Val ...

21 mai 2019

Hypnose légère

S’assoupir un instant. Dans un climat de confiance. Cesser de nager soudain, de se débattre, et plonger doucement, comme sombrer dans les fonds marins, ou se laisser dériver. 

Torpeur délicieuse, moi noyée en mes mers intimes. Et pourtant en pleine conscience de l’instant. 

D’une somnolence si légère que chaque bruit, chaque mot entendu reste compréhensible, fait l’effet d’un bercement doux. Seulement un peu plus de langueur d’esprit pour y répondre. 

Cet état apathique assoupit les douleurs passées et à venir, les quelques querelles, les légers différends. 

Nul risque, pourtant, pendant cet engourdissement, que la confiance, elle, ne s’assoupisse.

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19 mai 2019

Plan de vigilance

Le plus âgé de mes trois protégés du moment va avoir quinze ans. Il est à la maison depuis un an et demi, et je n’ai pas grand chose à lui reprocher, foncièrement. 

Mais voilà qu’il y a deux semaines, et pour la première fois, il me confiait des pulsions meurtrières, ayant « envie de tuer un inconnu, que le sang gicle, ou d’un combat de rue, à mort ». 

J’en ai fait part à l’éducatrice. Qui l’a signalé à la juge, cette dernière ayant demandé une expertise psychiatrique. 

Une semaine plus tard, il revient de voyage scolaire avec, comme « souvenirs », deux épées. Bien coupantes. Ok! Je signale à nouveau. 

Et ces derniers jours, j’évoque avec lui ses « pulsions » pour en mesurer l’évolution : il a envie de tuer un inconnu. Juste comme ça, pour rien. Pour se défouler. Bon...

J’interpelle le service. Il sera vu rapidement par la psychologue. 

Je connais ce jeune, il n’est pas réellement dangereux. D’ailleurs, il dit bien que s’il passe à l’acte, il tuera un inconnu, pas un membre de ma famille (c’est déjà ça!). Et, à vrai dire, je pense qu’il ne fera rien. À personne. Il a besoin peut-être d’extérioriser des pulsions que tout le monde a, plus ou moins. Et peut-être un peu de se faire remarquer. Je ne le crois pas un danger pour quiconque pour le moment. 

N’empêche, j’ai enclenché la première phase de mon plan de vigilance. Un truc personnel pour évaluer et appréhender les jeunes que j’accueille. Il y a trois phases, en gros.

La première (pas de danger réel mais un questionnement de ma part): j’alerte le service, je demande un suivi psy, je suis à l’écoute et je parle avec le jeune/l’enfant pour toujours plus ou moins savoir où il en est. Je puis même faire des choses avec lui en prétexte (il veut publier un recueil de poèmes, c’est un projet qui nous rapprochera et fera très bien l’affaire). 

Deuxième phase (il y a un certain danger avéré , il y a eu quelques passages à l’acte, par exemple): je ne laisse plus le jeune/l’enfant sans surveillance. Je suis très vigilante. Je demande à ce qu’il aille en relais certains week-ends et la moitié des vacances pour me soulager et soulager ma famille, j’exige du service une réaction rapide (psy, voire hospitalisation, voire réfléchir à une réorientation). 

Troisième phase ( Le jeune m’a montré qu’il devenait un danger certain et imminent ): j’exige son départ. Par une lettre recommandée. Une sorte de droit de retrait. Le service a un mois pour me le prendre. 

Nous n’en sommes pas là avec ce jeune. Loin de là. Je pense que ce n’est bien grave. Pour moi, il dit tout haut tout ce qu’il pense, voilà. Il fantasme de meurtre, mais ça ne me paraît pas bien méchant. A surveiller. Et à suivre! 

