Devoir de Lakevio du goût numéro 8 

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Il s’était habillé à la hâte, bien avant que le jour ne se lève. Il n’avait pas dormi. Sa nuit avait été très agitée. Pensées importunes, puis épouvante l’avaient conduit et fait demeurer à un état de très grande lucidité durant des heures. 

Il n’avait pas pris la peine de déjeuner. Afin d’affronter le vent glacial de ce matin d’hiver, il avait pris la précaution inutile d’enfiler sa veste, et le soin dérisoire de se couvrir de son chapeau. 

La veille au soir, il avait écrit un ultime poème. Une performance. Son meilleur, sans doute. Peut-être même le plus sublime et subtil poème jamais écrit par quiconque. Une réussite. Néanmoins, cette perfection l’avait laissé sans joie, cette fois. Et peut-être même l’avait-elle plongé dans une trop grande solitude et une bien trop profonde amertume. 

Qui d’autre que lui pour admirer et s’éblouir de cette pensée pure? 

N’était-il pas son seul lecteur avisé et clairvoyant ? 

Il marchait à présent d’un pas décidé  dans la rue déserte et noire, le vent glacé lui giflait le visage. Il n’avait pourtant pas froid. Son corps était anesthésié par une détermination sans faille. 

Il fut un temps où il avait été lu et apprécié. Mais les hommes de son siècle comprenaient si mal son Art qu’il avait fini par évincer tous ses lecteurs. Sans scrupules. Par leurs méprises et leurs absurdités, ils n’avaient fait qu’insulter son Œuvre et lui faire perdre son temps. 

Elle aussi, il avait fini par la congédier. Il l’avait aimée un peu, sans doute. Elle aurait fait un bon disciple, peut-être. Obéissante, curieuse et capable, mais dotée d’un esprit trop simple pour comprendre seulement un peu qu’elle entamait, par sa seule présence, le temps précieux qu’il se devait de consacrer à son Art. 

Il était trop tard, à présent, pour les regrets. D’ailleurs, en avait-il vraiment? Rien n’était jamais grave, de toute façon. Rien n’était à prendre trop au sérieux, après tout. Non, il n’éprouvait aucun regret. 

Il franchit le portail de l’entrepôt désaffecté, plus déterminé que jamais. Et tout en cherchant l’endroit idéal, il glissa sa main droite dans sa poche, comme pour s’assurer de la présence du revolver.