Val ...

15 juillet 2019

Jusqu’où l’art peut-il aller?

Sur un réseau social, et pas n’importe lequel : sur une page réservée aux travailleurs sociaux (!!), je lis tout un tas de commentaires négatifs sur une pièce de théâtre. 

« La vie de Marc Dutroux jouée par des enfants ». Je suis allée me renseigner un peu sur le sujet:

Sur scène, sept enfants de huit à treize ans, un vieux matelas à terre, des seaux de peinture: c’est une cave. Avec un enfant assis à l’intérieur à chaque scène. Une enfant qui raconte. 

Je n’ai pas vu cette pièce.

Seulement, les travailleurs sociaux qui la dénigrent ne l’ont pas vue non plus!

Et ça s’offusque. Ça demande si c’est une blague. Ça écrit « au secours! ». Ça parle d’horreur, de quelque chose de déplacé pour les victimes. 

Ils taxent le metteur en scène de « taré », l’accusent de  « mauvais goût ».

Un commentaire dit : « à vomir! ».

Moi, je trouve que ce sont leurs réactions qui sont à vomir. On dirait un troupeau ignare qui déverse de la haine. Comme s’ils faisaient l’amalgame entre le pedophile et le metteur en scène. 

Alors, il y aurait encore des tabous dans l’art. Le temps de Molière n’est pas révolu. 

Les foules bien pensantes et sottes s’indignent. Si on leur laissait le pouvoir, elles interdiraient la pièce. Peut-être voudraient-elle condamner à mort l’artiste? 

Merde, on a fait de l’art sur les camps de concentration. Personne n’en dit rien. C’est moins tabou que Dutroux ? Ça a concerné des millions d’enfants pourtant. Les abattre sans les violer était donc moins grave? Je ne saisis pas la nuance... 

 

Pour reprendre un comment sous mon billet sur Molière:

Nous ne sommes pas sortis de cette époque où les esprits subversifs et passionnés risquent de sévères ennuis en ouvrant un peu trop la bouche.

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13 juillet 2019

Brûlez Molière!

Cette catégorie « à la téloche » est bien souvent fausse, dans la mesure où je loue des films bien plus que je ne regarde une chaîne de télévision. N’importe : nous dirons que je parle de l’outil. 

J’ai loué « Brûlez Molière » après en avoir entendu parler. Si on me conseille un film ou un livre, et qu’il me tente, je l’ajoute a une liste et vient un moment où je l’achète ou le loue. 

Ce film n’est pas une biographie de Molière, puisqu’il ne retrace que cinq années de sa vie: les années d’interdiction de jouer Tartuffe. Il débute donc à la première représentation de Tartuffe devant la cour. Tartuffe choque les religieux (les vexe, plutôt), qui parviennent à convaincre Louis XIV d’interdire la pièce. 

Le film raconte le combat de Molière, qui durera cinq ans, et cette sorte d’idée fixe, d’obstination à jouer à nouveau Tartuffe.

Molière lutte contre l’église, se fait haïr des catholiques, mais résiste contre l’avis du plus grand nombre. Il rejouera Tartuffe, quitte à y laisser sa santé et sa vie. 

J’ai aimé ce Molière. Je ne sais malheureusement pas s’il est fidèle à la réalité. Le film nous dépeint un Molière libertin, un artiste ne craignant pas le scandale, un libre penseur, un défenseur de la liberté d’expression et de la liberté artistique. Il décrit Molière comme un militant- guerrier, qui utilisait comme armes contre ses ennemis la comédie et la caricature. 

Seul contre tous, mais obstiné et certain de son bon droit, Molière parviendra, après cinq années, à convaincre le roi d’autoriser à nouveau Tartuffe. 

