À l’heure fatidique où le médecin lui avait annoncé l’injuste et l’irrémédiable, il n’avait pas bronché.

Il n’avait nul eu besoin d’examens ni de comptes rendus en langage médical pour savoir, en son for intérieur, et ce depuis plusieurs semaines, que tout, à présent, deviendrait très désagréable.

Ainsi, comme on pourrait dire, il s’y attendait.
Ou même: il attendait. Le verdict. Presque comme une délivrance. Ne lutte-t-on pas plus efficacement lorsque l’on connaît l’ennemi ? S’il est question de lutter...

Si ennemi il y avait. La mort est-elle notre ennemie à tous? Sans doute, non. C’est une étape obligée. Le dernière, pour le non croyant qu’il était.

Quand d’autres pleurent, crient à l’injustice, perdent des forces en révoltes inutiles, lui restait serein. Il avait cette paix intérieure de ceux qui estiment avoir eu leur part, avoir tracé leur chemin et être arrivés à une étape où peu d’hommes estiment être parvenus: il lui semblait qu’il était juste, pour lui, d’avoir bientôt terminé de vivre. Et peu importait si ce fut plus tôt qu’un autre.

Il laissait les objections habituelles aux autres.
Qui n’a pas songé qu’il laisserait, au profit de la mort, derrière lui des enfants, une épouse, des êtres qui souffriraient?
Pas lui.
Ce sont des doléances de faibles, pensait-il. De ceux qui s’estiment indispensables et revendiquent, du fait, une immortalité impossible.
Il ne donnait pas tant d’importance à sa vie. La Terre tournerait bien sans sa maigre existence.

Il était prêt. Emprunt à une paix morale peu commune dans sa situation. Il n’appréhendait rien.
Qu’y aurait-il à redouter du sort que l’on partage avec des milliards d’individus ?

Il acceptait néanmoins très obligeamment de se défendre un peu . Ne serait-ce que pour faire avancer la médecine.
Toutefois, sans conviction.

Sa seule certitude était qu’il avait bientôt terminé sa course. Sans ressentiments et dans un apaisement qui n’était pas feint.

Et c’était admirable.