’instant présent.

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25 décembre 2018

VDM!

(Voici des années que je n’avais pas posté un VDM). 

 

Le soir de ton anniversaire, tu dînes au restaurant avec ta meilleure amie déjantée. Elle a un peu bu et en fin de soirée, elle t’envoie par MMS une photo d’un sexe énorme, probablement piochée sur Internet. 

Tu ouvres l’image, tu souris, tu supprimes. 

 

Et puis le soir du réveillon de Noël, tu as tout à fait oublié cette photo incongrue. 

Les convives réclament à ton fils un air de guitare. Il refuse. Tu proposes de tout de même leur en faire écouter un : tu l’as filmé quelques semaines plus tôt. 

 

Tu avais supprimé les vidéos... mais tu sais où les récupérer (IPhone- éléments supprimés récemment). 

Ils écoutent. Le téléphone passe de main en main. Et, entre ton cousin et ta belle-mère, la vidéo se termine, et l’un des deux appuie sur la flèche retour, qui ramène à l’interface de toutes les photos supprimées.

 

Et là c’est le drame. 

Tu leur arraches le téléphone des mains en bredouillant maladroitement une excuses minable. Trop tard. Ils ont vu. Tu n’es que confusion et écarlate.

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20 décembre 2018

Dépasser le Maître

Gabriel, dans la voiture, dit aux autres qu’il n’a pas envie d’aller en cours demain.

Surprise générale. Il veut être enseignant. 

Questions. Comment un gars qui n’aime pas l’école peut-il vouloir enseigner ?

Eh bien, parce qu’il a connu un enseignant différent des autres, qui lui a fait, à une époque, aimer l’école. 

« Donc, tu veux lui ressembler ? », interrogent les autres. 

« Non! Je veux faire encore mieux que lui! ».

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07 décembre 2018

Un brun naïf

Le soir, à l’heure du coucher, mon petit brun est angoissé : il a peur de faire des cauchemars. 

Un brin agacée, parfois, par ses retours incessants au salon, j’ai trouvé un baume anti cauchemars un brin niais, mais qui jusqu’à présent fonctionnait: je laissais la lumière dans sa chambre. 

Une fois le petit brun bien endormi, je montais l’éteindre. On gagnait notre temps et de l’énergie ( en en perdant un peu de l’électrique). 

Et puis, un soir, la ruse n’a plus pris. Mon petit brun et sa naïveté sont tous deux descendus me révéler une vérité indiscutable :

« Tata... la lumière n’empêche pas les cauchemars : tu sais, quand je ferme les yeux, eh bien... elle s’éteint ! »

 

Silence consterné.

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21 novembre 2018

Juste avant

Cela ne se produit guère plus d’une fois par an. Parfois moins. Et c’est tant mieux, finalement, pour mes nerfs. 

Et puis cet événement va de paire avec une rupture, alors autant que ce ne soit pas trop souvent. 

 

Les jours d’avant je suis sereine : je prépare. Une chambre, des objets, des inscriptions à l’école. Je prépare aussi ma famille. On se projette. Et finalement je suis efficace sur ce plan qui est la préparation. 

 

Mais lorsque le jour arrive, c’est différent. Il n’est plus question de préparer quoi que ce soit. Peut-être régler fébrilement quelques menus détails: faire un lit, mettre un réveil. Pas plus. 

Et puis attendre.

 

Et cette attente est pénible et agréable à la fois. Inutile de vaquer à des occupations habituelles. Je n’y parviens pas. Je le sais. Ma concentration est ailleurs, exclusivement tournée par ce que j’attends. Je préfère quand ça se produit le matin. Si, par malheur, c’est en fin de journée, il m’est insupportable de compter ainsi les heures. 

 

S’entremêlent des sentiments d’inquiétude, de doute, mais aussi de curiosité et de cette envie de nouveauté. 

Et puis la pression énorme, envahissante: je sais par expérience que, si ce n’est tout, une grande partie de ce qui va se dérouler ces prochains mois se joue dès le premier jour. Que dis-je? Le premier jour... Tout se joue dans les premiers instants. 

 

La rencontre. Officielle. Ma posture, mes paroles, mon comportement. Peut-être même ma tenue, l’odeur de ma maison, la présence ou non de mon chien à l’intérieur. La disposition des meubles dans sa chambre. Et toutes ses premières impressions finalement. 

Tous ces menus détails qui resteront en sa mémoire. 

 

Une demoiselle de treize ans arrive. Ce matin.

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30 octobre 2018

En paix

À l’heure fatidique où le médecin lui avait annoncé l’injuste et l’irrémédiable, il n’avait pas bronché.

Il n’avait nul eu besoin d’examens ni de comptes rendus en langage médical pour savoir, en son for intérieur, et ce depuis plusieurs semaines, que tout, à présent, deviendrait très désagréable.

Ainsi, comme on pourrait dire, il s’y attendait.
Ou même: il attendait. Le verdict. Presque comme une délivrance. Ne lutte-t-on pas plus efficacement lorsque l’on connaît l’ennemi ? S’il est question de lutter...