 

Et, comme je ne peux m’empêcher de regarder un film sans en retenir des phrases qui m’interpellent, j’en ai choisi trois: 

 

« Je ne vois dans la cour assidue faite à ma femme qu’un hommage rendu à mes goûts. »

 

« La sincérité ne connaît pas les détours. »

 

« La platitude du mariage nuit à l’amour, alors que l’absence, l’infidélité, la jalousie sont les plus doux ingrédients qui nous éloignent de la mort. »

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08 juillet 2019

Rêve exaucé

Je me souviens d’un dessin animé, que j’aimais étant petite, où l’héroïne, une petite fille plutôt effacée et vulnérable, disposait d’une sorte de boîtier magique. Elle le gardait toujours précieusement dans sa poche. Et, lorsqu’elle en éprouvait le besoin, il lui suffisait de sortir et d’ouvrir le boîtier, et alors, et la magie opérait. Tout lui devenait possible soudainement. 

Et moi, enfant un peu empotée, devant le club Dorothée, j’étais fascinée

Qu’est-ce que j’aurais aimé avoir un boîtier magique, moi aussi! 

Mais je savais pertinemment que ... ça n’existait pas. 

Eh bien, je me trompais. Petite fille naïve que j’étais. 

J’ai grandi. Je dispose à présent du boîtier magique. Il est là. Toujours sur moi. Du moins jamais très loin. 

Il est là. Parfois dans mon sac, souvent dans une poche arrière de mon jean. Lorsque je me déplace , il a sa place aussi dans la voiture. 

Il est là. Dans la salle de bain, sur ma table de nuit, sur le plan de travail de cuisine. 

Et il est réellement magique. Boîtier qui me transforme. 

Il me protège et me donne une confiance quasi invincible. Il me fait sourire, me fait rire et me console. Il me rassure, me cajole et m’élève.

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04 juillet 2019

I'll be back

Ce matin, alors que je conduisais Gabriel pour son inscription au lycée, elle m’envoie un message. Qui demande à me voir. 

J’ai eu une intuition. Non. J’ai anticipé après analyse et réflexion. J’ai dit à Gabriel qu’à mon avis, elle dormirait chez nous ce soir.

« Comment tu sais? », m’a-t-il répondu, incrédule. 

Je savais. C’est tout.

Elle nous a donné rendez-vous à l’entrée d’un supermarché. Je lui ai proposé que l’on boive un verre tous les trois à une terrasse. Elle était d’accord. 

Attablée face à nous, elle annonce qu’elle sera bientôt prise à l’hôpital, en tant que aide soignante, pour un contrat d’un an.

Gabriel me jette un regard qui veut dire : « Tu vois, tu t’es bien trompée! ».

Pourtant, je reste persuadée...

Je me lance donc: « Mais... tu vis où, au juste? »

- C’est compliqué. 

À mon tour de rendre son regard à Gabriel. 

Et d’ajouter : « Tu veux venir passer quelques temps à la maison? ».

- Oui! 

Voilà. Pas tellement besoin de plus d’explications pour le moment. Elle a besoin de venir. Point. 

Nous nous sommes garés en bas d’un immeuble. Elle est montée récupérer des affaires. Une valise déjà prête, si l’on en juge au temps qu’elle a passé à « récupérer ». 

Et elle est là. Je ne sais pas pour combien de temps. Je ne lui ai pas demandé. Il est trop tôt pour ça. 

Elisa a pleuré en la voyant entrer chez nous. D’émotion. Il fut un temps où elle jouait le rôle de sœur aînée. 

Et mes petits, quand ils sont rentrés de l’école, se sont écriés, en lui sautant dans les bras : « Coco! Tu es là !! ». 

Elle n’est là que depuis ce matin, et pourtant c’est comme si elle n’était jamais partie. Nous avons, tous, immédiatement ressenti cette impression étrange de normalité. 

Tous, sauf une. Ma demoiselle brune se tient un peu à l’écart. Pour le moment. Comme une défiance. Comme si elle trouvait curieux qu’une fois majeure, on revienne loger dans sa famille d’accueil...