 

Mais, à l’heure du procès du meurtre de la petite Léa, qui a secoué ma profession (un jeune mineur placé a assassiné à l’arme blanche la petite-fille de son assistante familiale), je voudrais souligner que ce cas est loin d’être isolé. Le risque pour nos familles est réel. J’ai d’ailleurs, une fois, dû recourir à ce fameux recommandé pour exiger la fin d’un placement : la petite fille était devenue un danger immédiat pour mes enfants et les autres enfants accueillis. 

Et par deux fois aussi, j’ai enclenché la phase deux, et un départ à été réfléchi , négocié « à l’amiable » avec le service, et organisé plus ou moins en douceur pour les deux jeunes en question. 

Pour l’une de ces deux derniers, le danger était pour mon mari: adolescente plutôt amoureuse de lui, plutôt menteuse. Rendre un jeune qui peut potentiellement nous accuser de maltraitance ou pire, c’est très courant. Puisque la présomption d’innocence de s’applique pas à notre profession, nous nous protégeons.

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10 mai 2019

Jour d’audience

Toujours partir beaucoup plus tôt. Se garer au tribunal est un cauchemar, premièrement. Et ensuite, avoir le temps de se poser sur la terrasse du café d’en face. Toujours. Pour échanger quelques mots, dissiper les éventuelles angoisses, et surtout ne pas attendre debout sur les marches du palais de justice. J’ai remarqué par expérience que rien ne stressait plus un jeune que d’attendre frénétiquement sur ce parking des pas-perdus, entouré d’inconnus qui eux aussi redoutent un jugement ou une condamnation. C’est une torture. 

Arriver juste à l’heure, donc. Serrer des mains. Lui sourire quand la juge l’appelle, pour lui donner confiance. 

Attendre. Longtemps. Assise dans ce couloir supplicier. Pas très sereinement. Dissimuler une légère angoisse. 

La voir revenir. Ni larmes ni sourire. Arborant un visage digne, d’acceptation molle, sans protestation et blasé de chagrin. 

Partir à l’écart pour entendre le verdict de la bouche de l’éducatrice. Feindre le professionnalisme, c’est à dire farder un certain soulagement intérieur. 

Prendre congé. Monter dans la voiture. Rouler et l’entendre dire qu’elle s’y attendait, que c’est logique, et que même, c’est probablement la décision la plus sage et bénéfique pour elle. Malgré cette tristesse ostensible, elle reste rationnelle : « C’est la meilleure solution, de toutes façons. »

Et répondre avec entrain, comme je l’ai fait pour chacun d’eux tous après une audience:

« Tu sais quoi? Tu ne vas pas aller en cours, aujourd’hui ! On va aller au Macdo à la place! Et on va te prendre un forfait pour ton téléphone. Ok? ».

La voir sourire, et me dire simplement : « Ouais! ». 

On est repartis pour un an minimum. La justice l’a acté. On forme une bonne équipe, après tout. Elle, son frère, et ... nous autres. 

À présent -Ce soir- il faudra annoncer la nouvelle au frangin, qui n’a pas pu être présent pour cause de voyage scolaire.

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08 mai 2019

Épatée

Le père de mon amie est mort. Il y a quelques jours. Et ses funérailles ont eu lieu hier. 

Elle n’a pas pleuré le jour de sa mort. Elle a compris. Elle attendait presque que la mort vienne soulager son père. Comme un événement heureux. Pourquoi un départ ne serait-il pas heureux, si la vie n’est plus que hôpital et souffrance? Évidemment. Logique. Et pourtant, elle était bien la seule de sa famille à voir les choses de manière aussi rationnelle. 

Sa pauvre mère, sa pauvre sœur, n’étant pas bien en capacité, à cause du chagrin, de prendre certaines choses sur leurs épaules, c’est elle qui s’est chargée de tout. 

Le surlendemain du décès, nous faisions une petite soirée entre copines en sa mémoire. 

Le veille des funérailles, elle fit une sorte de petite fête improvisée, en famille et en comité restreint (seuls ses proches pouvant comprendre, je suppose). 

