Cette semaine, un « ami » Facebook a partagé un message indigné contre la maltraitance des chiens. Je n’ai pas réagi : je ne souhaite pas me fâcher avec tout le monde. Pour autant, il est révolté quand un labrador est battu mais, agriculteur, il envoie ses propres vaches et veaux à l’abattoir. Et personne à present ne peut ignorer ce qu’il s’y passe et dans quelles conditions inhumaines ces animaux y sont traités avant d’être abattus. 

Cela me conduit à plusieurs réflexions. Il y aurait donc des degrés, une hiérarchie dans la maltraitante animale. Ce que l’on tolère pour une vache serait inacceptable s’il s’agit d’un chien? Ou alors, deuxième hypothèse : on ne doit pas maltraiter... sauf si cette maltraitance nous est utile pour manger. 

J’ai émis les deux hypothèses mentalement, pour comprendre les gens, pour tenter d’élucider rationnellement cette affaire complexe de la cause animale. 

J’ai fouillé un peu les articles des défenseurs de la cause animale, et j’ai d’ailleurs trouvé sur ces groupes des adhérents de ma connaissance (je le précise parce que cela me permet de confirmer qu’une partie du moins des défenseurs de la cause mange de la viande). 

Sur un article, on se félicite qu’un homme ait été condamné pour avoir tué son chien. Donc : il est inadmissible de tuer un chien. Pour autant, nombre de ces personnes qui se réjouissent de cette condamnation bouffent de la viande. Ainsi, on peut tuer une vache, un veau, un canard, une poule... mais pas un chien. 

Il y aurait donc plusieurs catégories d’animaux: ceux qu’on a le droit de buter, et ceux dont le « meurtre » est condamnable moralement et pénalement. 

J’ai réfuté d’office le critère alimentaire, car personne n’est inquiété de tuer une mouche ou de détruire un nid de frelons. On fout d’ailleurs des pesticides, on on traite les cheveux de nos enfants pour éradiquer les poux. J’exagère ? Sans doute ! Car il s’agit d’insectes et non de mammifères ? D’accord ! Alors... 

On vend des produits, légalement, pour tuer les rats, les souris, les taupes. Non? Leur vie n’a donc pas la même valeur que celle d’un petit chat mignon, et non pour des motifs alimentaires cette fois. 

Où est donc la logique là-dedans? Il faut être clairs: la vie de l’animal est-elle sacrée? Ou pas? 

Pourquoi ces mesures, ces échelons, ces catégories ? Je ne trouve aucune logique. Je le jure. J’ai beau chercher, il n’y a rien de cohérent. 

On ne peut pas maltraiter... sauf en cas de confort personnel. En gros, on tue et maltraite quand ça nous arrange, et on s’indigne quand ça nous émeut (sur des critères très subjectifs). 

On mange une vache et pas un cheval, par exemple (c’est ce que j’ai souvent entendu, même si on peut me répondre que certains mangent les chevaux, ce que j’admets). Pourquoi? Une vache est moins « mignonne »? Qui décide de cette hiérarchie ? 

Pourquoi tel animal aurait moins de valeur qu’un autre? C’est une énigme. 

Et encore ! 

Songer à la polémique actuelle du Telethon: chacun peut être condamné pénalement pour avoir maltraité  ou tué son chien, quand les laboratoires de recherche médicale les font souffrir jusqu’à une mort prématurée. Mais voilà: c’est pour le bien suprême de l’homme. Alors ça compte moins. Là on peut « légalement ». Si c’est pour le bien de l’homme (nourriture, médecine) ça semble « différent » et c’est impunément qu’on peut le faire. Parce que la cause en vaut la peine! 

C’est donc complexe et désordonné comme tout, cette cause animale. Il y aurait deux facteurs : ça dépend de quel animal il s’agit, premièrement. Et, même cette nuance, au fond, n’entre pas en compte ou moins si c’est dans l’intérêt de l’homme. 

Compliqué, non? 

Mais admettons encore ces limites, et feignons qu’elles soient claires: On ne maltraite ou ne tue que certaines catégories d’animaux et/ou uniquement dans un intérêt médical ou alimentaire pour l’homme. Admettons ! 

D’ailleurs, voilà pourquoi logiquement on s’indigne contre la Corrida: ça n’entre dans aucune des deux catégories.

N’empêche : ça gueule contre la corrida, cette souffrance « pour rien », gratuite, cruelle, pour le plaisir et le divertissement de l’homme. D’accord ! Mais, pas le même temps, on bouffe du foie gras! Pour le plaisir aussi, car même un carnivore n’a pas « besoin » de foie gras. On ne doit pas maltraiter pour « l’art » et le divertissement, mais on le peut pour la gastronomie. Non?  Quelle différence ? 

Ah oui, à cette différence près que la souffrance de la bête n’est pas un spectacle : voilà! On est informés des souffrances et on les nie ou les occulte car elles sont cachées, mais on s’en indigne quand l’homme y prend un plaisir direct. S’il y prend un plaisir indirect (au deuxième degré, sans avoir vu l’animal souffrir) ça compte moins! On ferme les yeux et on bouffe le foie gras. 

Si certains considèrent que l’homme ne peut se passer de viande, qui peut prétendre que l’aliment « foie gras » n’est pas que pour son plaisir? On peut prendre du plaisir à table sur le dos de la souffrance animale, mais pas dans un spectacle. Qu’est-ce que c’est hypocrite ! 

