07 juin 2008
Souris ! Et la vie te sourira…
Hier, début d’après midi. J’entre dans ce petit magasin « téléphonie, hifi, informatique - neuf et occasion » qu’on connaît bien. Je sais à peu prés ce que je viens chercher. Un cadeau pour Manu ! Je le trouve en moins de dix minutes. Faut dire que j’avais une idée très précise de ce que je voulais lui offrir. Un beau jouet ! Marché conclu en trois secondes. J’écoute les instructions du vendeur. Deux heures de charge avant la première utilisation.
Pour que Manu reçoive son jouet « prêt à fonctionner », je fais un détour par la maison pour mettre l’objet en charge. J’ai bien fait ! A mon retour des courses, deux heures plus tard, problème ! Il ne veut pas s’allumer ! J’appelle le magasin. Ils me donnent quelques instructions par téléphone. Aucun résultat. Je suis invitée à le rapporter. Je stresse un peu. Ils savent que c’est un cadeau d’anniv’ pour le soir même, alors ils le testent de suite (parce que, le méga problème, c’est qu’ils n’en ont par d’autre en réserve que s’il est défectueux, il faudra attendre dix jour pour un autre…) .
Longue attente dans l’arrière boutique. C’est cuit ! Défectueux ! Grosse déception. J’ai pas envie d’offrir à mon amoureux un « bon pour cadeau dans une dizaine de jours ». Le responsable du magasin me comprend bien. Choisir autre chose ?
Finalement, j’opte à contre cœur pour le même objet, d’une autre marque, en un peu moins bien… L’autre était de loin mon préféré. Le nouveau coute 50 euros de moins. Bon d’achat de la différence. Pour me consoler, je regarde les baladeurs mp3… C’est vrai que j’en ai pas… J’en trouve un au prix de mon bon d’achat. Il a l’air sympa, mais bon, sans plus… Oh, ça fera l’affaire !
Enorme surprise ! Le responsable du magasin, avec qui j’avais discuté pendant qu’un technicien testait le défunt objet, prends le baladeur que j’avais déposé en caisse, le remet en rayon et reviens avec un Ipod. Carrément ! Il encaisse et me dit « Merci, Madame, de ne pas vous être mise en colère. Et encore désolé pour l’incident ».
Elle est pas belle, la vie ?
Manu est quand même ravi de son joujou. Moi, un peu moins que lui. S’il avait vu l’autre…
Et, pour me remercier, il m’a offert la possibilité de rapporter son telephonne mobile (qui était déjà un très beau joujou) dont il n’aura plus l’utilité, et le mien également, pour m’en choisir un sympa. Merci, chéri !
Et puis, pendant l’attente, dans la conversation avec le responsable du magasin, il s’est dit que je pourrais apporter mon PC et qu’il me ferait une gentille reprise si j’achète un portable à la place.
Elle est pas belle, la vie ?
C'est samedi ! Si je ne suis pas ici, vous savez ou me trouver!
20 mai 2008
Que se passe-t-il donc ?
Hier, il s’est passé une drôle de chose, devant chez moi. Ça a duré toute la journée.
Retour en arrière:
Hier matin, déjà, en sortant de chez moi, j’ai trouvé la chose pou le moins… bizarre ! Je vous explique. Nous habitons sur une avenue, très passagère, mais ou peu de voitures se garent. Ben oui, il n’y a pas de magasins, ni rien à faire, sur l’avenue ! Juste des habitations. Et nous, ben nous habitons plutôt dans le bas de la grande avenue, en face d’une station service à l’enseigne très connue et bien rouge.
D’habitude, il n’y a jamais foule dans la station. Ben oui, il y a quatre supermarchés dans un rayon de cinq kilomètres… et même qu’un vend le carburant à prix coutant, alors… Qui irait se ravitailler dans la station ? Ben ceux qui veulent accumuler leurs points cadeaux ! Et c’est tout ! OU alors, ceux qui ont envie de nourrir leur voiture diesel avec un carburant de qualité supérieure…
Figurez-vous qu’hier matin, une dizaine de voiture faisaient la queue à la pompe. Déjà, c’est pas courant… Imaginez ! A 1, 41 € le litre de gasoil (J’mens pas ! j’vois le panneau, de chez moi !), et à 1,49€ le gasoil best-of…
Bon, bon, je ne me suis pas posée plus de questions que ça…
A midi, là, quand-même, j’ai eu quelques soupçons ! Une trentaine de voitures ! Devant chez moi ! A la pompe ! Qu’est ce qu’ils ont tous à vouloir payer cher leur carburant ? Sont malades, ou quoi !
Et puis l’après midi, alors là… Le défilé ! Jusqu’à cent voitures. Voie plus ! Ça rendait la circulation difficile. C’était même chiant ! Ben oui… cent automobilistes qui attendent leur tour « gentiment » alors qu’il fait chaud et qu’ils commencent à s’agacer… Et ben ça s’énerve, ça klaxonne, ça jure un peu, ça fait demi tour, ça gueule ! Un beau spectacle, quoi !
Là, je me suis vraiment dit qu’il devait y avoir un problème. Pénurie aux alentours? Moi, j’avais plus de carburant non plus, mais l’idée de me joindre à leur petite fête ne m’a pas tentée. J’sais pas pourquoi… ça avait pourtant l’air charmant !