Et les funérailles furent belles. Elle me les a racontées. Le reste de la famille, gens plus moraux, traditionnels et enfermés dans des conventions, furent les témoins de cet impair innommable : elle avait apporté des marqueurs indélébiles. Et a invité les proches, notamment les plus jeunes, à écrire spontanément ce qu’ils désiraient sur le cercueil avant l’incinération. Cercueil qui brûla ensuite accompagné de musique joyeuse, sous le regard médusé de tous les cons. 

Elle conduit ensuite sa tribu au Macdo, tandis que les bien-pensants refusaient de ce joindre à eux, et choisirent un restaurant qui serait plus « de circonstances ». Les cons! 

Et, le soir, à nouveau nous faisions la fête. Et les conformistes décidèrent, outrés, de se barrer. 

Et c’était beau!

Attention! Mon amie aimait profondément son père. Comme une fille aime son père. Elle a pleuré, oui. Évidemment. Sur son sort à elle, sur celui de sa mère. Évidemment, à présent il faudra apprendre à vivre sans lui. 

Mais pourquoi le chagrin s’accompagnerait-il de tous ces rites stupides? De ces habitudes mornes? De ces épanchements parfois peu sincères? De ces moues feintes parce que de circonstances ? Pourquoi ne pas faire exactement comme on en a envie? Quelle loi impose que des funérailles se déroulent comme ci ou comme ça? 

C’est mon amie depuis plus de vingt ans. Qu’est-ce qui pousse à faire perdurer et même entretenir une amitié ainsi, juste par habitude ? Rien! 

Je l’aime toujours parce qu’elle n’est pas conventionnelle. Parce qu’elle s’est détachée de toutes ces choses imposées, dictées par des coutumes idiotes et infondées. Parce que le regard des grégaires conservateurs glissent sur elle. 

Et, même dans la mort de son père, elle ne m’a pas déçue.

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03 mai 2019

Famille d’accueil un jour...

Elle m’avait envoyé un message dans la semaine. Elle est dans le coin, a envie de me voir. J’avais donc deux heures à lui accorder cet après-midi. 

Elle me demande de la prendre devant chez son père. Ok!

Je suis à l’heure. Elle m’attendait sur le trottoir. Elle monte dans ma voiture et me dit immédiatement : « Ça va me faire du bien. J’avais besoin de te voir! ». 

Je comprends tout de suite: elle a des problèmes.

Effectivement. Elle n’est pas là « de passage » comme elle me l’avait annoncé par message. Ça n’allait plus avec son copain. Il ne l’aimait plus, n’était jamais là, devenait indifférent, si ce n’est méprisant, depuis des mois. Alors, elle a été digne. Elle est partie, elle l’a quitté. Et il ne l’a pas retenue. 

Évidemment, elle a tout perdu. Retour à la case départ, chez son père. Elle avait un appartement avec lui, elle avait un emploi, mais rester seule sans personne à plusieurs centaines de kilomètres... elle est donc revenue. 

Une question me chiffonne, même si je la « félicite » d’avoir agit ainsi: pourquoi avoir attendu des mois? Tout simplement parce qu’elle voulait prouver quelque chose. Bêtement. Qu’elle pouvait avoir une vie stable. Bordel, à 19 ans! On n’a rien à prouver! 

N’importe !

Je l’emmène boire un café au Macdo. 

Elle hésite. Puis dit enfin. Elle craint d’être enceinte. Depuis... plusieurs semaines.

Putain! Elle n’a rien fait. Pas de test, rien. Trop peur.

Je gueule, évidemment. Et puis je prends l’initiative. Aller dans une pharmacie, puis aux chiottes du Leclerc. Deux heures, ça passe vite. Elle se laisse faire. C’est ce qu’elle attendait de moi. Elle n’est pas enceinte. C’est toujours ça.

Dernier problème : elle n’a pas de travail. Je songe à un ami qui vient de quitter son poste. Je l’appelle. Il me file le numéro de sa patronne. Elle appellera. Il reste quelques inconvénients : trop loin de chez son père. Bof, si il y a une période d’essai, elle viendra à la maison. Si elle est prise, je serai garante pour un appart. Voilà. C’est simple.