Quelle logique, là encore? 

C’est comme, finalement, s’en prendre aux chasseurs quand on va acheter son rôti au supermarché. Hypocrisie et incohérence. Car il faut reconnaître aux chasseurs une chose: ils abattent plus proprement l’animal globalement (souffrance moindre) que ne le fait un abattoir, c’est indéniable. On lutte contre la chasse, et on va acheter son bœuf au supermarché, sans savoir comment l’animal a été abattu.  Ou pire: en sachant qu’il a été traité de manière déplorable. Quelle cohérence ? On me répond: « c’est différent parce que l’animal chassé est dans son milieu naturel ». On a trop regardé Bambi. Comme si la vache avait pour vocation naturelle d’être butée à l’abattoir! 

Et cette idée de milieu naturel m’amène à parler des  animaux sauvages dans les zoo... puisque c’est le « combat » du moment, parmi d’autres. Un tigre n’aurait rien à faire dans un cirque. Il est trop loin de son milieu naturel et son « dressage » s’apparente à une maltraitance. 

Alors, songez aux cavaliers, songez aux spectacles équestres, aux courses de chevaux ! Que fait-on avec les chevaux? Quelle différence ? 

Les défenseurs et amoureux des chevaux sont incohérents. On harnache les bêtes , on les enferme dans des boxes, on leur procure du stress en les montant dans des camions. On les tond. On ferre leurs sabots. Est-ce ainsi, respecter l’animal? 

Car un cheval, à l’état naturel, ça vit en meutes et en liberté ! Ça n’a jamais eu pour nature de porter l’homme sur des terrains de concours, sur des hippodromes ou dans des carrières. Quelle différence avec un tigre qui fait des tours au cirque, au juste? Seulement, le cheval est une tradition française, ancienne. Alors il est tout naturel de le « domestiquer » et de le faire travailler. 

Ma fille ne mange aucun animal. Même pas de poisson. Ni d’œufs. Elle prétend défendre la cause animale, elle aussi. Et parle de « respect du cheval ». Ah! 

Pour autant elle contraint son cheval chaque jour. Elle le « dresse » et cela passe parfois par des coups de cravache! Il doit obéir! Et il passe son temps de « travail » à sauter des obstacles dans un bac à sable. Bien loin de sa nature, n’est-ce pas? Est-ce cela, le respect ? Incohérence. 

Soyons lucides: 

L’homme considère l’animal comme un objet ou presque, comme quelque chose dont il peut disposer à sa guise, parce qu’il lui est supérieur au moins de fait. L’animal lui sert de nourriture, de fourrure, de testeur de traitements et de cosmétiques, de divertissement, d’équipement de « sport », d’outil de travail. 

Qui oserait le nier? Et on s’indigne soudain d’une maltraitance un peu au hasard, sur des critères très discutables. 

Changer cela, respecter, rendre toute sa nature à l’animal, ne doit pas dépendre d’une hiérarchie mièvre reposant sur le fait que tel animal soit plus mignon ou plus domestiqué qu’un autre. 

Si on admet que l’animal a des droits suprêmes, de vie paisible, dans son environnement, sans être abattu ou maltraité par l’homme, soyons enfin cohérents: 

Aucune distinction entre les espèces, et ne le bouffons plus, ne l’utilisons plus d’aucune manière. 

Mais ces nuances à la con, ces « différences » incohérentes, ces émotions dénuées de logique, c’est d’une lâcheté ! 

Voilà ce que j’en dis! 

Néanmoins, je tiens à préciser que je ne prends aucun plaisir à voir souffrir un animal, quel qu’il soit. Je n’irais pas assister à une Corrida. Et l’idée de chasser ne me tente pas plus. Pour autant je ne milite pas pour la cause animale , loin de là. Bien consciente que j’y serais incohérente comme tous! 

Je sais que les animaux abattus pour me nourrir le sont dans des conditions inhumaines. Et j’en mange malgré tout, comme la majorité des gens. J’ai conscience également que j’utilise probablement des produits testés sur les animaux. Et je demande à mon mari de buter les taupes dans mon jardin. Parce que ça fait degueulasse ! 

Mais je ne m’indigne pas à chaque cas de petit chat maltraité : je sais qu’il existe pire et de manière légale et en masse, chaque jour, dans les abattoirs et laboratoires ! 

S’indigner de certaines maltraitances est une fausseté, dans le sens où on ne s’indigne que « sous conditions » très arbitraires. On ne défend pas la cause animale, à partir de là. On ne fait que se scandaliser de façade, sans épouser la cause de manière radicale. 

Pour conclure, je dirais que défendre « la cause animale », dans la majorité des cas (car je ne nie pas l’existence d’extrémistes, qui peuvent, eux, être très cohérents, bien que je n’en n’aie jamais rencontrés), c’est tout à fait le même principe que de se montrer généreux. S’émouvoir d’une maltraitance animale permet de se croire « bon », de se sentir « humain » au sens « éprouver de l’empathie pour la souffrance des animaux », mais tout en continuant d’en approuver d’autres, du moins par inertie ou par un aveuglement volontaire. Avec ces mêmes justifications insipides et infondées qui se résument en : « C’est pas pareil », « C’est pas moi qui ai maltraité directement », « C’est aux pouvoirs publics d’interdire ». 

Voilà ce que j’en dis.