Nous sommes rentrés d’une longue promenade. Charles et moi. Sous le vent. Dans le vent.
On sentait l’air frais probablement. L’air frais.... j’ai mis longtemps à mettre un nom sur cette odeur particulière. Et puis un jour - j’étais au collège - j’ai entendu une professeure dire à un autre qui venait de l’extérieur : « tu sens l’air frais! ». J’ai eu comme une révélation. Je me suis appropriée la formule.
Toujours est-il que cet après-midi, en rentrant à la maison, Charles et moi devions sentir l’air frais.
Nous avons franchi la porte, lui en tête. En le précédant, je l’ai entendu demander à ses frère et sœur : « il est là ? Non? Il est venu alors? ». Même pas!
J’ai voulu demander pourquoi cette question. Il m’a devancée : « Ça sent lui! Maman! Ça sent comme chez lui! ».
Ça sent lui. Comme une logique imparable. Si ça sent lui, alors il est présent. Dans la tête d’un enfant du moins.
Je me suis concentrée. J’ai reniflé mon intérieur, ai fermé les yeux quelques secondes pour me concentrer sur l’odeur.
Et il avait raison. Aujourd’hui, vers 16h30, dans notre propre maison ça ne sentait pas « nous ». Ça sentait « chez lui ».
J’ai cherché. Quel mélange d’odeurs de chez nous pouvait ressembler à son odeur?
J’ai trouvé la combinaison approximative:
Le sol lavé de frais à l’aide d’un produit à lavande, une bougie parfumée à la cannelle, et deux bouquets de fleurs naturelles , posés sur la grande table -qui m’ont été offerts pour la nouvelle année-.
Avec ses trois composants , j’estime avoir 90% de la formule de son odeur.
Ma satisfaction n’est pas tant d’avoir trouvé une bonne partie de la formule.
Formule que j’ai cherchée naguère durant des années sans jamais la trouver.
Elle tient du fait que mon petit garçon de cinq ans a hérité de ma perception des odeurs, d’un odorat développé qui permet d’associer et de reconnaître une odeur familière plus intensément, de la percevoir et de la vivre comme une émotion. De l’associer à un lieu, à une personne, à un souvenir avec précision.