Je ne suis pas gentille. Je ne suis pas philanthrope. Je l’ai aimée parce qu’elle était aimable. Je l’aide par orgueil. 

Elle est la deuxième, permis la dizaine de gamins passés chez moi, à être majeure. Mais la première est déficiente intellectuelle : je n’aurais été qu’une prise en charge avant d’autres prises en charge. Pour elle, j’ai été un tremplin. Après moi, l’autonomie et les responsabilités. Je veux qu’elle réussisse. Orgueil!

Et reconnaissance. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que c’est elle qui m’a appris mon métier. Et à le faire bien. 

Un petit brun qui arrive bébé, c’est facile. Mais une adolescente qui débarque alors que mon aîné n’est encore qu’à l’école primaire, c’est ça qui élève. Avoir les bonnes distances, les bons comportements, les bonnes limites. J’ai appris. Parfois à ses dépens. Elle aura été mon adorable tube à essais. 

Je veux qu’elle s’en sorte. Je le veux.

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02 mai 2019

Avoir un petit dernier

Avoir un petit dernier, c’est être réveillée avant que le réveil sonne, mais attendre tout de même au lit. Pour le rituel: lorsqu’il entend le réveil, il arrive, en pyjama, saute sur le lit et dit: « Debout, Maman! ». 

Et c’est ne pas se lever aussitôt, car tous les matins de semaine, c’est câlin au lit. 

C’est vouloir prendre un bain seule un soir de fatigue. Faire couler l’eau chaude, mettre plein de mousse odorante, un peu de musique calme, s’y vautrer, avoir oublié de verrouiller la porte. Le voir débarquer, retirer son pyjama en deux secondes, l’entendre dire : « oh, trop cool! On va bien s’amuser, Maman! ». Et passer une heure à jouer avec des bateaux en plastique. 

C’est « inventer des câlins ». Terme inventé par lui. Qui demande une explication : il s’approche soudain de sa mère, à n’importe quel moment, et dit : « Attend, on invente un câlin ! ». Et alors il me grimpe dessus d’une manière toujours nouvelle, a le sentiment d’inventer et de me surprendre pas tout moyen qui mène à mon cou. 

C’est jouer à « Qui c’est? ». En vrac à deux dans le canapé, je dois lui poser une question. « Qui est la meilleure maman de la Terre? ». Il répond invariablement : « heu... C’est... une autre! ». Pour que je le chatouille jusqu’à ce qu’à bout de souffle il change d’avis: « Mais Non, non! C’est toi! Arrête maman! Pitié! C’est toi! ». Et recommencer avec une autre question. 

C’est être sur le bord d’un trottoir avec lui, prêts à traverser la route, vouloir le protéger comme un petit dernier, dire: « Attention Charles! Attends! Il y a une voiture! ». Et rire de sa réponse: « Hey?! Je suis pas cinglé ! Je vois les voitures. Elle me prend pour un cinglé, cette mère! ». 

C’est aussi ne plus accompagner sa classe à la piscine ou en voyage scolaire, parce que, mince, on l’a déjà fait pour les aînés! 

C’est ne pas trop pouvoir l’engueuler, parce qu’il trouvera du réconfort et de la consolation dans la seconde auprès de son grand frère.

C’est devoir céder, car le grand frère cède derrière notre dos (Télévision, console, un bonbon). 

C’est ne pas toujours faire les devoirs avec lui: frangin qui veut s’en charger.

C’est se sentir remplacée parfois dans son rôle de mère, par sa sœur excédée qui lui dit: « Arrête, ou tu vas t’en prendre une! ».  Et parfois ça tombe. 

C’est supporter les blagues douteuses des copines parce qu’il est le seul blond. 

C’est être dispensée d’histoire du soir parce que les aînés veulent le faire. 