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02 juillet 2019

Adieu, Zoé

Ce matin, nous rendions la voiture électrique que nous avions louée pour une durée de trois ans. Nous avions, sur cette voiture,  une option d’achat, avec offre alléchante, que nous avons déclinée après réflexion. 

Ce texte n’est pas un début de débat écologique sur la propreté (ou non) des voitures électriques. Zoé pollue, tout simplement parce que... c’est une voiture. Point.

Mais enfin, rouler en voiture électrique m’a tout de même été assez confortable : pas de nuisances sonores ni olfactives. Ni la corvée de « faire le plein » (je déteste ça!). C’est déjà pas mal. 

J’ai sans doute également fait des économies, d’une certaine manière. La location de la batterie coûte moins cher qu’un plein de carburant, tout simplement. Pour plus de kilomètres. Et je n’ai pas constaté de nette augmentation de mes factures d’électricité. Mais je l’ai peu rechargée chez moi, à vrai dire, ayant profité des nombreuses bornes de recharge gratuites. 

Économique et assez confortable. Je dis « assez », car j’ai eu quelques frayeurs parfois, dues à sa très aléatoire tenue de route. 

Alors, pourquoi ne pas l’avoir gardée? 

J’y viens.

L’été dernier, elle est tombée en panne. Tout net. Il a fallu qu’elle parte loin de mon domicile pour être réparée, puisque tous les garages ne sont pas habilités à ouvrir son capot. Et je ne l’ai retrouvée... qu’un mois plus tard. La panne, semble-t-il, était si complexe qu’elle a nécessité l’interventions de techniciens extérieurs et d’un nombre d’heures de main d’œuvre faramineux. 

Elle était sous garantie, c’est bien. Mais ... une fois la durée de garantie révolue, la facture aurait été plus que salée. 

De plus, on m’a laissée entendre que la panne était due « probablement » aux fortes chaleurs et à une exposition trop prolongée... au soleil! (Dans l’Orne!!!). 

Fragile, Zoé. Et chère à faire réparer. 

Aussi, c’est sans (trop de) regrets que je l’ai rendue ce matin, après trois ans de (plutôt) bons et loyaux services. 

Je l’aimais bien quand même, ceci dit. N’importe : j’aime aussi mon gros 4X4 diesel qui pollue un max (et lui, sans débat possible!). 

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01 juillet 2019

Le monde merveilleux des ados

Une jeune demoiselle savait qu’elle devait faire le ménage de sa chambre ce matin. C’était convenu depuis des jours. Cendrillon doit passer l’aspirateur. 

Aussi, ce matin, pas de demoiselle en vue: elle semblait dormir. 

J’ai attendu une heure raisonnable (9h30) pour lui rappeler ses engagements par sms (au cas où elle dorme encore... ne pas aller la réveiller dans sa chambre). 

Pas de réponse.

Conclusion de ma part: la demoiselle dort. 

Raisonnement logique et un peu ingénieux de ma part: puisqu’elle dort, elle n’a pas besoin d’Internet. 

Je coupe donc son wifi. (Grâce à une application magique qui m’évite régulièrement d’élever la voix.)

Et là, le miracle se produit ! 

Vous ne le croirez pas: la désactivation d’Internet (qui ne fait pourtant aucun bruit) provoque le réveil d’une ado, comme le baiser du prince réveille Blanche Neige. 

Réponse donc:

«  Oui, je vais faire ma chambre, mais tu peux remettre le wifi stp? ».

Magie d’Internet!

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28 juin 2019

Puissance obscure

La soirée s’annonce agréable. La nuit est loin, encore. C’est une belle fête. Prometteuse, pour le moins. Déjà réussie, d’une certaine manière : les gens ont répondu à son appel. Tout ne fait que commencer, mais elle est très confiance et rassurée pour la suite. Elle se sent bien. Elle se sert un verre de jus de fruits, en songeant qu’une fois de plus, elle a réussi son coup: la salle est pleine. Et encore: le soleil a attiré beaucoup de monde à l’extérieur. Plus tard, quand tout le monde sera rentré, elle comptera. 