Et Manu, en fin de journée, a appelé. « Peux-tu aller voir, s’il te plait, si il reste du carburant par chez nous ? ». Heu, non, chéri, moi j’suis en réserve ! Il a donc été voir lui-même :
Quatre supermarchés sur cinq affichaient que leurs cuves de gasoil entaient vide. Le cinquième ? Il s’est découragé à la vue de la file d’attente. Comme à Disney : A partir d’ici, il vous reste 120 minutes d’attente. Il est rentré en pensant pouvoir en mettre en face de la maison : Niet ! Cuve vide en fin de journée, avant la fermeture.
Aïe ! Plus rien ! Il avait fait une dizaine de stations à La Rochelle sans succès. Bon ben tant pis. Il est rentré diner. Nous, on est zen ! Gasoil ou pas, tant pis, on verra bien…On fera pas deux heures de queue !
Vers vingt deux heures, j’avoue, il est parti en quête de carburant (ben oui ! Fallait qu’il aille bosser, ce matin !). NIET ! Le service 24h/24 avait été supprimé pour les raisons que vous savez !
Il a eu du bol. Téméraire, il est parti travailler en sachant qu’il ne pourrait pas rentrer ce soir s’il ne trouvait pas de gasoil. Il en a trouvé à 8h ce matin, au prix de l’or (ben quand on a pas le choix !) , dans une minuscule station sur la côte ! Et à 8h (à l’ouverture), dans cette station, il y avait déjà foule ! ça promet…
Au moins, il est tranquille !
Et moi ? Ben moi, c’est pas pareil ! J’suis en réserve depuis hier après midi, et il n’y a plus de gasoil à vingt kilomètres alentours. Là j’vais aller chercher Gaby à l’école, et après… fini !
Je ne sais pas si les pêcheurs en rogne bloquent encore les dépôts de carburants du port de La Rochelle (qui alimentent tout le centre-ouest) ce matin . Je ne sais pas si du carburant va nous arriver d’ailleurs ?
Bof, on verra… De toutes façons, demain, c’est mercredi, alors…
13 mai 2008
Confidences...
Je me suis finalement garé sur un parking gratuit, peinard, quoi ! J’ai bien failli ne pas trouver de place et, furieux, stationner sur un passage clouté ou sur une place handicapé. Je sais bien ou je serais aujourd’hui ! Du moins… je le suppose. A la fourrière ! Heureusement, au carrefour, j’ai tourné à droite comme tout le monde. Mes penchants m’ont pourtant poussé à prendre à gauche, et à m’engager dans le sens interdit à toute vitesse. Je ne leur ai pas cédé, ce jour là. J’ai pris à droite comme tout le monde. J’ai suivi la file. J’ai trouvé une place. Il était temps…
Comment tout ça est-il arrivé ? J’ai envie de clamer que j’en sais rien. Au fond de moi, j’en ai bien une petite idée… Mais, ça n’a aucune importance, finalement !
Pourtant, j’étais un gamin sympa. Tout le monde me le dit. Un gosse poli, gentil, curieux, et rusé. Comment le gosse sympa est devenu l’adolescent qui inquiète ? Est-ce qu’il y a eu des signes avant coureurs ? Est-ce que c’est génétique ? Ai-je manqué de quelque chose ? Ou bien… est-ce qu’on m’a trop donné ? Ma vérité est ailleurs que dans leurs hypothèses. Je la passe sous silence puisque c’est la règle. Chez moi, on ne déroge pas au tacite règlement. C’est comme ça !
Un adolescent qui inquiète ! Pas l’ado ordinaire qui ne range pas sa chambre et qui découche à l’occasion. Pas celui qui perd de l’assurance et devient gauche. Pas non plus celui qu’on a chopé avec une cigarette dans la bouche…
Moi, j’étais un adolescent qui a causé d’énormes tourments. J’ai eu des envies irrépressibles. Des envies de danger, de courses poursuites et d’adrénaline. J’ai eu des envies d’ivresse et de fièvres. J’ai eu des envies de castagne et de calibres.
J’étais en surtension à longueur de temps. J’avais des soubresauts de colère, et de fureur, et de violence.
Incontrôlable ! Inflexible ! Récalcitrant.
Je me croyais invincible, et ma mère pleurait.
Elle s’imaginait venir me voir… aux urgences un samedi soir, ou bien au parloir le dimanche. Et elle pleurait ! Elle prenait conseil auprès de tout le monde. Elle m’a suivi, espionné, surveillé… Elle fouillait dans mes affaires. Elles n’y trouvait que du shit, qu’elle balançait à chaque fois. Ça ne me rendait que plus agressif.
Un adolescent délinquant, ça devient un jeune adulte qui n’est pas bien mieux . Enfin… moi… ça a été mon cas. Dans l’appart’ que je partageais avec ma copine, il y avait plus de plants de cannabis que de meubles. Des mégots de pétards partout. Des cadavres de magnums de whisky par terre. Des potes bourrés d’alcool et de conneries dormaient et squattaient ici et là…
Non d’un chien ! C’est pas une vie, ça !