Et c’est surtout se réjouir, et réaliser qu’un enfant non planifié, c’est aussi bien qu’un enfant que a été l’objet d’un « projet d’enfant ».

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30 avril 2019

Ma drôle de vie

Chaque matin, je me lève un peu plus tard que Manu.  Ou plus tôt. Jamais en même temps. Ne pas me demander pourquoi. J’aime bien, voilà. Pourquoi se lever en même temps? 

Et je prends mon petit déjeuner toujours seule. Dans la cuisine. Debout. Parce que je n’aime pas que l’on me parle au réveil. 

Les jours d’école, parfois , je ne rentre pas de la journée. D’autres fois, je rentre déjeuner. Pas toujours à l’heure mais avant ou après lui. N’importe. 

Le seul repas commun est pris le soir. Et encore. On tolère que l’un ou l’autre n’ait pas faim. Et donc mange après. Ou ne mange pas du tout. On s’en fout! 

L’autre mange avec les enfants. Quel problème ? 

Ou parfois, j’ai une réunion qui me fait dîner avant ou après tout le monde. Ou alors, je sors dîner avec des amis. Seule. 

Je me couche quand je veux. C’est à dire plus tard que tout le monde, bien souvent. Pourquoi pas? J’aime être seule le soir. 

Je pars en vacances ou en week-end seule, en général. Ou avec un enfant, deux enfants, la moitié des enfants. Mais seule (avec des amis ou une cousine, quoi. Sans conjoint). 

Je suis invitée seule, aussi. Enfin, disons que j’ai envie d’accepter des invitations que lui décline. 

On partage les enfants, simplement. Entre ceux qui veulent me suivre et ceux qui veulent rester.

Je fais les magasins seule. Lui aussi les fait seul pour lui. 

Le soir, après avoir couché les plus jeunes, nous vivons l’un près de l’autre mais chacun de notre côté. 

Je lis, j’écris. En général. Ou je sors. 

Lui joue au poker en ligne, fait des plans pour je ne sais quel pré ou garage, ou bien regarde un peu la télévision. 

Et c’est simple. Très simple. Infiniment simple. 

Si, un matin d’été, j’ai envie de voir la mer, j’annonce que je vais voir la mer. Qui veut la voir aussi me suive. Voilà. 

Si, un soir à 20h, j’ai une envie soudaine de piscine ou de cinéma, j’y vais. Qui aurait la même envie pourrait m’accompagner. 

Alors, oui, ce n’est pas ce qu’on appelle une « fusion ». C’est peut-être aussi atypique. Mais du fait, aucun des deux ne s’oblige jamais pour « faire plaisir ». Jamais. 

Et, à vivre ainsi, on sait tout à fait que lorsque l’on fait quelque chose à deux, ou lorsque nous avons une conversation passionnée, c’est uniquement l’envie réciproque qui nous y a conduits. Jamais autre chose. 

Nos enfants? Bah! Ils font pareil!

Liberté chérie...

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28 avril 2019

Avoir une (moyenne) fille (cadette)

Hey oui! Si j’ai écrit le premier texte spontanément, à présent je me dis qu’il serait juste d’en écrire deux autres. 

Avoir une fille, c’est avoir renoncé à des contacts physiques depuis longtemps : pas de câlin, pas de bisous, et même pas bonjour ni merde. 

C’est prendre un crédit sur vingt ans quand elle annonce qu’il lui faut des baskets. 

C’est l’entendre geindre qu’elle n’a rien à se mettre alors qu’elle est la seule de la maison à disposer d’un dressing (rempli!). 

C’est vouloir passer une journée seule avec elle et se faire reprocher le choix du restaurant et mon manque de patience quand elle essaye des jeans depuis trois heures sans pouvoir se décider. 

Et c’est finalement se faire reprocher le fait qu’elle n’ait pas trouvé par un merveilleux : « je vais encore aller au collège comme une pouilleuse à cause de toi! ». Superbe. 