Si ennemi il y avait. La mort est-elle notre ennemie à tous? Sans doute, non. C’est une étape obligée. Le dernière, pour le non croyant qu’il était.

Quand d’autres pleurent, crient à l’injustice, perdent des forces en révoltes inutiles, lui restait serein. Il avait cette paix intérieure de ceux qui estiment avoir eu leur part, avoir tracé leur chemin et être arrivés à une étape où peu d’hommes estiment être parvenus: il lui semblait qu’il était juste, pour lui, d’avoir bientôt terminé de vivre. Et peu importait si ce fut plus tôt qu’un autre.

Il laissait les objections habituelles aux autres.
Qui n’a pas songé qu’il laisserait, au profit de la mort, derrière lui des enfants, une épouse, des êtres qui souffriraient?
Pas lui.
Ce sont des doléances de faibles, pensait-il. De ceux qui s’estiment indispensables et revendiquent, du fait, une immortalité impossible.
Il ne donnait pas tant d’importance à sa vie. La Terre tournerait bien sans sa maigre existence.

Il était prêt. Emprunt à une paix morale peu commune dans sa situation. Il n’appréhendait rien.
Qu’y aurait-il à redouter du sort que l’on partage avec des milliards d’individus ?

Il acceptait néanmoins très obligeamment de se défendre un peu . Ne serait-ce que pour faire avancer la médecine.
Toutefois, sans conviction.

Sa seule certitude était qu’il avait bientôt terminé sa course. Sans ressentiments et dans un apaisement qui n’était pas feint.

Et c’était admirable.

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12 octobre 2018

Après l’amour

Cet amour était source d’un grand enthousiasme. J’y étais éblouie par ce qui me paraissait être plus grand que moi. 

Des conversations passionnées et ses idées -hautement supérieures- faisaient écho en moi, et loi. 

 

Et puis arrive parfois une brèche malheureuse. De celles qui rendent un Dieu tristement et piètrement humain.

Après l’amour, vint la Réalité affreuse, sadique, cruelle. 

 

L’heure fut à la déception, puis à la haine. Coulèrent des larmes de désillusions et de chagrin. 

 

Du temps a passé. Je l’ai revu. 

Plus de haine, plus de peine. Plus d’amour évidemment.

 

Il ne reste que du mépris. Une sorte d’indifférence dédaigneuse. Que je réserve à ceux qui n’ont pas la grandeur d’âme que je réclame sans plier.

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07 septembre 2018

Presque adulte

On avait rendez-vous à midi devant chez son père. Elle était presque à l’heure. 

Elle est montée dans ma voiture. Elle s’est moquée. Une voiture neuve. mon iPhone.  Mes goûts de luxe. C’est de bonne guerre. 

Je l’ai emmenée dans un fast-food. On a pris place en terrasse. C’est elle qui a abordé le sujet de son poids. Je ne lui en aurais pas parlé. Oui, elle pris vingt kilos. C’est à cause de l’implant contraceptif. Je n’ai rien répondu. Peu importe. Mais j’ai repensé aux reproches de son père: voici trois ans, il m’accusait de faire grossir sa fille. J’espère qu’il mesure à présent que ce n’est pas si simple.

Elle a un son cap. Elle cherche du boulot. Depuis juin. Bon elle a quand même eu un contrat de cinq jours cet été. Elle n’a pas tenu le coup. Elle cherche autre chose. Elle m’explique les difficultés du marché de l’emploi. Comme si ce n’etait pas moi qui le lui rabachait par le passé. A l’epoque elle ne me croyait pas. Je ne lui en fais pas la remarque. Je ne suis pas venue la juger.

Elle a un copain stable. C’est déjà ça. Ils vivent chez les parents de l’un, de l’autre... 

Il est sans emploi également.

 

Son père menace de la virer si elle ne trouve pas un travail. Pas grave. Elle a une solution de repli. Tant mieux pour elle. 

 

Il il y a deux ans, elle écrivait à la juge pour lui demander un retour chez son père. Elle voulait « essayer », après onze ans de placement. 

Elle l’a parfois regretté. Pas pour tout, précise-t-elle. 

 

Aujourd’hui elle est majeure. Je n’en lui ai fait aucune leçon de morale, aucu reproche, aucun jugement. 

Elle n’habite plus chez moi depuis deux ans. 

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18 août 2018

Instant

Assise sur un banc, sous le soleil, au centre équestre, j’attends ma grande fille. Qui a sauté un mètre au moins. 

Enfin elle! Son cheval! Elle sur son cheval ! Son cheval avec elle dessus. Bref! 

À mes côtés, une maman attends ses deux fils. Partis en balade à poneys. Elle a son troisième fils sur elle et lui donne la tétée. Il fait si chaud. Il a plus soif que faim. 

Et je réalise, mi déçue mi soulagée, mais non sans une pointe de nostagie, que moi je ne vivrai plus jamais ça. 

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