Elle est partie… pour un autre ! Un sage, que j’ai bien failli tuer. Je lui ai laissé la vie sauve dans un rare moment de lucidité.
J’ai fait le bilan. J’ai viré les potes. J’ai eu tout le temps d’y penser. Deux années tout seul, à m’adoucir en travaillant. Deux années à bosser, et à ruminer mes conneries d’avant, et à m’exercer à dire à ma mère à quel point j’ai eu tord d’être aussi con. Je lui ai jamais dit, finalement !
Deux ans de modération, de retenue, de semi isolement… mais toujours dix potes qui accouraient à la moindre rechute. Et toujours cette réputation de mauvais garçon.
Deux ans et elle est arrivée. Une gamine sage. Un peu candide. Un peu crédule.
Deux ans que j’hésitais au carrefour, et elle m’a fait signe de tourner à droite. Et je l’ai crue !
J’ai suivis le troupeau. J’ai respecté la limite de vitesse. J’ai été prudent. Elle m’a ouvert un peu le chemin.
Depuis je suis garé sur ce parking, peinard… J’ai remplacé mes vitres teintées. J’ai décollé mes tête de mort adhésives. J’ai viré les joints du cendrier. J’ai enlevé le poignard caché dans la boite à gant, et j’ai brulé ma batte de base ball qui n’avait jamais shooté dans aucune balle.
Depuis je suis rangé. Ma voiture est bien en ligne. Elle ne dépasse pas de sa place de parking. Ses papiers sont en règles.
L’ado « Madame faut venir chercher votre fils au poste » n’est qu’un mauvais souvenir.
Le jeune adulte « C’est mon dixième pétard de la journée et j’suis pas défoncé » est loin, lui aussi.
Maintenant, je suis le Papa « Chérie t’as un jeton pour le caddy ? Vas-y, vas chez le coiffeur, nous on fait les courses, avec ’es p’tits ! Non, j’vais pas céder pour les bonbons. Promis ! » .
Ne restent de cette époque que les bavardages de mes anciens copains. Leurs récits du temps d’avant agrémentent encore parfois nos brèves et ponctuelles retrouvailles. J’en ricane par politesse, et pour feindre un semblant de regret. En réalité, plus le temps passe et plus je suis mal à l’aise quand ce passé me rattrape un peu.
Elle écoute. Elle s’indigne un peu. Elle se fâche parfois. Elle a ce sourire clément que je prends trop souvent pour de la pitié.
Et c’est en regardant mon père, le modèle sur lequel je crachais avant, qu’elle dit voir ce que je serai dans vingt ans.
Et moi, ça me fait sourire pieusement.
23 avril 2008
Sombre repas
Le couple était invité à manger chez l’autre couple un dimanche midi. Cela ne les enchantait pas vraiment, mais parfois il faut bien se forcer un peu pour faire plaisir, non ?
Ils étaient arrivés à l’heure (oh, surtout pas avant !) , et finalement, à leur grande surprise, tout se passait plutôt bien… ce n’avait pas toujours été le cas auparavant.
Tous les quatre discutaient de choses et d’autres, et , si au début la conversation semblait sereine, peu à peu la tension montait. Le couple invité n’était ni surpris ni déconcerté de la tournure que prenait la conversation. C’était pas la première fois que ça arrivait…
Lui parlait fort et avec assurance. Elle se taisait souvent. Quand elle tentait de donner son avis, ou de placer une parole, aussitôt il la coupait ou la reprenait. Il laissait gentiment entendre que sa compagne ne savait rien, et par conséquent, qu’il valait mieux qu’elle se taise.
Le jeune femme invitée pensa à un subterfuge pour calmer le jeu et ne pas gâcher le repas : elle décida de parler de choses de filles avec son amie, laissant les hommes à leurs conversations. Ce n’était dans pas son habitude, mais parfois le diplomatie imposait d’avoir recours à des stratégies.
Ça n’a pas marché ! ça a merdé ! Les hommes se sont mêlés au bavardage, et lui y est allé de ses commentaires imbéciles. Il ne voyait pas l’intérêt pour sa compagne de parler avec son amie de produits ménagers et autres vêtements et chaussures en soldes. De toutes manières, vu comment la maison était entretenue, et puisqu’elle ne faisait aucun effort pour s’habiller…
La maitresse de maison s’est excusée et est partie aux toilettes à la hâte. Elle y est restée dix bonnes minutes. Le couple invité était gêné de cette situation, et continuait de parler et de sourire un peu, confus, pour meubler le temps…
Quand elle est revenue, elle avait les yeux gonflés, rouges, humides. Le couple a compris et a tenté encore de causer de choses et d’autres pour camoufler leur malaise. Lui, il n’a rien vu. Lui, il s’en foutait. Il a fait comme si rien ne s’était passé. Comme souvent… Personne ne lui a fait remarquer quoi que ce soit. Ils le connaissent ! Il aurait balancé qu’elle pleure toujours pour rien, pour se faire remarquer, qu’elle est susceptible, qu’elle prend tout mal, et qu’il n’y a rien à lui dire. Le scenario est bien rodé, et aurait certainement provoqué les larmes de plus belle.
Remise de ses émotions (du moins en apparence), elle a servi le plat principal. Le couple d’invités n’avait plus faim du tout. Ils avaient comme une envie de partir ou de protester pour elle.