C’est consacrer un budget énorme à sa passion pour l’équitation, limite aux dépens de ses frères, qui ne demandent rien, en ayant en charge deux chevaux dont un en pension, en payant cours, randonnées et concours. 

C’est aller la voir en concours et avoir la gueule parce qu’elle estime ne pas voir été au top aujourd’hui (Mais qu’y puis-je moi? Au juste? N’importe! C’est ma faute!). 

C’est se sentir moins bien considérée qu’un chauffeur ou un taxi quand Madame a besoin.

C’est avoir un fantôme à la maison: elle est là? Elle n’est pas là? Elle n’est jamais là! Ah si, elle apparaît, aujourd’hui ! (Qu’est-ce qu’elle a grandi!) 

C’est ne pas comprendre tout à fait le soin qu’elle met à se lisser les cheveux chaque matin, à posséder des dizaines de produits de beauté... tandis que sa chambre est tout bonnement une porcherie. 

C’est entendre ses frères se plaindre de ses invectives régulières (« Fais un peu attention, Andouille! »). 

Quoi? Il y a un problème ? Oui... je sens bien qu’il y en a un. Bon, bon... je recommence !

Avoir une fille, c’est la féliciter de ses bulletins scolaires. Parce qu’en général elle travaille. Plutôt beaucoup. Non pas qu’elle aime l’école, mais plutôt qu’elle déteste se sentir inférieure aux autres.

C’est partager ses réussites sportives. Elle est d’ailleurs aujourd’hui au championnat de Normandie de sa discipline, partie depuis 5h ce matin.

C’est aussi vouloir -presque exiger - ses réussites sportives. Nous avons un contrat qu’elle respecte très bien: Quand on se spécialise dans un domaine, on fait au mieux pour y exceller, autrement c’est une perte de temps et d’argent! 

C’est être admirative des contraintes qu’elle s’impose: une heure de sport par jour à la maison, pour s’entretenir et se muscler, trois heures d’équitation par semaine en moyenne, par tous les temps, une heure ou deux de travail scolaire (elle n’a aucune facilité, elle le sait et moi aussi: elle a de bonnes notes parce qu’elle apprend tout par cœur et avec parfois un certain acharnement). 

C’est se satisfaire de son mauvais caractère, au fond, et savoir que personne ne lui marchera dessus. 

C’est être amusée de son indifférence quand quelqu’un lui fait une remarque déplaisante. 

C’est aimer plus ou moins sa grande capacité à détester tout le monde. 

C’est mon sourire quand je l’entends parler des garçons ou du mariage: c’est acquis pour elle, jamais elle ne sera de ces filles romantiques qui cherchent l’amour et la protection. Elle vit pour elle! 

C’est être impressionnée de la voir se faire obéir de ses chevaux. 

C’est lui permettre de jouir de sa liberté: d’esprit, de pensée, de vie, d’indépendance affective. Quitte à insulter assez copieusement sa mère. 

C’est aussi ma fierté de ne pas l’avoir élevée « comme une fille ». 

Et c’est, parfois, un SMS qui me dit: « Je suis bien arrivée, Maman. Je t’aime ». (À imprimer et mettre sous verre!).

Et c’est l’aimer, chiante comme elle est! 

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26 avril 2019

Avoir un grand fils

Avoir un grand fils, c’est vouloir faire un câlin à son enfant, et se blottir contre lui, et finalement se faire enserrer par une personne plus grande que soi. 

C’est vouloir jouer à la bagarre comme quand il était petit, et ne pas gagner. Se retrouver immobilisée ou à terre. En douceur. Il ne ferait pas de mal à sa mère. 

C’est parfois jouer à la bagarre et mener la partie, tout en sachant qu’il nous laisse gagner.

C’est lever la tête plutôt que de se pencher comme avant quand on veut l’embrasser. C’est lever les bras pour lui caresser le visage.