La musique  n’est qu’un léger bruit de fond, recouvert par les multiples conversations de petits groupes déjà formés, ici et là. Elle, elle ne discute avec personne en particulier, et avec tout le monde en général. 

Elle est appelée un peu partout. Interceptée à chaque pas, pour un renseignement, un bonjour, un mot d’encouragement, ou déjà des félicitations. 

Plus tard, elle rejoindra un groupe d’amis plus intimes, et elle espère que lorsque tout le monde aura à boire et à manger, les convives la laisseront un peu se détendre auprès de ses proches. Ils iront se poser dehors sans doute, au calme, loin du bruit et profitant de la fraîcheur du soir. Plus tard encore, peut-être qu’elle dansera. 

Après avoir expliqué à une demie douzaine de personnes où se situaient les toilettes, où l’on pouvait trouver du jus de pommes ou encore qui s’occupait des assiettes, elle réussit à sortir, son verre d’une main, une cigarette de l’autre. Une petite pause avant un nouveau bain de foule. 

Et soudain, tout bascule. La soirée n’aura plus la saveur prévue . Quelque chose s’est rompu, subitement. Il est là. Ils sont là: lui et son regard clair et expressif, son sourire communicatif, son drôle d’uniforme, et son visage peu commun et un peu impressionnant: traits durs, mâchoire dominante, front large. Il semble dégager une beauté qu’elle qualifie de ténébreuse. Elle avait déjà pensé cela de lui, bien avant de le connaître. Il lui donnait toujours l’impression d’être comme étreint d’une obscurité profonde. 

Il n’y a plus cents personnes qui prennent l’apéritif dans une salle des fêtes. Il n’y a plus d’amis, plus de verres, plus de jus de pomme. Il n’y a plus rien d’autre que lui. Sa seule présence gomme tout autour.

Il est là. Il s’approche. Probablement, il vient d’arriver. Il est seul. Il lui sourit. Et s’avance droit vers elle. 

Et alors, elle sent monter en elle cette euphorie intérieure habituelle, que seule sa vue à lui peut lui provoquer. Elle sourit presque malgré elle. Ses yeux brillent sans doute un peu. Il est là. Tout commence enfin.

Il est à sa hauteur, à présent. Il lui parle. Elle répond en souriant. La conversation est légère, simple. N’importe. Elle est avec lui. Les gens autour n’ont plus aucune importance. C’est bien simple: ils n’existent pas. Et elle se sent importunée par ceux qui viennent lui poser une question ou la saluer. Elle aimerait qu’ils disparaissent. 

Il a tout changé par sa présence. Et pourtant il n’a rien fait. Il est juste là. Elle a du mal à détourner son regard du sien. Et encore plus à le quitter tandis qu’elle est appelée ailleurs. Elle aimerait tout envoyer balader. Elle ne peut. Elle le quitte un instant. À regret. 

Lorsqu’elle est à nouveau disponible, il ne l’est plus vraiment. Il est pourtant dans son champ de vision, mais occupé à des conversations, lui aussi. Ça n’a pas d’importance. Elle le regarde évoluer, de loin. Elle a toujours aimé l’observer à son insu. C’est un plaisir particulier et pas inutile pour elle, que de voir comment il se comporte avec les autres. C’est encore mieux le connaître, en quelque sorte. Il est son terrain d’exploration jamais tari. Elle a cette soif de toujours vouloir l’apprendre, le mieux comprendre, l’évaluer, le disséquer, même. L’approfondissement de « Lui » lui paraît sans fin et sans limites. Il pourrait être son sujet d’analyse et d’examen perpétuel, lui semble-t-il. Elle n’a jamais rencontré quelqu’un qui lui soit si transparent et si obscur à la fois. D’ailleurs, elle ne s’explique pas toujours complètement ce phénomène. Elle a parfois le sentiment de se vouer à une science occulte, qu’elle a inventée uniquement pour lui. 