La femme regardait son conjoint, le regard suppliant, pour qu’il ne souffle mot. Elle savait que son homme, bien que calme et réservé au quotidien, pouvait aussi se laisser aller à de vifs emportements. Lui se contenait, mais il prenait sur lui. Il savait que sa compagne l’avait mis en garde et supplié de ne rien dire, mais ça le démangeait de plus en plus.
Il n’a plus pu se contenir plus longtemps quand il a entendu leur hôte critiquer vivement et allégrement le repas. La viande était bien trop cuite. Immangeable ! Pas piquée d’ail ! Les haricots manquaient de beurre et de sel. Elle ne savait définitivement pas faire à manger, et il avait honte pour elle. La femme invitée affirmait timidement que non, c’était très bon comme ça et priait intérieurement pour que son conjoint ne s’emporte pas.
Malgré le regard implorant de son épouse, il s’est adressé au râleur :
- Tu sais que tu as beaucoup de chance ?!
- Pourquoi ?
- Parce que si j’avais dit le quart de ce que tu viens de débiter à ma compagne, invités ou pas, j’me prenais la viande et les haricots en pleine tronche. Et j’aurais bien pris soin de fermer ma bouche parce que je ne l’aurais pas volé !
Il n’a pas répondu. Il a regardé la femme en question d’un sourire timide. Le silence était pesant. Elle, elle le fixait avec des yeux qui voulaient lui dire que s’il se comportait un peu plus convenablement envers elle, elle ne se serait pas absentée, et que s’il avait bougé ses fesses de gros con pour surveiller la cuisson de la viande pendant son absence on n’en serait pas là.
Oui, son regard haineux voulait lui dire tout ça.
L’air a été dense jusqu’à la fin du repas. Plus personne n’osait parler librement. Le couple invité a rapidement pris congé. Et dans l’auto, sur le retour, ils se sont posés la même question qu’à chaque fois : pourquoi est ce qu’elle ne se tire pas ?
La femme lui a souvent posé la question à son amie. Elle lui a maintes fois parlé de violence. Le mot est tabou. Elle s’est à chaque fois entendue répondre qu’il n’avait jamais levé la main sur elle…
Pourquoi est ce qu’elle ne se tire pas ? Plusieurs année plus tard, rien a changé et le couple se pose toujours la même question.
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Et puis, comme nous sommes déjà mercredi, je vous invite à aller lire la consigne du défi du samedi, qui a été donnée par Papistache!
Et aussi, je voulais vous parler depuis un moment d'un blog que j'aime beaucoup. Allez y lire quelques textes, vous ne serez pas déçus!
03 avril 2008
Rouler la nuit
Rouler la nuit en ville, en tant que passager, de préférence à l’arrière, pour l’intimité. Rouler de nuit, se laisser conduire et bercer et puis, la tête inclinée sur la vitre, la tempe presque contre le carreau, fixer les images qui défilent. Il est plus ou moins l’heure du dîner, et les habitations sont éclairées. On assiste alors au défilé des fenêtres sur dîners de famille. Sans le vouloir ou presque, on se fait voyeurs pour quelques secondes, on pénètre en leurs foyers. L’image est furtive, mais aussitôt remplacée. On n’a pas pu s’attarder. On ne fera pas l’effort de tourner la tête pour voler encore quelques secondes à leur intimité, car tout de suite, une autre fenêtre s’offre à nos yeux curieux sans qu’on ait eu le temps d’être frustré. Ces nuits là, le trajet est toujours trop court. Il faut presque se faire violence pour se résigner à quitter cette fenêtre sur vie, si séduisante pour tout ce qu’elle offre en échange d’une seule passivité.
Etre passagère d’un train, à la nuit tombée. Le train du vendredi soir d’hiver, qui revient de Paris, et qui est parti bondé. Petit à petit, de gare en gare, les usagers sont descendus et le wagon s’est vidé. Il ne reste que quelques gares avant d’arriver. Alors, après une heure de lecture, la nuque raide, les yeux fatigués, on ferme le livre et on le range pour se préparer à descendre. On colle une tempe à la vitre, et on examine ce paysage qui nous est de plus en plus familier. On reconnaît une ferme, une route, un village au loin. On distingue une voiture, des lumières allumées, des vaches dans les prés. On s’est tellement concentrée, ce soir là, sur ces images tellement familières que d’habitude on méprise, qu’il est presque douloureux de devoir se lever et quitter si tôt cette loge de théâtre ambulant à l’arrivée. Il faut presque se faire violence pour se lever et quitter cet écran sur paysage , qui offre une telle quantité d’images qui pourtant n'apportent que le vide dans notre esprit.
Etre assis, confortablement, se faire emmener, et n’avoir rien à faire. Etre au chaud, bien calé, et laisser nos yeux recevoir des choses à regarder sans effort aucun.
Quand j’étais petite, je regrettais toujours que les voyages nocturnes soient si courts…
26 mars 2008
Il viendra jamais boire le café, le voisin !
Ni l’apéro, ni manger la galette, ni une crêpe, ni le couscous, ni les merguez grillées.