C’est ne plus avoir le droit de réclamer la liste de ses devoirs, ni de corriger ses copies et rédactions, mais être sollicitée quand même pour toute aide scolaire ou non dont il aurait besoin (mais il a de moins en moins besoin). 

C’est le laisser autonome: se préparer ses repas quand il reste seule, se barrer en scooter, lui confier la maison, lui confier son frère, lui confier sa carte bancaire, et ne jamais avoir été trahie de confiance. C’est le laisser autonome, en étant priée de redevenir « Maman » si besoin: aller voir un prof, accompagner chez le médecin, le défendre à l’occasion. 

C’est vouloir gueuler et entendre: « Mais pourquoi est-elle fâchée comme ça, cette petite maman? », en sentant une main nous caresser les cheveux. 

C’est l’attraper par les cheveux pour le forcer quand il ne veut pas de câlin. 

C’est aller s’asseoir sur son lit le soir pour l’emmerder, lui demander si on peut dormir avec lui comme lorsqu’il était petit, et entendre la réponse attendue: « euh... comment dire? La réponse commence par un « N » et se terminé également par cette lettre. »

C’est lui demander de passer l’aspirateur ou de vider le lave-vaisselle sans ne jamais essuyer le moindre refus. Obligeant grand fils! 

C’est lui envoyer des chansons qu’on aime, via lien YouTube, pour qu’il comprenne qu’il doit les jouer au piano ou à la guitare pour sa mère.

C’est communiquer par sms chaque jour même s’il l’on vit ensemble. Pour le plaisir d’échanger avec lui quelques mots écrits. 

C’est minauder pour qu’il apporte un café à Maman, ou un verre d’eau. Non, plutôt un verre de lait, s’il te plaît! 

C’est avoir interdiction formelle de lui dicter ses choix, tout en étant invitée constamment à le conseiller. 

C’est s’amuser de son manque de goût pour les conventions sociales. Et de son manque de goût tout court. 

C’est l’écouter trois minutes parler de ses jeux vidéos ou de ses mangas en souriant, jusqu’à ce qu’il dise: « Ouais ok, tu t’en fous, quoi! », et ne pas démentir. 

C’est être assez satisfaite qu’il soit si peu « normal », qu’il se fiche d’être aimé ou détesté, qu’il se fiche de plaire ou non, qu’il ait un jugement assez tranché sur les choses et les gens. 

C’est sourire quand on me dit que mon fils est timide, parce que je sais que, simplement, « c’est pas exactement ça, mais plutôt que... parler me fait chier, voilà!  ». 

C’est l’avoir en « ami » sur les réseaux sociaux et le laisser lire mes inepties et mes conversations douteuses. 

C’est ça, entre autres, avoir un grand fils.

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24 avril 2019

Blogger m’a tuer

Vous êtes nombreux à avoir un compte blogger. Et un blog associé. 

Avant, je lisais chez vous et ne parvenais pas toujours à commenter, même en écrivant « anonyme ».

Alors on m’a dit: « ouvre un compte! ».

J’ai réfléchi des semaines avant de me lancer ( plutôt procrastiné que réfléchi d’ailleurs). Et j’ai créé un compte.

Ça a fonctionné quelques temps. J’étais ravie de commenter chez vous depuis mon IPhone. Sous mon nom.

Et voilà que depuis une semaine, ça ne fonctionne plus. Mon compte est actif. Si je vais sur « Blogger » il me reconnaît. 

Et pourtant je ne peux plus du tout commenter. Ni sous mon nom, ni même en tant qu’anonyme. 

J’ai cherché. J’ai cliqué sur « aide ».

Et voilà ce que Blogger me dit: mon navigateur n’est pas compatible.

Mais merde! Il a été compatible plusieurs mois, et a présent il ne l’est pas? 

Alors, ça m’agace. Je n’ai plus de solution autre (PC fonctionne mal et j’ai perdu l’habitude de m’asseoir derrière un ordinateur) que de vous lire en fermant bien ma bouche (mon clavier!).

VDM!

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