Il est son sujet d’étude, d’adoration et de tendresse. Et bien plus encore. 

La soirée ne compte plus pour rien. Elle attend. Une opportunité. Elle se concentre. Elle saisira sa chance, comme à chaque fois. Et de la chance, elle en a. 

Alors qu’il conversait avec un groupe de connaissances, il lui jette un regard expressif et prend congé soudain. 

Elle le regarde s’éloigner vers le parking. Qui doit être vide, à cette heure où tout le monde est arrivé. 

Elle attend un peu. Qu’il ne soit plus à vue. Puis se dirige dans la direction qu’il a prise. Et tout s’enchaîne merveilleusement bien. Une perfection, comme souvent. Il est là, adossé à sa voiture. Elle atteint son but: le voir seul, simplement. A l’abris des regards. Et un peu plus: l’entourer de ses bras, humer son cou quelques secondes, sentir son torse contre sa poitrine. Ne pas parler. Ne pas solliciter d’autres sens que l’odorat et le toucher. Afin de les utiliser de la manière la plus avantageuse qui soit. 

Son cœur a battu fort pendant ces dix secondes hors du temps. C’était l’effet recherché : un frisson de joie, un instant d’éternité. Un léger étourdissement s’ensuit. Elle en voudrait plus, bien évidemment. Ce n’est pas l’heure. Ce n’est pas le moment. Il lui faut retourner à ses invités. Une absence prolongée serait suspecte, probablement. 

Elle sait, tout en regagnant la salle, qu’elle va devoir reprendre le cours de sa soirée. S’ecoeurer de mondanités obligées. N’importe, elle est là pour ça. 

Elle part se servir à manger, rencontre du monde avec qui elle parle, retourne dehors fumer. Elle vit. Et pourtant, elle ne pense qu’à lui. Elle lui jette parfois des regards furtifs. Mais précis. Qui espèrent un retour. Qui souvent se produit. Connivence sans mots. Par jeux de regards et de sourires. 

Il est obnubilant. Elle est sans volonté, quand il est là. Ça en devient limite irrationnel. 

Un message sur son portable la sort soudain de ses songes. C’est lui. Elle sourit. Malgré elle. 

Aussitôt, elle rit et plaisante avec ses amis de manière affectée, pour mieux cacher son trouble. Ou son bonheur. 

Elle n’est pas entière à eux, ce soir. Quelque chose s’est immiscé en elle. Une pensée envoûtante et délicieuse qui s’apparente à une ivresse. 

Elle s’éloigne un peu, seule. Elle a besoin de se retrouver. Pour penser. 

Pourquoi donc? Pourquoi lui? 

Il y a une sorte d’amour auquel on ne peut échapper. Elle a beau tenter de rationaliser son sentiment, de l’objectiver lui, pour se rassurer sur sa propre santé mentale, sur son choix, sur son désir, elle n’est pas certaine pourtant que tout cela relève d’une certaine logique. Et cette pensée la trouble, allant à l’encontre de son pragmatisme. 

Il existe des amours si singulières et fortes, qu’elles devraient juste se laisser éprouver, sans plus d’introspection que ça. 

S’abandonner à la plénitude de se sentir en vie.

Elle ne dansera pas, ce soir. Dans une heure, deux peut-être, elle dira au revoir à tous, un bon quart d’heure après lui. 

Elle ne dansera pas: elle se laissera seulement bercer par l’ensorcellement d’une peau, d’une voix et d’une odeur. 

La fraîcheur du crépuscule, tout à l’heure, ne sera qu’ardeur, flammes, effervescence et bouillonnement. 

La nuit noire éteindra la fièvre, et abritera la tiédeur délicieuse des mots et gestes tendres.