Avec Manu, nous avons toujours mis un point d’honneur à avoir de bonnes relations avec nos voisins. C’est tellement dommage de ne pas avoir ne serait-ce qu’un bonjour courtois pour des gens qu’on est susceptibles de croiser chaque jour. Dans le Perche, notre maison était accolée à un grand hôtel (voir photo ancienne de la bannière). Les patrons étaient des gens très polis, très corrects et le monsieur était bien bavard. De l’autre coté vivait une dame âgée qui ne râlait jamais de nos excès du week end parce qu’elle n’entendait jamais rien. Ladite dame offrait des chocolats à Pâques et avait offert un cadeau à la naissance de Gaby. Plus haut, il y avait un tapissier très sympa et cultivé. Enceinte, quand je m’ennuyais, j’allais boire des cafés chez lui et il me parlait de ses lectures ou me prêtait des bouquins. Super voisinage !
Quand nous avons emménagé en Charente maritime, nous louions une maison dans un lotissement tout neuf. C’était différent puisque de grands terrains pelousés éloignaient les maisons de celles des voisins, et pourtant nous avons souhaité copiner quand même. Des deux cotés, c’étaient des jeunes couples avec enfants. A gauche les gens étaient discrets mais très polis, et à droite c’etait des vendéens adorables avec qui nous avons partagé plusieurs fois apéritifs et repas. Bien !
Quand nous avons acheté notre maison actuelle, j’ai tout de suite voulu savoir qui seraient nos voisins. C’est pathologique, chez moi ! J’aime les voisins ! L ’impasse (le chemin de terre) qui dessert notre maison, en dessert trois autres. Il y a un couple de retraités et puis deux couples de gens qui approchent de la quarantaine avec chacun deux enfants (que des garçons !).
Bon, j’avoue que j’ai fuis les retraités direct. Le monsieur est du genre casse bonbon. Tout de suite il s’est inquiété de savoir si notre chien aboyait et puis si les travaux n’allaient pas faire trop de bruit et puis si nous allions signer sa pétition pour que la mairie goudronne le chemin et puis si nous allions faire quelques chose parce que l’ancien proprio avait laissé des tuiles dans le chemin et puis si nous allions isoler la maison parce que le mur de son garage était humide et puis…
Nous échangeons parfois quelques mots toujours polis mais c’est un casse… bonbon !
Par contre, nous avons crée des liens très rapidement avec un des deux couples. Il est vrai que le fait que le monsieur ait embouti notre auto avec la sienne a aidé pas mal ! Non, non, mais ces gens sont très sympathiques. Parfois nous papotons le matin à la sortie de l’école avec la dame qui y dépose son petit dernier. C’est un plaisir de les avoir comme voisins.
Il ne nous restait donc qu’un couple à séduire, celui d’à coté. Moi, j’ai ça dans le sang ! J’aime bien faire connaissance avec mes voisins. Bien sûr depuis le début ils disaient toujours bonjours mais ça n’allait pas plus loin. Dommage… Leur petit dernier est lui aussi dans la même école que Gaby mais sa maman l’emmène et le récupère à la vitesse de l’éclair. Bon…
Une fois, c’est vrai, elle est venue à la maison car le facteur avait déposé un colis chez moi par erreur, mais manque de bol il était midi et elle travaillait l’après midi. Elle était pressée et moi frustrée.
Et puis, après sept mois de vaines tentatives , le miracle s’est enfin produit. Un dimanche après midi, je passais l’aspirateur dans la voiture, qui était garée au plus prés de chez nous pour l’occasion (le fil de l’aspiro ne mesure que trois mètres !). Ma voiture empêchait tout véhicule de franchir le chemin. Le monsieur est arrivé devant avec son utilitaire. Bloqué par mon auto à demi propre. Il est descendu pour me dire qu’il n’était pas pressé et qu’il pouvait bien attendre un peu. Tant mieux car j’aurais dû faire marche arrière sur une bonne cinquantaine de mètres pour le laisser passer et j’ai préféré aller chercher Manu, mon héro du quotidien, pour cette tâche délicate.
Manu est sorti et le voisin a engagé la conversation. Chic, depuis le temps que j’attendais ça…
Après un bon quart d’heure de discussion ma foi bien sympathique, nous lui avons demandé si notre auto garée parfois dans le chemin ne le gênait pas outre mesure. Il nous a affirmé que non, et que même nous pouvions à l’occasion garer les deux véhicules, il restait suffisamment de place pour passer. Tant mieux, alors…
Puis, notre cher voisin a cru bon d’ajouter que nous c’était pas grave parce que pour le moment on ne pouvait guère faire autrement, mais que par contre, le couple d’à coté , un jour il irait leur dire de virer leurs bagnoles de là parce que chez eux ils auraient de la place pour les rentrer si ils ne stockaient pas autant de bordel dans leur jardin. (Ils ont peut être eu un différent par le passé ?) .
Ben, oui, quoi ! Avec tous leurs cousins qui viennent chez eux, et puis leurs cagettes du marché, et puis le ramadan et puis qu’ils reçoivent tellement de monde qu’on sait plus qui est qui chez eux. Ils sont comme ça, ces gens là… Si on ne les remets pas à leur place ils nous boufferons !
Avec Manu on s’est regardés et on a su que jamais on l’inviterait à boire le café, le voisin !
Et ne me dites pas que nous sommes fermés au dialogue avec ce genre de personne ! C’est qu’on donne déjà assez comme ça parfois avec la famille, alors comme les amis on peut les choisir…
25 mars 2008
Un soir…
Un soir, à la maison, il y a plusieurs mois. J’avais invité quelques couples d’amis pour fêter je ne sais plus très bien quoi. Aucune importance, les occasions sont nombreuses et parfois même on en invente .
La soirée se passe bien même si l’apéritif s’éternise un peu. On discute, on parle de nos vies, de nos emprunts immobiliers, des enfants. Certains racontent leur épanouissement professionnel, d’autres cherchent leur voie, un ou deux sont en reconversion…
Ça fait du bien, d’exprimer ses doutes. On compare nos vies. On les pose à plat sur la table du dîner comme un jeu de tarot, et plus la soirée avance et plus on retourne de cartes. La vie des autres se dévoile petit à petit.
Dans ces soirées là, au début tout le monde va toujours bien, et n’a pas de tourment outre mesure. On arrive. On est heureux de se retrouver. On n’ose pas. Petit à petit les langues se délient. Untel est malheureux dans son travail, tel couple vient tout juste de surmonter quelques difficultés, telle maman s’inquiète pour les difficultés d’apprentissage de son enfant…
On les connaît depuis deux ans environ. Ce sont nos amis d’ici. On s’est vite attaché à ce groupe. Nous sommes tous des réfugiés, en quelque sorte. Nous n’avons jamais réussi (a-ton essayé, au moins ?) à nous faire des amis originaires d’ici. Ils sont tous plus ou moins parisiens, ou normands, ou ile de franciens, ou de plus haut. De toutes façons on est tous des parisiens, il paraît. Une ou deux fois des charentais nous ont dit « vous êtes de Paris, vous ! ». heu.. nous ? Pas vraiment ! Nous sommes du Perche. On vient de l’Orne. « Oui, ben c’est pas loin, tous ça ». ( ???).
La soirée suit son cours, et l’ambiance et l’alcool et la joie délient les langues. Les volets fermés, les lumières tamisées, les odeurs de cuisines, les enfants couchés, le petit verre de vin… Toutes les conditions sont réunies pour se confier un peu plus. C’est une soirée entre trentenaires actifs papas-mamans, de ceux qui aiment encore faire la fête mais qui la font en lieux clos avec berceaux et tables à langer à disposition.
Parmi nous, il y a un couple que l’on aime particulièrement. Des parisiens (oh, c’est vague ! Des parisiens plutôt normands, ou plutôt du plutôt Picards ?). Non, cette fois, des parisiens d’Ile de France. Ils sont ici depuis quatre ans. Ils ont migré à la fois pour des raisons professionnelles, mais aussi pour la qualité de vie (immobilier, climat, mer..). Eux, on les aime beaucoup pour leur humour. Toujours le mot pour rire, pas lourd, mais juste. Ils sont toujours de bonne humeur. Leur couple est un bel exemple. Ils sont heureux et amoureux. Leur couple a quatorze ans, et ils ont deux enfants, mais ils disent en plaisantant qu’ils attendent d’être sûrs pour se marier.
Lui a toujours le sourire. Il est cultivé et intéressant. Très blagueur. Elle un peu plus réservée, mais les blagues de son mari la surprennent toujours. On les aime, quoi !
Leur vie est tranquille. Ils sont heureux. Chouette ?
Manu, la semaine précédente, avait vu un accident sur la voix rapide (enfin, il été arrivé juste après, et pas moyen de passer. Obligé d’attendre que les secours sortent les gens du véhicule). Un truc glauque. Il y pensait encore. Un camion qui avait perdu son chargement. Une voiture qui avait voulu éviter les matériaux tombés. Dedans, une jeune femme et son bébé à l’arrière. L’horreur. Ces images l’avaient fortement chahuté et lui reviennent encore parfois. Manu ne raconte jamais à un groupe d’interlocuteurs ce qui peut l’émouvoir ou le toucher, ou le malmener. Mais là, allez comprendre… l’ambiance ? Le deuxième verre de bordeaux ? Il en a parlé longuement, et, bien que surprise, j’ai été heureuse qu’il pose des mots sur ses démons nouveaux.
Est-ce les confidences de mon mari qui l’ont incité à se confier ? Le verre de rouge lui aussi ? Il a pris la parole, sous l’œil rond et incrédule de sa compagne.
Ils revenaient de vacances, six ans plus tôt. Ils roulaient à 130 km/ heure sur l’autoroute des retours, vers Paris. Il conduisait. Elle était assise à coté. La petite dormait à l’arrière. IL ont vu au loin deux silhouettes. Il faisait jour mais il pleuvait un peu. Ils se sont demandés pourquoi les gens étaient sortis de leur voiture. Sur l’autoroute. Mais ils ne se sont pas inquiétés parce qu’ils semblaient être sur le coté. Il suffisait de faire un petit écart au cas ou.
Ils roulait à la vitesse autorisée. L’une des deux silhouette s’est engagée sur la voix. A pied. Il a freiné tout ce qu’il a pu. IL a appuyé sur son frein de tout son poids. Le choc a été terrible. La personne est venue taper contre son pare brise. Ils ont entendu son corps taper contre le toit de la voiture.