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26 juin 2019

Cogitation nocturne

Les souvenirs de bonheurs passés me mettent toujours quelque peu en contradiction avec moi-même. Je voudrais tâcher d’expliquer un peu cette ambivalence.

Lorsqu’un grand bonheur passé m’est de nouveau présent à l’esprit, mon réflexe humain primaire est de me laisser aller doucement dans une forme agréable de réminiscence. Le souvenir m’émeut, peut même me procurer quelque bribe de plaisir à retardement. Je retrouve un peu de mon sentiment de plénitude d’alors. Et je me laisse envahir un petit moment par un relent de ce bonheur pourtant révolu. 

Cette phase agréable ne dure pas. Aussitôt le couperet tombe: ce bonheur appartient au passé. Plus jamais je n’éprouverai exactement le même. Ne serait-ce que parce que ce ne serait qu’une vulgaire redite. Et surtout parce que, aujourd’hui, les conditions de ce bonheur ne sont plus réunies, et qu’il n’est pas en mon pouvoir que les choses en soient autrement. 

Mon réflexe alors est de m’en attrister. J’en éprouve même une certaine révolte, ou colère. Je me sens envahie par un grand sentiment d’injustice et de dépit. 

Je crois que ça s’appelle de la nostalgie. Quoique, non. À bien y réfléchir, je ne souhaite aucunement revenir à l’époque de ce bonheur. Ce que je souhaite, c’est éprouver les mêmes sensations agréables et ces impressions de légèreté et de grande force intérieure. Ou plutôt: je regrette de ne pas pouvoir réunir à nouveau les mêmes conditions pour me recréer cet état d’abandon. 

Une lutte enragée débute alors en moi. Quelle option mon esprit doit-il choisir pour être en paix? Ou que dois-je faire pour être à nouveau heureuse? 

Une certaine logique m’ordonne de ne plus y songer. En tous cas, de ne plus me torturer avec. Puisque je ne pourrai définitivement pas revivre à l’identique, pourquoi me le remémorer, si c’est pour en éprouver une sorte de chagrin? Le ranger définitivement dans la case des souvenirs agréables et avancer, me fabriquer d’autres bonheurs, rechercher d’autres sources de plaisirs et d’envols. Tout à fait distincts du bonheur perdu, mais peut-être pas moins agréables. Me détacher du souvenir, comme couper les cordes qui m’y enchaîneraient, pour me permettre de m’enfuir vers un ailleurs inconnu mais  prometteur sans doute. 

Et, une autre pensée vient alternativement, et je ne la trouve pas moins logique : plutôt que de m’en détacher, que d’avancer sans ce souvenir de bonheur, peut-être vaut-il mieux justement se le relater précisément, flirter avec lui étroitement, afin de pouvoir en recréer, sinon la totalité, mais du moins des répliques meme imparfaites? Logiquement, cette part de moi-même, pleine de vie sans doute (pas moins que l’autre) se dit que lorsqu’elle mange un plat délicieux, il suffit d’en demander la recette au cuisiner. Et que si l’on suit cette recette scrupuleusement, on retrouvera bien exactement le même plat, ou presque. Cela dépend un peu, peut-être, de la qualité des ingrédients, entre autres. Et des talents du cuisinier. Peut-être. 

Mais il y a de grandes chances, toutefois, pour que le plat réalisé ressemble à l’original et qu’on l’apprécie tout autant. Peut-être même plus? Avec la satisfaction de l’avoir fabriqué soi-même ! C’est sans doute plus exaltant que de manger un bonheur qui nous est servi sur un plateau, sans qu’on ait levé le petit doigt. Même s’il est en réalité un peu moins bon. Est-on tout à fait objectif dans ces cas-là?

Quelle option choisir, donc? 