Le poste de secours n’était qu’à quelques mètres et tout a été rapide après. Il ne se souvient plus.
Elle l’a écoute attentivement (comme nous tous) depuis le début. Elle, elle se souvient, alors elle prends la suite. Il était étendu dans son sang vingt mètre derrière leur voiture. Inerte. C’est elle qui a été interrogée parce que lui était bien trop choqué. Et puis, ça circulait ce jour là alors il y avait plein de témoins. Tout le monde s’est accordé à dire que le monsieur a tenté de traverser l’autoroute, un jerricane à la main, et que c’était une folie pure. Les gendarmes l’ont rassurée comme ils ont pu. Leur voiture ou une autre, il n’avait aucune chance de traverser les deux voix indemne. C’est tombé sur eux et puis c’est tout ! Leur voiture d’ailleurs… était rouge de sang. Le pare brise était cassé et le toit renfoncé à plusieurs endroits.
Dur ! Lui a refusé une aide psychologique après cela. Ils ont essayé d’avoir des nouvelles. Quelques jours plus tard c’était écrit dans un quotidien régional. La personne était décédée à l’hôpital quelques heures après. Il avait été renversé sous les yeux de sa compagne. Il avait un enfant…
Depuis six ans, lui se repasse le film fréquemment, avec des SI. Mais pourquoi n’a t’il pas pris la passerelle, deux cent mètres plus loin, ou appelé un dépanneur ? Comment a t-il pu croire qu’il pourrait traverser l’autoroute ? Il n’a jamais oublié son nom et son prénom. Ils viennent souvent le hanter.
Nous sommes restés un bon moment tous ébahi par cet aveu. D’ailleurs, la soirée n’a plsu été pareille, après… Chacun a dû y repenser …
Lui si plaisant, drôle, tout sourire, des fantômes les hantent, et jamais il n’en parle. Plus tard sa compagne ma dit que même entre eux cette histoire était taboue. Elle a été très surprise, ce soir là, mais depuis, apparemment, il est soulagé d’en avoir parlé une fois. En six ans !
08 mars 2008
Journée de la femme
J’ai le droit de vote, celui de travailler ou pas. Je dispose d’un droit à l’avortement. J’ai le droit à l’erreur. J’ai le droit à la reconnaissance . Je suis en droit de prétendre à une sexualité épanouie. J’ai le droit , si j’ai envie, de demain dire merde à mon mari. J’ai le droit de me marier, et celui de ne pas le faire.
J’ai le droit d’être libre , de ne pas être assujettie. J’ai le droit à mon indépendance. J’ai le droit de faire des enfants. J’ai le droit de ne pas en vouloir. J’ai le droit de choisir. J’ai le droit de disposer de mon corps et d’utiliser ma raison comme bon me semble.
J’ai le droit de changer de partenaire sexuel. J’ai le droit au célibat. J’ai le droit à l’anticonformisme. J’ai le droit d’étudier, de réfléchir, de penser, et de dire tout haut ce que je pense. J’ai le droit d’avoir un compte en banque, et des biens en mon nom. J’ai le droit d’hériter, d’acheter, de vendre, de posséder.
J’ai tous ces droits et bien d’autres encore. J’ai tous ces droits et j’aimerais en avoir quelques autres encore (*) . Je suis une femme française et je remercie toutes celles qui ont fait que je puisse me réjouir aujourd’hui. Je suis une femme française et j’aimerais bien que toutes mes sœurs aient les mêmes droits que moi aujourd’hui.
(*) La pma avec tiers donneur n’est autorisée, en France, qu’aux couples hétérosexuels.
J'ai reçu ce tableau aujourd'hui. Quand, la semaine dernière, je l'ai vu sur le blog de sa maman, je me suis dit que je l'aimais beaucoup et que je serais heureuse de l'admirer chaque jour, chez moi. Aujourd'hui, nous l'avons simplement posé sur un meuble, histoire de l'apprivoiser, et qu'il s'habitue aux lieux. Je pense que, par la suite, et s'il est d'accord, nous lui ferons une jolie place dans le couloir, non loin de l'entrée.
Merci !
07 mars 2008
Mon cousin
Voilà un billet qu’il aurait pu écrire, mon sincou, celui qui taf avec mon keum, si il avait rien d’autre à foutre que de se faire chier à tenir un blog de daube qui pue sa mère grave et qui sert à quedal. Même que le soir, il en a plein de Q, mon mec, de comment il s’exprime mon sincou ! ça lui prend grave la tête! Si ça continue un jour il va le marave.
« Tu peux pas parler correctement, cousin de ma femme ? »
« Ben quoi ? j’parle bien ! ».
L’autre jour, mon sincou, il s’est pris la gueule avec sa pouf. Cette michetonneuse, elle l’a dit à sa daronne. Quand elle lui a dit au phone ce que sa reum elle pensait de lui (que c’était un p’tit con), il a répondu à la gadja :
« J’m’en tape, de c’qu’elle pense, ta vieille, c’est pas elle que j’ tronche, c’est toi. Elle va se faire enc…, ta mère ! ».
Et c’est pas un mytho ! C’est mon mari qui m’a tout poucave ! Il le jure sur la tête de sa reum ! Mon cousin, il est hard core. Toujours venere! C’est de son âge. Si tu le regardes de travers, il dit qu'il va te niquer ta race (en vrai, il le fait jamais, ouf! ).
N’empêche, ça m’fait trop marrer parce que quand il nous parle, on comprend qu’un mot dur deux, c'est un truc de ouf. Le reste, on devine. Avec lui, tout le monde est une pute. Son banquier ? Une pute ! Son voisin ? Une pute ! Sa voisine ? Alors là … une grosse pute ! Sa sœur ? Non ! Pas sa reusse ! Le premier qui dit ça il le défonce. Et si c'est sa mère, il le bute!
Et moi , mon keum, il entend toute la journée que mon cousin il a envie de pécho les seufs de la meuf qui passe parce que ses eins sont grave gros et pis qu’elle est trop bonne. Il entend ça, et pire, et parfois, ça lui pète les c… grave !
Mon pauvre amour, va ! Promis, dorénavant, le soir, je vais m’efforcer de te parler de belle manière pour que tes oreilles revivent.
06 mars 2008
C’est quoi ? Une fellation ?
Aujourd’hui, je vous raconte un petite anecdote qui a eu lieu tout à l’heure. Elle est sans intérêt aucun, mais ça m’a fait rire. Je sais, je sais, c’est pas très fin, mais parfois je suis un peu sotte et c’est bien comme ça ! Que ça doit être triste, d’être trop sage et trop sérieux !
Vous me pardonnez ? Dans le cas contraire, je vous aurais prévenus, alors ne lisez pas !
Je bois le café chez une amie. Son fils joue avec le mien, et puis ils aiment prendre leur gouter ensemble après . Nous buvons un café en papotant, et les trois petits jouent pas loin.
Seize heures trente, un peu après, sa fille rentre de l’école, dis bonsoir, pose son cartable, se sert un gouter et part regarder un petit peu la télé. Elle a onze ans, sa fille. Depuis peu. Quand elle rentre de l’école, elle se pose pour gouter et se délasse une bonne demie heure avant de faire ses devoirs.
C’est son heure de « pause », alors elle allume la télé et regarde les clips sur une chaine musicale en croquant dans une pomme. Après les « ça va ? ça s’est bien passé l’école ? » de rigueur, sa maman reprends sa conversation avec moi là ou on en était.
Dix minutes s’écoulent. Et puis (elle a dû entendre ça dans le clips qu’elle était en train de regarder) : « Maman ? C’est quoi, une fellation ? »
Je peux vous le jurer, si mon amie lui avait répondu d’un ton décidé et courageux et de manière claire, certainement que je n’aurais pas rigolé. Promis, juré !
Mais là… non. J’ai vu, en un quart de seconde, le mine de ma copine changer d’expression. Ahurie, mon amie ! Déjà j’ai ressenti l’envie pressente de sourire. Je me suis retenue. La seconde d’après, son embarras se lisait sur son visage. J’ai trouvé ça comique. Je trouve ça vraiment tordant, de voir une copine troublée par une question de sa fille. Je sais, j’suis sournoise, mais c’est si bon…
Je me suis pincée les lèvres très fort avec les dents. J’ai fait semblant de m’intéresser à la course qui avait lieu entre la voiture de oui-oui et puis la moto d’action-man, pour ne pas avoir l’air d’attendre la réponse moi aussi. J’aurais pu être plus fourbe encore, et la regarder droit dans les yeux, l’air de dire « Je me languis d’écouter tes explications ». Non, j’suis pas mesquine à ce point là (quoique).
J’ai quand même été très déçue quand mon amie lui a répondu, sûre d’elle ( et cette fois, d’un ton ferme et décidé) : « On verra ça tout à l’heure, p’tite fée. Là, tu nous interromps alors je discute avec Valérie. »
Quel dommage ! Moi aussi j’aurais bien aimé savoir… haha !
Mes yeux brillant m’ont trahie, ou alors c’était mon rire, que je n’arrivais plus à contenir (et c’était pas faute d’essayer, pourtant !). Elle m’ a regardée avec son regard implorant, celui qui me suppliait de ne surtout pas dire : « C’est pas grave, réponds lui et on reprendra après ». (Oui, oui, par pitié, réponds-lui qu’on rigole cinq minutes ! )
Hilarant !
J’ai eu pitié. Je n’ai rien dit. C’est pas l’envie qui m’a manqué, pourtant !
Ben oui, princesse, faut me comprendre, aussi ! Un enfant qui a l’âge de ce genre de question, j’sais pas ce que c’est ! Et puis j’ai pas l’âge de savoir, non plus…
Moi, j’ai encore l’âge de me bidonner de ce genre de situation.
Fallait pas choisir une amie qui a dix ans de moins que toi, Princesse !
D’ailleurs, j’espère que dans dix ans, j’aurais murit un peu, parce que si je garde la même mentalité, ce sera du genre « Pose donc la question à Papa, qu’on rigole ! J’suis aussi curieuse que toi de connaître sa réponse » !
C’est grave, docteur ? Est-ce curable ?