Je n’ai pas la réponse pour l’heure. Mon tempérament m’a souvent guidée vers la première option. J’ai toujours voulu croire que rompre des chaînes était très sain, comme raser un bâtiment entier, comme l’idée que les grandes destructions étaient salutaires, et à l’origine de beaux renouveaux. Et je n’ai jamais éprouvé de regrets par la suite. Jamais. 

Seulement, aujourd’hui, je m’interroge. J’en viens à penser que c’est aussi une lâcheté, d’une certaine manière. Une sorte de fuite. Je m’explique: raser un bâtiment entier découle peut-être parfois de la peur de ne pas parvenir à le restaurer. De ne pas être à la hauteur du chantier. Ou du plat à cuisiner! 

Peut-être bien.

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25 juin 2019

Dix ans

Ce matin, j’ai entendu dans ma voiture, à la radio, que Michael Jackson était mort il y a dix ans aujourd’hui. 

Je ne commémore pas. Je m’en fous tout à fait, à vrai dire. 

Comme je m’en foutais complètement à l’époque également. 

Hey quoi? En quoi sa vie vaudrait-elle plus que celle de n’importe qui? Et pourquoi s’attrister du décès de quelqu’un que l’on ne connaît pas? 

Je peux concevoir que les « fans » aient cette tristesse due au fait que plus jamais l’artiste mort ne produira. Soit! 

Peu importe. 

Si Goldman meurt un jour, peut-être que je reverrais ce jugement. (Oui, je sais. Inutile de relever cette phrase). 

Où en étais-je? Ah! Oui! 

Chose surprenante (quand le cerveau peut oublier tant d’informations pourtant plus ou moins utiles): je me souviens très exactement où j’étais et ce que je faisais lorsque j’ai appris, à la radio également, la mort de Michael Jackson. 

Je venais de déposer Gabriel à l’école maternelle et Élisa chez la nounou. J’étais dans ma voiture. Il faisait plutôt beau. En tous cas, il y avait du soleil. 

J’avais une twingo rose, à l’époque. Intérieur vert pomme (Je sais, le cliché de la voiture de fille!). Et je me rendais sur mon lieu de travail, un hôtel face à l’océan. Mes vitres étaient ouvertes à l’approche de la côte, parce que j’aimais, chaque matin, respirer l’air marin pour commencer ma journée. Parfois, même, je faisais un détour des quelques centaines de mètres, afin de longer la plage plutôt que de passer par le centre ville. 

Que reste-t-il de cette vie là, au juste?

Deux enfants en bas âge devenus adolescents. Et ce blog. 

Que reste-t-il, plutôt, de cette personne là ? Pas grand chose et c’est tant mieux. 

Je n’éprouve aucune nostalgie de qui j’étais alors. 

Jeune femme assez fragile, donc facile à ébranler. Je manquais de résistances et de forces intérieures. J’avais tendance à donner ma confiance à n’importe qui, croyant que l’autre en général avait plus de valeur que moi. 

Je n’avais pas trouvé (pas beaucoup cherché non plus) de vocation professionnelle. 

Je n’étais à peu près rien, et à peu près sûre de rien. 

Depuis, tout ou presque à été remis en question. A force d’introspections. 

Aplati, décortiqué, et même rasé... pour mieux reconstruire. 

Et finalement, l’édifice à raser n’était pas si grand...

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24 juin 2019

De la froideur de Charles

Retour de l’école. 

Dans la voiture, le petit brun me dit:

- Aujourd’hui, la maîtresse a dit que celui qui oublie la majuscule et le point, elle le mange. On a tous dit: « Oh non maîtresse, tu ne vas pas nous manger! », et on a tous rigolé, sauf Charles.

J’interroge Charles:

- Tu n’as pas ri, toi?

- Non! J’ai continué mon travail. Pour gagner du temps. Et en plus, dire qu’elle va nous manger, ce n’est pas drôle du tout. Ils sont tous bêtes de rire de ça! 

Force est de constater qu’il marche dans les pas de son frère aîné.

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